trilogieBGJCTpreface

 

Préface pour la Trilogie de Bruno Guérard .

" J'adhère ; présentation de la trilogie à partir d'une lecture de Jean depuis six ans, fondée sur le texte grec officiel"...(long!!)

En octobre 2012, je commençais l'étude de l'évangile de Jean avec quatre puis cinq groupes de chrétiens du doyenné de St Gilles Croix de Vie, représentant 70 adultes.

Notre méthode était simple: nous partions du texte que je lisais selon une traduction la plus proche possible du grec. Nous lisions un "ensemble", repéré en fonction de détails présents dans le texte, éléments d'ouverture et éléments de fermeture. Jamais nous n'utilisions seulement quelques versets. Après lecture de cet ensemble, nous revenions au premier verset et commencions à dialoguer en toute liberté, souvent en comparant les traductions des Bibles de chaque participant. Les questions s'enchaînaient: que veut nous dire le rédacteur appelé Jean ? pourquoi cet ensemble est-il relaté autrement par tel ou tel évangéliste ? etc. Chacun avait liberté d'exprimer sa réponse, de la confronter avec celles des autres. Beaucoup lisaient tout haut les notes de bas de page publiées par les bibles d'étude en notre possession. Nous restions parfois sur des questions sans réponse et décidions d'approfondir jusqu'à la rencontre suivante.

Depuis 2012, nous avons ainsi travaillé strictement dans l'ordre des chapitres du quatrième évangile.

A la rentrée 2017/ 2018, la septième, nous abordons le chapitre 18, début de la Passion. Pour ma part, cela représente une lecture et des dialogues différenciés puisque recommencés à cinq reprises: et un très grand nombre d'heures consacrées à cette lecture dialoguée, ensemble par ensemble, verset par verset.

Désireux d'élargir ma documentation j'ai découvert, par hasard, "Le disciple adolescent", que venait de publier Bruno Guérard en mai 2012. Je ne connaissais pas l'auteur. Le titre ne m'emballait pas. Je passe sous silence le nom de l'éditeur, très critiqué par le monde épiscopal. Et, pour en finir, BG qualifiait ainsi sa perspective: "Genèse d'une lecture matérialiste et historique du quatrième évangile". Imaginez !

Deux routes se croisent:

une pratique de la lecture et la réflexion systématique.

En lisant Le disciple adolescent je découvre que Bruno Guérard se référe aux quatre livres de Xavier Léon-Dufour, "Lecture de l'Evangile selon Jean", dont la publication, commencée en 1987 s'était achevée en 1996. Depuis 1975 j'appréciais la culture biblique considérable de X.LD en utilisant régulièrement son "Dictionnaire du Nouveau testament". La référence à X.LD revêtait à mes yeux un poids considérable.

BG mentionnait aussi les travaux de ME Boismard - que j'avais lus sans y adhérer, tellement compliqué, fondé sur des raisonnements qui ne m'avaient pas convaincu mais plutôt détourné de la prédication sur un texte ainsi désarticulé et coupé du réel historique.

BG portait un regard attentif aux éléments de critique historique de JP. Meier "Un certain Juif, Jésus, les données de l'histoire", 4 tomes publiés par les Editions du Cerf, de 2004 à 2009. Il consacrait 27 pages aux critères d'historicité de JP Meier (p.27/30), les complétant par les raisons théologiques et les interrogations de penseurs agnostiques du XXIe siècle contre le quatrième évangile en raison de la "revendication d'historicité formulée par le rédacteur du quatrième évangile. Ce disciple, de la première à la dernière heure, revendique le statut de témoin d'un fait exceptionnel. Il est le disciple d'un maître qui est précisément un homme d'une Galilée d'où rien ne doit venir et qui n'a pas fait les écoles...Il affirme que ce maître a une conscience identitaire complexe qui provoque les grands "ego eimi/Je Suis" qu'il est seul à rapporter. Cette conscience le conduit même à tenir des propos d'identité avec le Dieu unique des juifs, qu'il qualifie de "son Père", à un point tel qu'il conduit à l'accusation de blasphème dans un processus de schisme à l'intérieur de la société juive" (p.61).

"Cette analyse ne peut se réaliser que par un travail par "bloc" que je vais tenter et qui n'est imaginable qu'à la suite de la rédaction de la Source Q, elle-même réalisée par blocs " (p.61). "La trajectoire historique du christianisme passe par ce disciple non nommé, et qui, de plus, va nous apparaître au fil des "blocs" comme un adolescent au moment des faits...Il est le témoin inaugural et éphémère d'un premier mouvement chrétien, un mouvement religieux sans prêtre, sans temple, sans dogme, sans culpabilité et sans collusion avec les pouvoirs du temps " (p.62).

Travailler Jean à partir de Jean

Ce point de vue aiguisait ma curiosité. BG suggérait de "travailler Jean à partir de Jean lui-même et de son contenu particulier".

Cette méthode correspondait précisément à notre pratique de "lectio divina". Elle recoupait bon nombre de notes du "Jésus, approche historique", de José Antonio Pagola concernant les travaux de Meier. Elle me rappelait l'encyclopédie de Raymond E.Brown intitulée "Que sait-on du Nouveau Testament" dont la traduction française était parue en l'an 2000, l'original datant de 1997. Brown y résumait en 45 pages ce qu'on pensait alors du quatrième évangile, et notamment les questions et hypothèses donnant lieu à des positions plus contradictoires que complémentaires. J'avais aimé cette façon ouverte d'aborder l'évangile dont l'originalité tranchait définitivement sur le style des trois synoptiques. Pour faciliter les comparaisons avec le quatrième évangile, j'avais mis à la disposition de nos groupes une synopse originale à quatre colonnes sur l'entrée de Jésus à Jérusalem, le jour des Rameaux, sur les Passions comparées et sur les récits de Résurrection (www.thomasjch.com/index.html).

Diplôme et/ou pratique sans cesse ré-interrogée ?

Une question m'invitait à garder la tête froide. BG n'était ni exégète, ni clerc, ni diplômé en théologie. Il avait suivi la formation du Séminaire St Irénée de Lyon avant de devenir inspecteur du travail. Personnellement, je n'avais moi-même aucun diplôme d'exégète, seulement une pratique régulière de la méditation biblique et surtout 60 années de prédications toujours consacrées aux textes bibliques prévues par la Liturgie et préparées à partir du grec depuis la parution du Carrez 1993. L'objection concernant l'absence de diplôme ne me troublait pas vraiment.

Jean-Christian Petitfils, ni "clerc" ni spécialiste des questions bibliques - historien reconnu de Louis XIV, de Louis XVI, Louise de La Vallière - venait de publier en 2011 une étude historique sur "Jésus", selon ses méthodes d'historien. Il y affirmait, entre autres: "Jean a une manière particulière de traiter l'Histoire. Les événements sont chargés d'une portée symbolique et d'une haute densité théologique...Constamment, le plan historique se trouve surmonté d'un plan théologique...Jean joue sur les différents claviers: le souvenir concret du témoin et la contemplation invisible du mystère par le croyant...Ses récits, soigneusement construits, sont imprégnés d'intentions théologiques sous-jacentes. Un personnage réel est mis en scène pour incarner un groupe ou exprimer une idée. Il a valeur d'archétype." (p. 540).

La justesse de ces lignes me semblait remarquable. La lecture que nous faisions en groupe de dialogue confirmait la bonne connaissance de JC Petitfils concernant les témoignages historiques sur Jésus de Nazareth.

 

La méthode universitaire

Pour sa part, Joseph Ratzinger/Benoit XVI touchait un large public depuis 2007, en publiant "Jésus de Nazareth", tome 1, Editions Parole et Silence - puis le tome 2 et le tome 3 en 2012. Son analyse de type universitaire plaidait en faveur d'une historicité mieux comprise des témoignages évangéliques et d'une adhésion fondée à la foi.

 

Des femmes prennent le relais des clercs.

Leur regard l'approfondit.

A Versailles, nous étions gâtés. Monique Piettre, chartiste, entre 1984 et 1986 avait publié 9 livres de commentaires sur les textes bibliques des années A,B,C. "Comprendre la Parole", éditions O.E.I.L. Et, en 1988, Les paroles dures de l'Evangile.(Edit du Chalet). A ma connaissance, elle fut la première à réaliser un travail d'une telle ampleur après la réforme liturgique voulue par Vatican II.

Marie Noëlle Thabut faisait de même, y ajoutant l'oral sur Radio Notre Dame et bientôt la video sur KTO. Depuis mon arrivée à Versailles début 1987, j'appréciais sa compétence biblique, sa pédagogie, et la façon dont elle pilotait la Pastorale liturgique et sacramentelle à laquelle mon prédécesseur l'avait nommée.

Claude et Jacqueline Lagarde, pour leur part, étaient internationalement connus pour leur catéchèse biblique et symbolique. Je les avais retrouvés en Vendée où ils résidaient. Ils publient sur internet un site formidablement documenté à partir de leur énorme bibliothèque.

Et je n'oublie pas Marie Balmary, Lytta Basset, et d'autres, de l'ICP ou du Centre Sèvres, particulièrement Monique Rosaz dont j'écoutais sur K7 les formations qu'elle donnait en France depuis les années 1975, notamment en Vendée chez des amis de longue date dont Catherine Vrignaud Cheyns, linguiste passionnée d'hébreu, de grec, de latin et de la lecture de la Bible depuis sa jeunesse, participa ensuite à la réalisation de la "Bible expliquée", et, désormais, à une traduction et à des commentaires sur les quatre premiers chapitres de la Genèse publiés sur un de nos sites communs. (www.thomasjch.one/index.html).

 

Trois convictions du "Jean, le disciple adolescent" rejoignent et expliquent notre pratique. 1.La lecture par ensembles, ou blocs. 2.L'attention aux bonnes traductions des mots grecs choisis par l'évangéliste. 3.La prise en considération du trilinguisme probable de Jésus.

1. L'indispensable lecture par ensembles, ou blocs.

Bruno Guérard consacre l'essentiel de son premier livre à cette réflexion (de la page 67 à la page 350).

Il adopte et reproduit les 35 blocs rédactionnels répertoriés par Xavier Léon-Dufour. Pour chacun, il donne la traduction de X.LD. Il développe ensuite ses commentaires personnels. En les lisant, on découvre que BG se préoccupe du rapport existant ou non entre chaque bloc et la réalité historique vécue par Jésus de Nazareth. C'est le fil rouge de ses réflexions.

Il montre - j'allais dire il démontre- que l'évangile selon Jean doit être lu par grands ensembles, repérables grâce à des expressions ouvrant ou refermant chaque bloc. Ces expressions comportent souvent des allusions à la chronologie, aux saisons, aux fêtes religieuses du Judaïsme, au cadre géographique. La pratique liturgique à laquelle sont habitués les catholiques a souvent émoussé l'attention à ces brèves expressions d'ouverture ou de fermeture des ensembles. Soit parce que leur lecture a été coupée pour éviter les longueurs, soit parce que l'auditeur n'y est pas attentif, les jugeant sans intérêt par rapport au centre du texte, soit parce que les commentaires habituels des prédicateurs n'en tiennent pas compte, ne serait-ce que par l'obligation d'assurer la messe en une heure...

Notre pratique de la lecture du texte hors célébration liturgique, en groupe disposant de deux heures, nous a amplement fait comprendre le bien fondé de la lecture par ensembles. Systématiquement, nous commençons par lire lentement un ensemble. Suivi d'un temps de silence. Ensuite seulement nous revenons au début du texte, sur lequel chacun dialogue, posant ses questions. Nous respectons l'ordre des versets. Les précisions concernant la traduction la plus juste possible du texte grec sont données : je la propose d'abord, et chacun y ajoute les diverses traductions mentionnées dans les bibles apportées par les participants.

Pour avoir systématiquement respecté cette méthode depuis plusieurs années et sur l'ensemble du texte de l'évangéliste, j'en confirme l'intérêt. Toute réflexion à partir de quelques versets seulement prive de cet avantage maintes lectures ou commentaires du quatrième évangile.

 

2. L'attention aux traductions correctes des mots grecs choisis par l'évangéliste.

Tous les traducteurs sont affrontés à ce problème. Celui qui imprime sa traduction doit choisir, tout en se demandant si ses lecteurs la comprendront selon le sens choisi.

Par contre, en groupe de lecture, on peut proposer plusieurs mots français pour rendre compte des divers sens possibles de l'unique mot grec choisi par l'évangéliste.

Le contresens est la principale erreur à éviter, ou le sens manifestement sans rapport avec le mot grec.

L'animateur doit rectifier, à partir du grec, les sens possibles tout en éliminant les faux sens.

Voici deux exemples, mais j'en ai repéré beaucoup d'autres.

- L'évangéliste n'utilise pas le mot "lac" mais invariablement le mot "mer" (thalassa). Il ne s'agit pas d'un détail sans importance. La symbolique de la "mer" habitait la pensée des contemporains de Jésus: la "mer" était la grande inconnue, synonyme de danger représenté par les habitants des profondeurs, des animaux énormes capables d'entraîner l'humain dans l'inconnu et la mort. Marcher sur la "mer" signifiait donc en maîtriser les dangers. Marcher sur un "lac" ( un étang) n'évoque strictement rien.

- Christ, celui qui a reçu l'onction - et non pas Messie

S'il choisit de parler de Christos, oint au lieu d'employer le mot Messie, pourquoi préférer la traduction Messie quand l'évangéliste ne l'utilise pas ? (christos, celui qui a reçu une onction, en vue d'une mission de prophète, de roi ou de prêtre). Jean connaît le mot "messie" (en hébreu, même signification que "christ" en grec). La femme de Samarie le connaît également: "Je sais que le messie vient, celui qu'on appelle christ; quand il viendra, il nous annoncera tout. Jésus lui dit: Je le suis, moi qui te parle "(Jn 4,25-26).

Jean choisit le mot christ. Très précisément le mot utilisé par Simon Pierre en réponse à la question de Jésus: "Pour vous, qui suis-je?". Avec l'avertissement qui suit: "Alors, (Jésus) ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le christ" (Mat 16,20). Parce que les disciples et leurs contemporains concevaient le christ comme ayant reçu onction de libérateur politique, de chef s'impliquant dans la lutte contre l'occupant romain. Jésus récusait cette mission dans les années 29/30. Les évangiles utilisent seulement deux fois son décalque hébreu, messie. Par contre, dans les années 50, le mot christ ayant perdu sa signification politico messianique, Paul va l'utiliser abondamment. Il y ajoutera le mot seigneur, créant dès l'année 51 l'expression devenue classique depuis deux millénaires, "notre Seigneur Jésus Christ". Les évangiles, eux, employaient simplement le nom "Jésus". Guérard ayant vérifié les emplois du mot christ propose l'hypothèse selon laquelle les textes où le nom de Jésus est employé seul sont antérieurs à ceux qui lui sont ajoutés dans l'expression "notre Seigneur Jésus Christ" (et non pas, soit dit en passant, "Notre Seigneur Jésus Messie").

 

Encore quelques exemples.

- Le mot Eglise. On le trouve seulement deux fois dans les quatre Evangiles, chez Matthieu en 16 et 18. Et ensuite 104 fois chez Paul et autres livres du NT.

- Les évangiles emploient 139 fois le mot foule, et Paul 4 fois seulement, (dont trois dans un tout autre sens, celui du verbe fouler). Pourquoi cette disparition ? À partir des années 51, les disciples ne rassemblent plus des foules, mais de modestes communautés locales.

- Le mot pain. Les évangiles l'emploient 77 fois, Jésus nourrissant les foules, multipliant les pains, se proclamant Pain de Vie...Paul seulement 11 fois.

Si des mots disparaissent n'est-ce pas parce qu'ils n'étaient plus utiles ?

Si de nouveaux mots apparaissent, n'est-ce pas par ce qu'ils étaient devenus utiles, utilisables sans problème ?

En les examinant, selon la méthode de BG vérifiant le contexte de chaque emploi, nous devons chercher les raisons plausibles de leur apparition ou de leur disparition. Ils deviennent alors des marqueurs possibles de datation. BG y reviendra dans la suite de sa trilogie.

Elargissons la réflexion autour de la traduction du texte grec original.

La plus célèbre faute de traduction. Nous la connaissons bien. "Et ne nous soumets pas à la tentation". Tous les missels l'ont imprimée. Tous les chrétiens l'ont répétée depuis 1976 jusqu'à 2017. Pendant plus de 40 ans. Malgré d'innombrables protestations de spécialistes du grec biblique. Mauvaise volonté ? Je ne le pense pas. Mais résultat malheureux d'un accord entre quelques traducteurs persuadés que la précédente formule, "et nous laisse pas succomber à la tentation", devait être mise à jour. Ils ont bénéficié de l'agrément des évêques francophones chargés d'authentifier la traduction officielle. J'étais alors évêque depuis quatre ans, et, comme la plupart de mes confrères, je n'avais ni le temps, ni la compétence pour vérifier le texte original de toute la Bible, notamment de Matthieu 6,13 disant plus précisément: "Et ne nous emporte pas dans l'épreuve (peirasmos) mais délivre-nous du Mauvais (poneros). "Ne nous fais pas pénétrer dans l'épreuve mais délivre-nous du Criminel" (Chouraqui). "Et ne nous fais pas pénétrer dans l'épreuve" (Lc 11,4, Chouraqui) ( évocation de Ex 17, 7, Massa, signifiant épreuve, et du Ps 94/95, v 8, comme au jour de l'épreuve de Massa au désert).

Le mot "tentation", dont le sens courant en français évoque la "séduction du péché", ne convient évidemment pas à Yhwh. Le verbe soumettre, en français, dit asservissement, domination, capitulation. Mieux vaut préférer les expression: mise à l'épreuve, comme test de fidélité.

Le Notre Père se termine par le mot grec poneros, désignant un opposant dangereux, perfide, démoniaque. Non pas simplement le mal. Certes, la traduction officielle l'écrit avec une majuscule. Mais qui entend la majuscule? Il faudra probablement attendre encore 40 ans pour que la prochaine traduction évoque enfin le Mauvais, le Malin, le Pervers, le Criminel.

Le mot le plus malmené de la Bible.

C'est le nom propre du Dieu d'Israël selon Exode 3, 14-15. "Je suis qui je suis... qui je serai", Yhwh. Suite à un accord intervenu au moment où se préparait la TOB, il fut convenu d'éviter de prononcer le Nom, de ne plus l'imprimer mais de le remplacer par "le SEIGNEUR", en majuscules. Depuis, les versions imprimées multiplient les présentations: majuscules, minuscules, petites majuscules. Invariablement, le lecteur français entend "le Seigneur" car il ne voit ni les majuscules, ni les minuscules. Le psaume 109/110 en devient strictement incompréhensible à l'oreille: "Le Seigneur a dit à mon seigneur"... L'hébreu utilise trois mots différents dans ce psaume: Yhwh, Adôn et Adonaï. Chouraqui a inventé un sigle transposant le tétragramme: les quatre lettres Yhwh surmontées en petites lettres de adonaï comme suggestion de prononciation. Il emploie judicieusement ce sigle chaque fois que le texte hébreu parle de Yhwh. Lorsque l'hébreu emploie le mot Dieu, transcrit par Elohim qu'on entend et qu'on lit publiquement. Cette différence d'écriture et de lecture intervient plus de 6800 fois pour Yhwh et plus de 2500 fois pour Elohim.

Quiconque veut étudier le vocabulaire biblique original pour faire des comparaisons ou formuler des hypothèses doit donc disposer d'une version informatisée distinguant Yhwh, le Nom propre du Dieu d'Israël, de Elohim, Eloah, Eloï, El. La plupart des traductions françaises ne lui seront d'aucune aide ( sauf la BJ et Osty).

Autre mot déformé par de nombreuses traductions, le mot "Ancien".

En grec, presbuteros, signifie plus ancien: c'est un comparatif. Allègrement, certains traducteurs choisissent le mot "prêtre", parfois "ancien" ou l'un ou l'autre. Ils brouillent ainsi toute possibilité d'en comprendre le vrai sens. Dans l'AT le mot hébreu désignant les prêtres du temple est kohen, l'homme du sacré, des sacrifices, que Segond traduit parfois par sacrificateur pour éviter toute confusion. En grec, kohen est traduit par iereus, l'homme du ieron, l'homme du sacré, du temple, des sacrifices. S'y rattachent les Grands prêtres mentionnés dans le NT très différents des Anciens.

La Bible parle des "Anciens". En hébreu zaquen: l'Exode les mentionne comme une institution de base dans le peuple d'Israël, collaborateurs de Moïse, souvent au nombre de 70. L'Ancien représente la sagesse, le jugement fondé sur l'expérience de celui qui a vécu longtemps, le respect de la justice, du droit et de la cohésion dans la communauté.

Le NT se réfère à cette pratique. Paul rassemble à Millet les Anciens d'Ephèse (Act 20, 15 à 38). Les Envoyés de Jésus pour une première mission sont au nombre de 70 ou 72 . Jamais, pas une seule fois, ils ne sont appelés "prêtres": jamais leur rôle n'est confondu avec celui des "prêtres" de l'AT. Pierre écrit : " Quant aux Anciens en fonction parmi vous, je les exhorte, moi qui suis ancien comme eux..." (I Pi 5, 1).

De graves confusions concernant le "ministère presbytéral" découlent de cette fausse traduction. Depuis des siècles, le débat est sans cesse relancé sur les fonctions prioritaires des "ministres ordonnés", identifiées par l'opinion majoritaire catholique à la présidence des célébrations sacramentelles et non pas au "ministère d'ancien" que le Christ et tout le NT leur demandent. Tant de siècles de confusion affectent désormais le mot "prêtre" qu'il est vain d'espérer une rectification efficace. On peut seulement en expliciter le juste sens, en développant régulièrement et officiellement la véritable notion du ministère d'Ancien. Voir mes nombreux compléments sur "les mots et les maux du ministère" à l'adresse http://www.thomasjch.com/motsministere.html et sur les suggestions concernant les "viri probati" dont a parlé le Pape François en 2017 , voir : http://www.thomasjch.com/presbyterat.html

 

 

Lorsque nous nous éloignons du texte grec original - concernant des mots importants et significatifs - nous perdons du sens, des finesses que le rédacteur voulait nous faire comprendre en choisissant délibérément ses mots. Par exemple, La tente. En hébreu, principalement soukkot, en grec skènè. Moïse parlait avec Yhwh dans la tente de la rencontre. Chaque année, les Juifs célèbrent la fête des tentes sous des huttes rappelant l'habitation des nomades, l'abri protecteur et précaire. A la Transfiguration Pierre veut dresser trois tentes. Jésus a célébré la fête des tentes, y faisant des déclarations solennelles sur l'Esprit Saint, source d'eau vivante, que recevraient ceux qui croiraient en lui. Jean l'évangéliste a écrit "et la Parole devint chair et dressa sa tente parmi nous". Le choix délibéré du mot tente évoque le thème de la présence de Yhwh au milieu d'un peuple en marche, jamais installé, ce dont nous prive la traduction banale "et il a habité parmi nous". L'apocalypse emploie systématiquement le mot tente et le verbe dresser sa tente dans les chapitres 20 et 21...

Il en va ainsi pour le mot grec "naos", sanctuaire et non pas hieron, temple dans Jean 2,19 et Apocalypse 21.

Le rapport au réel, à l'histoire.

 

Impossible aujourd'hui de faire l'impasse sur cette question capitale.

Observez les informations télévisées. Nos TV affichent de plus en plus régulièrement: live, en direct, pour nous garantir l'authenticité de l'information. On filme les reporters pieds dans l'eau ou la neige, cheveux en tempête, souvent inaudibles en raison des bruits ambiants. Pourquoi ? pour nous prouver que leur reportage est fiable. Nous comparons les informations sur plusieurs chaînes pour approcher la "vérité", la "réalité" des faits. Nous apprenons à décrypter, à détecter les ruptures d'images, le passage en boucle de certains reportages qualifiés de "direct". L'enchaînement permanent de pubs, d'informations, de points de vue, nous oblige à rester en éveil. Nous sommes certains que Johnny a bénéficié de funérailles nationales, mais chacun peut épiloguer sur les points de vue sélectionnés par chaque chaîne. Chaque caméra - il y en avait combien de centaines tout au long du parcours, à la porte de l'église, dans l'église ? - chaque caméra dit quelque chose de "vrai", d'authentique. Mais personne ne peut appréhender la totalité historique d'un ensemble qui a duré plusieurs heures.

Le souci du "vrai", du "réel" devient de plus en plus important.

Ceci influence notre façon de lire le passé, entre autres les témoignages évangéliques. Nous nous méfions des affirmations que nous n'avons aucun moyen de vérifier. Une convergence absolue entre quatre évangiles nous semble un montage. Une différence prend la dimension d'une contradiction et devient argument pour rejeter les différences. Les deux "larrons" crucifiés en même temps que Jésus avaient-ils le même regard sur le Nazaréen ? Jésus a-t-il désespéré de Dieu ? Les évangélistes ont-ils présenté comme réels des paroles ou des comportements inspirés par des écrits antérieurs ? Que veulent dire les expressions " et ceci arriva pour que soit réalisée l'écriture disant" ? Les citations de l'AT ont-elles fonctionné comme un guide respecté à la lettre par le rédacteur évangélique ? Sont-elles seulement des évocations, des réminiscences ? Peut-on croire encore que les récits évangéliques relatent du réel, de l'historique ? Ne seraient-ils pas des compositions pour nous faire croire qu'il en fut ainsi ? Et s'il a fallu attendre des dizaines d'années avant de commencer à les mettre par écrit, quel rapport ont-ils avec le réel historique ?

Influencés par la culture actuelle du réel, du live, du direct, nous l'appliquons rétroactivement.

Et bientôt la généralisation du virtuel et de la réalité augmentée ?

"Tout comme la réalité virtuelle, la réalité augmentée promet de révolutionner les modes de vie et de travail de la planète, mais sur un plan différent : dans la réalité virtuelle, nous sommes plongés dans un monde créé qui remplace l’existant. Un casque permet d’être immergé dans un environnement généré par un ordinateur, et l’on se retrouve subitement déplacé dans une usine, une maison, ou dans la ville du futur… La réalité augmentée quant à elle ajoute des informations numériques à un monde qui existe bel et bien. Pour l’essentiel, la réalité augmentée transforme des volumes de données et d’analyses en images et animations que l’on incruste dans le monde réel », résument Jim Heppelmann, PDG de PTC, et Michael Porter... Si la plupart des applications de réalité augmentée sont actuellement fournies via des appareils mobiles, elles le seront de plus en plus par des appareils mains libres, type casques de réalité virtuelle et surtout les fameuses lunettes connectées. Enseignement, formation, jeu, médecine, organisation des entreprises… Les possibilités offertes par ces nouvelles technologies apparaissent vertigineuses, leur développement allant de pair avec le boom des objets connectés".

Dans ce nouvel univers culturel, déjà amorcé par les jeux sur ordinateurs impliquant plusieurs compétiteurs distants connectés, chaque joueur a déjà la sensation d'intervenir, de créer du réel, de mener réellement une guerre, de débusquer des ennemis, de les flinguer en les laissant pour morts, de construire ou démolir, de gagner ou de perdre. Il existe et fait exister. Impliqué, il ne se contente plus de regarder, d'observer.

La simple lecture d'un texte ancien l'intéressera-t-il ? On peut l'espérer dans la mesure où l'existence concrète de ce "joueur" conservera de nombreux liens avec le réel: travailler, manger, se déplacer, vieillir, souffrir, guérir, se poser des questions, perdre ou gagner, gérer des biens, aimer, faire confiance ou se méfier de tout, se lier à des amis, créer un couple, avoir des enfants bien réels qui le ramèneront à la réalité ou à des questions ou à des résistances bien réelles.

Les éternelles questions se poseront probablement un jour ou l'autre dans la vie réelle des personnes. Et la solution ne se trouvera pas dans un objet connecté mais dans le rapport avec d'autre personnes réelles, vivantes, dans le dialogue, dans le choc de leur témoignage ou le bouleversement créé par des événements heureux ou pénibles, proches ou planétaires.

Le "joueur" devra cesser de jouer. Le réel s'imposera à lui: il devra l'affronter sans pouvoir le modifier à sa guise ou rejouer la partie.

Les grands textes inspirés, de l'Occident ou de l'Orient, suscitant des questions et des réponses, amènera les personnes à rapprocher ses questions réelles des réponses réelles d'autres personnes réelles. Les textes bibliques redeviendront vivants, sources: ils parleront au cœur et à l'esprit, suscitant des engagements impliquant la conscience, indiquant la route de ce qui fait du bien ou de ce qui fait du mal: une Lumière chassant les ténèbres, une Vérité plus satisfaisante que les jeux de miroir, une chaleur ne laissant pas indifférent, une relation possible à l'Invisible plus réel que le virtuel. Des choix deviendront indispensables. Subir, rejeter, ignorer le passé, se plaindre, accuser les autres deviendront des attitudes décalées par rapport à la réalité.

Quel rapport entre les faits et les textes ?

Selon certains interprètes des textes anciens, c'est le texte qui a donné corps à des faits et créé de l'histoire. Le lecteur croit y découvrir ce qu'aurait été l'histoire. Mais les textes nous trompent: il faut se garder d'y croire.

Selon d'autres, les textes disent quelque chose de l'histoire réelle, mais à leur façon. Il faut les décrypter, chercher les motivations de celui qui a écrit, confronter les affirmations du rédacteur avec ce que d'autres ont écrit, avec des monuments archéologiques, avec des certitudes inscrites dans la terre, le ciel, les étoiles.

Selon d'autres encore, si les témoignages évangéliques, notamment celui de Jean, ne cessent de créer du réel chez ceux qui les lisent, c'est parce qu'ils sont en rapport avec du réel historique, avec des personnes ayant réellement existé, ayant influencé l'engagement de nombreuses personnes réelles de leur vivant et depuis. L'homme Jésus dont Jean invite à découvrir la véritable identité ne ressemble pas à un personnage de roman particulièrement bien rédigé. Il parle encore, il questionne, il interpelle la conscience du lecteur, il attend sa réponse, il frappe à la porte espérant qu'on lui ouvre pour entamer une relation avec lui. Il devient une Parole incarnée qui s'adresse maintenant à celui qui lit.

"A défaut de pouvoir établir l'authenticité absolue des récits évangéliques, il n'est pas impossible d'en démontrer la vraisemblance historique, et que celle-ci est objectivement et historiquement acceptable....La vraisemblance est ce qui "semble vrai" dans un récit, ce qui a l'apparence de la vérité, ce qui est crédible ou recevable... En ce sens, la vraisemblance du récit historique constitue un degré de vérité placé sur une échelle virtuelle qui va du faux au vrai, en passant par le plausible et le probable, ou le possible. Ce n'est donc pas une contre vérité ou une fausseté, et cela ne doit rien à un quelconque jugement ou évaluation relativiste...Ainsi, s'interroger sur la vraisemblance des Evangiles consiste à établir le degré d'authenticité et de crédibilité des faits qu'ils mentionnent...en faisant ce que les historiens appellent la critique externe et la critique interne...Il faut d'abord considérer le contexte historique général dans lequel Jésus a pu évoluer, puis s'interroger sur l'existence du personnage".

Ces lignes sont de Bruno Bioul, historien et archéologue professionnel, diplômé de l'université catholique de Louvain, rédacteur en chef de la revue d'archéologie et d'histoire Archéothéma, auteur d'un livre sur les manuscrits de Qumran, ayant choisi de vulgariser au mieux les innombrables découvertes que les sciences historiques nous dévoilent. Il y consacre 430 pages et de très nombreuses notes justificatives. "Les Evangiles à l'épreuve de l'histoire, Légendes pieuses ou récits véridiques?", Artège, février 2018. Les citations ci-dessus sont tirées des pages 10 à 14.

Depuis deux millénaires, les textes du NT parlent. Ils ont suscité des millions d'engagements d'hommes et de femmes bien réels. Combien d'excellents textes grecs ou latins du premier siècle de notre ère ont donné lieu à des engagements existentiels similaires ?

On comprend mieux pourquoi ces textes ont été questionnés pour révéler leur rapport avec la réalité historique.

Chantal Reynier, entre autres, s'y est attachée dès l'année 1999 en publiant "Le Christ au cœur de l'histoire: l'autorité du Nouveau Testament", Bayard Editions. Dans la lignée de Charles Perrot, "Jésus et l'histoire", (1995, Desclée), elle percevait clairement que les évangiles méritaient une lecture plus attentive de leurs rapports avec le contexte géopolitique des années 27 à 30. Elle citait les travaux d'André Paul sur "le monde des Juifs à l'heure de Jésus", Desclée 1981, de Jean-Pierre Lemonon concernant "Pilate et le gouvernement de la Judée", de Hugues Cousin sur "Le monde où vivait Jésus".

 

 

Attestations de Jésus dans l'histoire

Elle insiste sur les "attestations de Jésus dans l'histoire". Elle y consacre les 100 premières pages de son livre, développant ensuite sur 180 pages ce qui concerne l'annonce et la diffusion du message, des disciples aux apôtres, de Paul aux communautés johanniques et pétriniennes, de Jérusalem à Rome. Elle invite à réfléchir sur l'appropriation du message de la foi, et sur les effets humanisants de la foi chrétienne.

Sa conclusion: le Nouveau Testament est indissociable de l'histoire réelle.

Comme beaucoup à la fin du XXe siècle, elle identifie le rédacteur du quatrième évangile à Jean, fils de Zébédée, pêcheur du lac, frère de Jacques (le Majeur), l'un des Douze, "l'autre disciple", celui que Jésus aimait, ayant séjourné à Ephèse. C'est là qu'il aurait écrit l'évangile autour des années 90-100, tout en mentionnant, en note, que d'autres proposent la Syrie ou la Samarie comme lieu de rédaction, ou encore la Transjordanie (pages 158-159). Nous ne la suivrons pas sur ce point.

Acceptant le principe, alors majoritaire, d'une rédaction tardive du quatrième évangile, Chantal Reynier nous laisse libres de nous demander si, dans les années 90/100, le fils de Zébédée avait encore l'âge et la santé pour rédiger l'évangile qu'on lui attribue. Elle nous laisse libres d'adhérer à l'hypothèse de communautés ou d'écoles rédactionnelles qui auraient pris la plume pour rédiger le quatrième évangile vers la fin du premier siècle. Bruno Guérard questionne cette opinion dans le dernier livre de sa trilogie, "Jean avant Paul".

La principale ligne argumentaire de l'enseignement de Chantal Reynier vise d'abord et avant tout à tisser un lien solide entre la réalité historique des années 30 et les textes qui leur ont été consacrés. Elle donne à la première partie de son ouvrage un titre significatif : "Le contexte géopolitique de la vie de Jésus (4 avant notre ère- 70 de notre ère) et y consacre 105 pages.

Bruno Guérard partage le même souci du rapport à l'histoire, tout en se libérant de l'hypothèse selon laquelle l'évangile de Jean aurait été écrit dans les années 90-100. Et surtout, grâce aux possibilités actuelles de l'informatique, il étudie le vocabulaire, les titres donnés à Dieu, à Jésus. Il les compare au vocabulaire de Paul à partir des années 51. Il y ajoute un certain nombre d'arguments dans sa Géopolitique du NT.

Cette question lui semble alors à ce point capitale qu'il se lance dans une enquête sur l'ensemble des textes composant le Nouveau Testament. Procédant selon sa méthode des titulatures ou titres donnés à Dieu et à Jésus, il voit se dessiner une chronologie plausible entre les évangiles, puis entre les lettres de Paul, elles-mêmes datées sur une période allant de 51 à 60/61 pour Colossiens, épître certainement antérieure à 60/61, date de la disparition de la ville de Colosses dans le tremblement de terre .

Viennent ensuite Jacques, et la Lettre aux Hébreux, sans oublier l'anthropologie de Jude, de la première Lettre de Jean, de la première lettre de Pierre, et finalement de l'Apocalypse dans le chaos des années 68 à 70.

Guérard développe ses arguments sur les 330 pages, de sa "Géopolitique du Nouveau Testament" sous-titrée "été30-été70". Il la publie chez Golias en juin 2015.

En le lisant, je découvre une rédaction progressant au fil des pages. J'ai l'impression que BG s'est d'abord formulé des hypothèses, qu'il a travaillé pour en vérifier le bien fondé. D'hypothèses en hypothèses, progressivement lui est apparue un chronologie plausible, vérifiable par l'analyse informatique de certains mots significatifs, de leurs rapports avec le contexte politique, économique, littéraire, ainsi que la naissance et l'expansion des petites communauté de chrétiens dans le monde Juif, grec, romain, méditerranéen.

BG nous livre une pensée qui se cherche: il avance à petits pas, se répétant pour être certain que le lecteur comprend, lui aussi, de mieux en mieux comment des hypothèses sont en train de devenir des documents dont il va falloir désormais tenir compte au lieu de répéter des datations largement incrustées dans les mémoires mais qui mériteraient d'être vérifiées à frais nouveaux.

 

 

Tenir compte des possibilités d'écriture dans les années 20 à 60.

Dans "L'épopée du livre", publiée chez Perrin, en 1985 après dix années d'enseignement à l'Institut patristique de Rome, A.-G. Hamman rappelle: "Dans l'Antiquité, lire, écrire, étaient de véritables métiers, exercés par ceux qui avaient été formés pour cette tâche. Pline l'Ancien avait son lecteur qui l'accompagnait en voyage. Cicéron, pour écrire, recourait à des esclaves...Les anciens préféraient dicter plutôt que d'écrire. L'écriture exigeait une technique difficile et pénible." (p.13).

Hamman développe ce rapport entre la dictée, l'écriture, la sténographie, le travail du copiste, l'utilisation du papyrus et du parchemin, l'atelier du copiste, l'édition, les vols de manuscrits, la falsification des textes...

Nous savons que Paul dicta la plus grande partie de ses lettres.

Pour écrire, il faut acheter un support coûteux et payer un scribe.

Pour faire des copies, il faut une équipe encore plus coûteuse.

" En venant, rapporte-moi le manteau que j'ai laissé à Troas chez Carpos. Apporte moi aussi mes livres (biblia), surtout les parchemins (membrana)" (2 Tim 4, 13)

 

D'où l'extrême attention apportée aux écrits, aux copies, à leur diffusion et à leur lecture.

"La salutation est de ma main à moi, Paul. Je signe de cette façon toutes mes lettres, c'est mon écriture." (2 Thes 3, 17).

Ce qui suit représente, à ma connaissance, la plus longue rédaction écrite de la main de Paul après avoir terminé la dictée de sa lettre aux Galates

" Regardez ce que j’écris en grandes lettres pour vous de ma propre main.

Tous ceux qui veulent faire humainement bonne figure, ce sont ceux-là qui vous obligent à la circoncision ; ils le font seulement afin de ne pas être persécutés pour la croix du Christ. 13 Car ceux qui se font circoncire n’observent pas eux-mêmes la Loi ; ils veulent seulement vous imposer la circoncision afin que votre chair soit pour eux un motif de fierté. 14 Mais pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. 15 Ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle. 16 Pour tous ceux qui marchent selon cette règle de vie et pour l’Israël de Dieu, paix et miséricorde. 17 Dès lors, que personne ne vienne me tourmenter, car je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus.

18 Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit. Amen." (Galates 6,12 à 18, finale de la lettre).

On peut penser que Paul a voulu résumer ici sa pensée, en l'écrivant de sa propre main, pour conclure la lettre polémique qu'il a dictée pour convaincre les Galates, résidant en Asie mineure, la Turquie.

" Je vous en conjure au nom du Seigneur, que cette lettre soit lue à tous les frères". (I Thes 4, 27). Si Paul s'exprime ainsi dès l'année 51, c'est que l'écrit existe de façon bien établie, qu'on y consacre de l'argent et du temps, qu'on le fait circuler, qu'on le commente, qu'on sait dicter, qu'on a un secrétariat. "Timothée, mon compagnon de travail, vous salue, ainsi que Lucius, Jason et Sosipatros, qui sont de ma parenté. 22 Moi aussi, Tertius, à qui cette lettre a été dictée, je vous salue dans le Seigneur. 23 Gaïus vous salue, lui qui me donne l’hospitalité, à moi et à toute l’Église. Éraste, le trésorier de la ville, et notre frère Quartus vous saluent." (Romains, 16, 21 à23). On écrivait beaucoup. Plus que nous ne l'imaginons généralement.

Pierre confirme qu'on écrit beaucoup, et que certains déforment le sens des écrits, notamment ceux de Paul, effectivement plus difficiles à comprendre que les textes évangéliques (2 Pierre 3, 1)

Bruno Guérard accorde grande importance à cette culture de l'écrit, à la capacité de certains d'exprimer une pensée personnelle en passant eux-mêmes de la pensée à l'écrit, sans se contenter de confier à la mémoire orale d'une communauté leurs pensées pour qu'ils la laissent mûrir et finissent par la mettre par écrit plusieurs dizaines d'années plus tard. Sans nécessité. Mais en faisant courir beaucoup de risques au témoignage que les évangélistes voulaient transmettre sur les actes, l'enseignement et l'identité de Jésus. A commencer par le jeune rédacteur que nous appelons Jean.

Si Jean ne se contente pas d'observer Jésus, de l'accompagner, d'engranger dans sa mémoire les enseignements de Jésus, de quels moyens doit-il disposer pour en mettre par écrit un certain nombre de passage ? Moyens financiers, supports, locaux discrets pour échapper à la connaissance de ceux qui s'opposent radicalement à l'enseignement de Jésus ?

Bruno Guérard est amené à se poser ces questions dès le chapitre 2 du troisième livre de sa trilogie. "Jean avant Paul". Il y développe la notion de "rumeur" et de "clandestinité" au chapitre 3. Il rappelle que Jésus a vécu ses derniers mois dans la clandestinité. Il est difficile d'imaginer que peu de jours après sa crucifixion la petite communauté de ses disciples se serait manfestée au grand jour à Jérusalem. Elle a dû vivre cachée, elle aussi. Combien de temps a-t-il fallu pour qu'elle passe de la clandestinité aux premières apparitions publiques ? Du rejet de Jésus comme blasphémateur condamné par les Autorités de son peuple aux discours de Simon Pierre, les accusant sans hésitation, "vous l'avez rejeté, livré" ? Le début des Actes des Apôtres compacte les délais. BG ajoute d'autres raisons: l'analyse informatique des titres donnés à Jésus dans l'évangile de Jean et les hypothèses qu'on peut en tirer concernant le délai entre la clandestinité et le discours public : entre le rejet des disciples du blasphémateur et la tolérance à leur égard.

BG s'efforce d'évaluer la situation de "Jean dans la rumeur" (chapitre 4 et sa conclusion). Il développe l'enseignement des titulatures dans les tableaux, courbes et graphiques des chapitres 5 à 7. Il peut alors formuler ses hypothèses sur la façon de lire Jean au centre des évangiles des premiers temps.

 

Prendre en considération le trilinguisme probable de Jésus.

Bruno Guérard aborde cette question dès le début du "disciple adolescent" (p.9 à 25). Il décèle que l'évangéliste est un "habitant cultivé de Jérusalem" (et non pas un galiléen ...donc pas un fils de Zébédée...), connaissant bien l'hébreu et le grec. Il décrit longuement l'entretien de Pilate et de Jésus qui ne s'est pas déroulé en latin, les occupants romains n'ayant pas imposé la langue latine aux pays occupés. Pilate utilisait très vraisemblablement le grec pour se faire comprendre, y compris de Jésus, des Grands prêtres et de la foule assemblée à proximité du prétoire, mais dehors pour ne pas se souiller en entrant chez un païen juste avant de manger la Pâque juive le soir même.

Le disciple mentionne l'écriteau trilingue placé sur la croix de Jésus et rédigé par Pilatus en hébreu, en latin et en grec.

Il ne relate aucune trace de difficulté de Jésus le Galiléen à comprendre ces trois langages...auquel il faut probablement ajouter l'araméen comme langue parlée avec ses compatriotes.

Lorsque Jésus prend la parole dans le temple pendant la fête des tentes, Jean rapporte l'étonnement des Juifs cultivés de Jérusalem: "Comment celui-ci connait-il les lettres lui qui n'a pas étudié?" (7,15). Façon de dire: il en sait beaucoup plus que ce que nous pensions de lui.

 

Affirmations très différentes concernant les textes du NT.

On observe périodiquement une réaction plus radicale: nier l'existence même de ce Jésus, présenté comme fils de l'homme et Fils de Dieu. Le philosophe Michel Onfray en est le représentant actuel le plus médiatisé. L'immense majorité n'adhère pas à sa thèse ( notamment Henri Tincq, publié sur internet) dont nul n'ignore le Traité d'a-théologie paru en 2005. Depuis janvier 2017, au long des 650 pages de "décadence" il développe ses convictions et prévisions: "Le judéo-christianisme a régné pendant presque deux millénaires. Une durée honorable pour une civilisation. La civilisation qui la remplacera sera elle aussi remplacée. Question de temps. Le bateau coule: il nous reste à sombrer avec élégance". N'oublions pas qu'il vise une "civilisation", que d'autres désignent aujourd'hui comme un ensemble de valeurs, et d'autres les us et coutumes engendrés par l'institution religieuse catholique romaine fondée sur la foi chrétienne.

 

Il n'est donc pas anodin de vérifier une fois de plus le rapport entre l'histoire vérifiable et les textes du NT.

Le point de vue de JS Spong.

Les insistances de Chantal Reynier et de Bruno Guérard...se démarquent nettement des perspectives de l'évêque anglican John Shelby Spong, auteur à succès, partisan d'un christianisme moderne visant à libérer les chrétiens d'une lecture littéraliste et fondamentaliste des évangiles. A propos du quatrième évangile, par exemple, J.S.Spong affirmait que ce dernier évangile avait été mal interprété par les rédacteurs des Credo du quatrième siècle. Il le percevait comme un récit littéraire et interprétatif des événements de la vie de Jésus par l'intermédiaire de personnages fictifs, comme Nicodème, Lazare et le «disciple bien-aimé». Le quatrième évangile aurait été conçu pour introduire Jésus dans le contexte des Écritures juives, puis pour en faire un des modèles cultuels de la synagogue et enfin pour le considérer à travers le prisme d'une forme populaire du mysticisme juif du premier siècle. Il s'agissait des "contes d'un mystique juif ", à lire comme tel.

Cherchant récemment sur internet ce qu'était devenu JS Spong, j'appris qu'il avait fait un AVC et qu'un site accueillait la publication de mises à jour sous la responsabilité d'une équipe de ses amis.

Lisant plus amplement ce qui concernait ses propres recherches, je compris qu'il voulait surtout éradiquer le fondamentalisme fréquent chez les chrétiens, qu'il était personnellement un remarquable conférencier entraînant ses auditeurs à la lecture méditée du quatrième évangile, et qu'il soumettait sa lecture biblique à de fortes doses de réduction du rapport des textes à l'histoire, à la "théologisation" de Jésus, à la christianisation des pratiques religieuses, à la croyance que les personnages bibliques étaient de chair et d'os exactement comme les textes les décrivaient.

Homme de foi et de prière, JS Spong décrivait également sa façon de prier ce Christ dépouillé, vidé de sa divinité, mais présent au plus intime de sa conscience de personne humaine.

Cela me rappelait la perspective et le rayonnement de Jean Cardonnel, ses conférences enflammées des années 1968 et son Dieu est mort en Jésus-Christ. Le dosage excessif des remèdes chargés de faire disparaître la lecture fondamentaliste me paraît avoir dissous le texte lui-même et dépassé la "purification" nécessaire.

Et, de plus, les arguments fondant les hypothèses me semblaient fondés sur des arguments a priori, philosophiques et théologiques, ( du genre: les événements racontés comme des annonces ne peuvent pas être réels puisque la connaissance anticipée de ce qui sera est impossible: la résurrection ressemble plus à un mythe qu'à une réalité ). Je donne plus volontiers mon assentiment à l'étude approfondie des textes de l'évangéliste Jean, à leur lecture par ensembles ou blocs, à l'analyse des titulatures, du vocabulaire: éléments que chacun peut vérifier selon la méthode expérimentale.

JS.Spong a milité pour que les chrétiens de son diocèse prennent du recul par rapport aux textes qu'ils connaissaient mais qu'ils lisaient de façon littéraliste, chaque mot du texte relatant un fait qui se serait passé exactement comme il était raconté. En 1994, il avait publié Résurrection, mythe ou réalité ? ( paru en français chez Karthala en 2016). Enorme succès: plus de 100.000 exemplaires.

En 2007, il publiait aux USA Jésus pour le XXIe siècle, (édition française chez Karthala en 2014). Il était alors évêque émérite.

Sa réflexion rend service à des chrétiens connaissant les textes. Elle les aide à prendre du recul. Mais la version finale lisible sur le site des amis qui continuent son œuvre montre un tel recul par rapport aux intentions de Spong qu'il est loisible de se poser la question: la distance prise est telle que le texte devient lointain, de plus en plus lointain, presque invisible et perdu dans un horizon inaccessible. Un chercheur de Dieu, âgé de moins de trente ans, abordant en 2018 les évangiles pour la première fois, n'a ni les mêmes questions, ni le même intérêt pour lire ce que dit du quatrième évangile l'école de Spong, contes d'un mystique juif. Il préfèrera probablement le texte au conte. Peut-être aura-t-il besoin, un bon nombre d'années plus tard, de lire les textes de Spong s'il tombe dans les travers du fondamentalisme littéraliste à force de lire le texte authentique.

En outre, ce travail date des années 1994. C'était il y a déjà un quart de siècle. Les éditions récentes en français pourraient donner à penser qu'il s'agit d'hypothèses nouvelles. Elles ont déjà bientôt 25 ans.

 

Les étonnantes potentialités de l'informatique.

Ce que propose la trilogie de Bruno Guérard rejoint la pratique de nos groupes bibliques.

Depuis 2012 nous commençons toujours par lire très lentement, afin de peser chaque expression, un texte constituant manifestement un ensemble, un bloc: jamais seulement quelques versets. Lorsque certains mots étonnent les participants, je reviens à l'original grec. J'utilise principalement le Nouveau Testament interlinéaire grec-français (jadis Carrez, maintenant édition Francine Leclerc préfacée par Roselyne Dupont-Roc de l'ICP, 2015).

J'utilise Bible Parser de Didier Fontaine, permettant des recherches lemmatisées, fondées sur la racine des mots grecs. C'est le seul outil à petit prix permettant ce genre de recherche.

Depuis 2017, Mr Soufflet propose Biblia universalis version 3: elle permet des recherches ultra rapides, avec diagrammes instantanés, visuellement très parlants, sur le nombre d'emplois de certaines chaînes de lettres français ou grec. Cet outil simple à utiliser, permet à l'utilisateur de se formuler des hypothèses, de voir presque immédiatement si elles sont fondées, significatives ou sans intérêt pour une recherche approfondie.

Rend aussi de très grands services le Lexique grec hébreu de "Enseigne-moi", accessible gratuitement sur internet.

L'utilisation régulière de ces moyens informatiques fait de chaque lecteur un "chercheur", imaginant des hypothèses.

Bruno Guérard pose à juste titre la question: comment se fait-il que l'utilisation de l'informatique ne soit pas devenue plus systématique pour fouiller la profondeur de la bibliothèque biblique ? Comme lui, selon ma pratique de ces outils, je suis persuadé que le travail sur les mots, les expressions, les automatismes, les genres littéraires bibliques permettra, très prochainement, de réaliser des bonds en avant dans la connaissance rationnelle et fondée de ces textes.

Dans le passé, les massorètes ont obtenu des résultats remarquables en comptant et comparant les mots hébreux..."à la main". Nous pouvons maintenant obtenir des résultats nettement plus larges. Grâce à ce genre d'IRM sur l'ensemble des textes bibliques.

Une nouvelle génération de chercheurs est probablement déjà au travail. Bruno Guérard en fait partie.

Il en tire ses hypothèses sur les titulatures, sur les dates de rédaction des textes. Sa "Géopolitique du Nouveau Testament, été30/été70", publiée en juin 2015, élargit les hypothèses du "Jean, le disciple adolescent". Son "Jean avant Paul", (2018) complète sa trilogie.

A titre d'exemple, voici quelques éclairages nouveaux suggérés par notre lecture très attentive de plusieurs blocs, répertoriés grâce aux petits détails apparemment anodins les ouvrant ou les concluant.

 

Cana, principe des signes.

Le bloc 3 sur Cana nous fit comprendre que le vin des noces et de l'Alliance nouvelle allait remplacer les purifications répétitives utilisant d'incroyables quantités d'eau. Que l'Alliance entre Dieu et son peuple pouvait devenir une fête, célébrée sept jours pleins; que cette profusion de vin de grand cru méritait d'être appelée "prototype" des signes, mis par écrit "pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et pour que, en croyant vous ayez vie en son Nom" (Jn 20, 31).

Des sens nouveaux apparaissaient. Il ne s'agissait plus d'un coup de baguette magique de Jésus visant à corriger l'imprévoyance du traiteur n'ayant pas tenu compte des habituelles consommations de vin, et de l'économie réalisable en donnant le vin le moins bon lorsque les invités ne sont plus capables d'apprécier le meilleur. La remarque de "la mère" de Jésus, première invitée à l'Alliance nouvelle, devenait une révélation. "Ils n'ont plus de vin" signifiait ceci: l'Alliance a perdu sa joie, la tristesse a remplacé la fête, l'amour n'est plus au cœur du rapport avec Dieu. Désormais donc, suggère "la mère", "faites tout ce que vous dira" le fils. Voici le "prototype", le "principe", le "premier" des comportements nouveaux en matière de relation avec Dieu. "L'heure" est venue: elle vient de sonner. "Tel fut le principe (archè, en grec) des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui" (Jn 2,13)

Cana n'est pas un acte de générosité en faveur de noceurs ayant déjà trop bu, mais qui en demandent toujours plus pour les sept jours de noces. A la limite un acte inconsidéré de Jésus.

Bruno Guérard ajoute, à propos de ce bloc 3, que "le disciple, témoin direct de ce qui se passe autour du Maître, est très attentif à ce qui se passe aussi en lui-même ou dans l'intime des disciples...témoignant ainsi de l'engagement d'un auteur qui se décrit lui-même au cœur de l'histoire qu'il a mission de rapporter" (p. 96 à 106 du Disciple adolescent).

 

Jésus chasse les vendeurs . Il annonce surtout le renouvellement du culte.

Le bloc 4 permet à BG d'évoquer l'influence d'Eusèbe de Césarée (265 à 339) sur l'hypothèse d'une rédaction tardive des évangiles, notamment du quatrième, bien après l'année 70, celle de la destruction et de l'incendie du temple de Jérusalem. (p. 112).

Dans nos groupes bibliques, nous avons accordé de l'importance au vocabulaire distinguant le naos, lieu très saint de la présence de Yhwh, et le hieron, imposant emplacement de 13 hectares sur lequel se déroule l'épisode. S'agit-il prioritairement d'un coup de colère de Jésus contre des commerçants mettant à la disposition des pèlerins les animaux ou monnaies dont ils avaient besoin pour participer à la pâque? ou d'une décharge d'agressivité de Jésus contre les responsable de la gestion du temple qui les avaient autorisés, moyennant royalties, à ramener les animaux depuis le mont des Oliviers jusqu'à l'esplanade du temple?

En choisissant deux mot différents, l'évangéliste nous suggère le sens qu'il préfère: "Détruisez le "sanctuaire", celui-ci, et en trois jours je le relèverai". Il commente lui-même: "Celui-là parlait du "sanctuaire" de son corps. Quand donc il fut réveillé d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il disait ceci et ils crurent à l'écriture et à la parole que Jésus a dite" (2,22). L'évangéliste ne s'intéresse pas d'abord à l'expulsion des marchands autorisés. Il centre l'attention sur le nouveau sens de la célébration pascale: il ne reposera plus sur l'immolation d'animaux substituts, mais sur l'offrande libre et personnalisée de chacun, devenant ainsi nouveau lieu saint de la présence de Dieu.

Je demeure étonné par l'absence d'attention de nombreux traducteurs aux deux mots différents choisis par l'évangéliste: naos, ou hieron. En utilisant seulement le mot hieron, temple, ces traducteurs nous privent de la finesse du sens choisi par l'évangéliste. Ils nous en privent, tout comme les synoptiques (Mt 21,15; Marc 11,15; Luc 19,45) qui, de plus, placent l'épisode après l'entrée de Jésus dans Jérusalem juste avant sa passion. Les synoptiques n'avaient pas le choix puisqu'ils mentionnent une seule montée de Jésus à Jérusalem, à la différence du "disciple" qui distingue nettement trois montées de Jésus à Jérusalem pour la pâque juive.

Paul reprendra le mot naos, sanctuaire, pour dire aux Corinthiens: "et ce sanctuaire, c'est vous" (1 Cor 3,16 et 6,16). L'apocalypse utilisera 12 fois ce mot grec, naos. Notamment en 21, 22: "Je ne vis pas de sanctuaire dans cette ville, car elle a pour sanctuaire le Seigneur Dieu tout puissant et l'Agneau. Et la ville n'a pas besoin de soleil ni de lune pour l'éclairer: en effet, la Gloire de Dieu l'a illuminée et l'Agneau est son chandelier. Et les Nations marcheront à sa Lumière, ...et ses portes ne seront jamais fermées, de jour et de nuit il n'y aura plus...". Tel est annoncé le rapport de l'humanité à Dieu et à l'Agneau.

De Genèse 1 jusqu'à Apoc 21/22 la bibliothèque biblique nous fait passer des signes et symboles à la réalité ultime, eschatologique. Le rédacteur du quatrième évangile en est conscient. Il choisit les mots et construit ses récits pour que ses lecteurs en prennent conscience eux aussi.

Nous avons constaté que beaucoup de chrétiens "réduisent" l'épisode à un coup de colère, voire de violence, de Jésus, avec toutes sortes de commentaires sur la violence, l'expulsion...Le sens que Jean donne à son texte passe alors inaperçu.

 

Nicodème, représente les chefs du Judaïsme en vigueur.

Quelques réflexions sur le bloc 5 centré sur Nicodème.

Deux mots caractérisent l'homme: c'est un "chef" des Juifs, plus qu'un notable; un "docteur d'Israël", chargé d'enseigner officiellement le peuple. Un "pharisien" au bon sens du terme.

Il vient "de nuit". Il parle au nom de plusieurs en disant " nous savons que tu es venu de la part de Dieu".

Jésus affirme d'emblée sa conviction: toute personne humaine doit vivre une seconde naissance, d'en haut, d'eau et d'esprit.

Nicodème est désarçonné. Et Jésus le laisse sur une question: "Toi, tu es le docteur d'Israël et tu ne connais pas cela? ".

L'évangéliste nous invite à voir en Nicodème non pas d'abord un individu de bonne volonté mais un représentant officiel de la plus haute autorité religieuse en place. Ceux qui la constituent se posent des questions sur sa légitimité, sur sa conformité avec la doctrine officielle du Judaïsme. Ils avaient déjà ouvert une enquête sur le Baptiste (1, 19). Ils ouvrent maintenant le dossier Jésus en députant Nicodème, discrètement, de nuit, mais sans l'accuser pour l'instant.

Plus tard l'enquête deviendra mise en examen puis condamnation à mort (7, 45 à 53). Jésus, quant à lui, développe sa conception de l'existence humaine réussie: naître à un second niveau, se laisser conduire par le souffle de Dieu, imprévisible, désarçonnant. Deux visions fort différentes du lien religieux sont ainsi évoquées: celle de la religion officielle et celle du fils de l'homme qui proclame solennellement: "Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné le fils, l'unique pour que quiconque croit en lui ne soit pas perdu mais qu'il ait la vie éternelle" (3.17 suivi du mini enseignement développant la même conviction et terminant le bloc 5, Jn 3,17 à 21).

Le texte de Jean prend une autre dimension.

Il s'agit d'une enquête préliminaire lancée par les hautes autorités du Judaïsme. Elle évoluera, toujours en relation avec Nicodème, injurié par ses pairs (Jn 7, 50 à 53). Elle deviendra condamnation et livraison à Pilate pour la mise à mort par crucifixion. Nicodème interviendra de nouveau pour honorer celui dont il avait reconnu, dès le premier contact, qu'il venait de la part de Dieu, le Yhwh d'Israël. Jean est le seul évangéliste à parler de Nicodème (dont le nom, en grec, signifie "peuple vainqueur").

 

La femme de Samarie ouvre son pays à la réconciliation poursuivie par Jésus.

Encore un exemple montrant que la lecture du texte par bloc, avec attention extrême au vocabulaire choisi et aux notations d'entrée ou de finale du bloc, permet de détecter les intentions de l'évangéliste rédacteur. La Samaritaine ! Bloc 7.

Dans nos groupes, après lecture des précisions concernant les baptêmes que Jésus faisait, nous lisons et relisons ce qui suit: " Jésus quitta la Judée et se rendit de nouveau en Galilée. Il fallait qu'il traversât lui-même la Samarie" (sic, 4,4).

Il lui fallait: dans quel sens ? Géographique ? Pas nécessaire, c'était la route la plus difficile, pénible, montagneuse. La plus commode consistait à remonter la vallée du Jourdain. D'où l'autre hypothèse justifiant ce "il lui fallait lui-même". Jésus sait bien que Juifs et Samaritains ne se parlent plus depuis plusieurs siècles. Le schisme a fait son œuvre. Or Jésus vient rassembler, réunir, réconcilier. Il sait bien que le monde masculin et le monde féminin communiquent mal. Il choisit d'aborder la Samarie pour s'arrêter dans un lieu historique, la source du puits de Jacob, de s'asseoir là pour dialoguer en pleine lumière de midi avec une "femme de Samarie" qui vient "puiser de l'eau" à cette heure improbable. Rien de miraculeux. Aucun "signe" impressionnant. Mais un dialogue en crescendo entre la "femme de Samarie" et le Juif qui se présente comme celui qui attend quelque chose de cette femme représentant les attentes, les questions et la foi de la Samarie. "Je sais que le Messie vient, celui qu'on appelle Christ: quand il viendra, celui-là, il nous annoncera tout". Jésus lui dit: Moi, Je Suis, moi qui te parle".

L'évangéliste met en valeur le rôle de la "femme de Samarie" comme témoin, missionnaire près de ses compatriotes qui finissent par reconnaître: "Nous l'avons entendu et nous savons que celui-ci est vraiment le sauveur du monde" (4.43).

Voilà pourquoi "il fallait qu'il traversât la Samarie". Pour quoi ? Pour susciter le premier mouvement de rapprochement historique entre la Samarie et le Judaïsme, rapprochement confirmé par les Actes des Apôtres après la résurrection de Jésus (Act. 8, 14 à 40).

Le bloc 7 prend une dimension œcuménique. La femme de Samarie comprend mieux la pensée de Jésus que ses hommes disciples Juifs encore trop impliqués dans les antiques querelles entre juifs et samaritains, entre hommes et femmes, pour comprendre que "les campagnes sont mûres pour la moisson" , que l'évangélisation est en cours et qu'elle est du ressort de chacun, ouvrier moissonneur, qu'elle commence par les "périphéries" les plus proches, et qu'il faut prier pour que le Père envoie de nombreux ouvriers à sa moisson (lesquels sont d'abord des hommes et des femmes du pays, avec leurs limites, et non pas seulement des spécialistes comme on a pris l'habitude de le répéter dans certains milieux catholiques au nom d'une mauvaise compréhension de ce qu'on appelle "la vocation"...Tiens, encore un mot à soumettre à l'IRM informatique pour savoir ce qu'en dit la Bible!) ( 4, 31 à 38).

 

Les platitudes disparaissent.

Un grand souffle se dessine

 

Il faut, il convient, il est impossible qu'il en soit autrement.

L'évangéliste le répète pour nous transmettre sa vision, sa réflexion.

"Il vous faut être engendrés d'en haut" (3,7)

"Il faut que le fils de l'homme soit élevé" (3,14)

" Il fallait que lui-même traversât la Samarie" (4,4)

" Vous, vous dites qu'il faut adorer à Jérusalem" (4,20)

" Il faut adorer en esprit et en vérité" (4,24)

" Il faut œuvrer les œuvres de celui qui m'a envoyé tant qu'il fait jour" (9,4)

" J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos. Celles-là, il me faut les conduire, elles entendront ma voix, et deviendront un seul troupeau, un seul berger" (10,16)

" Ils ne comprenaient pas encore l'Ecriture (affirmant) qu'il faut que lui (Jésus) se lève (anastasis) des morts" (20,9).

Le "il faut" ne caractérise pas une négation de la liberté, une obligation s'imposant à des personnes dont l'histoire serait écrite par avance. Il invite à un regard approfondi sur des événements importants, pour conclure qu'il ne pouvait pas en aller autrement, compte tenu de ce que sont les personnes, et surtout compte tenu du dessein bienveillant que poursuit le Père au bénéfice du salut, de la liberté, de la grandeur des humains qu'il aime.

Les "il faut" disparaissent presque totalement de la littérature paulinienne.

 

Le tout petit détail ressemble à une clé.

Minuscule: "il faut", "il convient", trois lettres en grec, dei, ou 4 dans le verbe edei au passé, "il fallait" .

Cette clé ouvre une porte. Elle nous fait entrer dans une vaste salle pleine de lumière permettant d'observer des sculptures, des peintures, des aménagements, des documents historiques, des témoins vivants discutant entre eux et nous proposant leurs convictions, leur connaissance des textes bibliques. Ces témoins d'hier s'adressent à nous. Ils nous demandent ce que nous pensons aujourd'hui en lisant, méditant, analysant les textes bibliques à la lumière de la culture actuelle, des réactions sur les réseaux sociaux, des questions posées par nos contemporains, divers, croyants, non croyants, agnostiques, chercheurs de sens, de sagesse, de spiritualité, de progrès en humanité.

 

L'initiative de l'Ecole biblique de Jérusalem.

C'est dans cette direction que travaille, me semble-t-il, l'école biblique de Jérusalem avec sa livraison dominicale de PRIXM. Un pari récent et nouveau, probablement gagnant, utilisant tous les moyens d'internet, pour redonner goût à la Bible en mixant musique, peinture, chansons pour donner tous les sept jours, le jour du Seigneur, accès à des textes bibliques bien traduits et expliqués en peu de mots pour donner envie d'en savoir plus et d'ouvrir une Bible, ce Patrimoine mondial de l'Humanité. Dans les années 1940/1950 la même école biblique publiait la Bible en fascicules devenus l'incontournable "Bible de Jérusalem", sans cesse rééditée et améliorée depuis bientôt 70 ans. Nouvelle génération de biblistes, immergés dans la culture contemporaine, conscients de l'absence d'intérêt de la plupart des Français, y compris catholiques, envers la bibliothèque biblique, et innovant pour redonner à cette bibliothèque l'importance qu'elle mérite.

 

Mieux respecter les mots choisis par le rédacteur.

Les vies, l'âme, la psychè.

Si le rédacteur évangélique connait plusieurs mots grecs pour parler de la "vie", (bios, zoè, psuchè) et s'il en choisit un, s'il répète, pourquoi ne pas en tenir compte ?

Dans l'expression "il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime", Jean choisit toujours le mot "psychè". Il nous invite à traduire par "âme", dans le sens d'une "intime conviction de conscience". Transmettre, exprimer ce qu'on pense, ses valeurs, le sens et la sagesse qu'on donne à sa façon de vivre au lieu de rester muet sur ce point avec ses amis.

Jésus a transmis à ses proches sa façon de penser, de prier, de s'engager. L'expression le dit par le choix invariable du mot psychè et non pas celui de vie physique, avec son contraire, la mort physique. A force d'oublier ce choix et de préférer la traduction " donner sa vie" , on a fini par déformer le sens premier de l'expression de Jésus. Je l'ai constaté depuis des années. Avec une conséquence désastreuse: beaucoup hésitent, rechignent devant une obligation jugée au-dessus de leurs capacités courantes. En poussant jusqu'au bout les contresens possibles, on aboutit à cette traduction imprimée ici ou là dans nos livres de prière: "Il n'y a pas de plus grand amour que de mourir pour ceux qu'on aime". Bien sûr, Jésus a aussi donné sa vie dans ce sens: il n'a pas reculé devant ceux qui avaient décidé de tuer le Juste qu'il était. Mais quand il demande à ses disciples d'aimer au point de transmettre ses intimes convictions à ceux qu'on aime (philia, en grec), il ne les invite pas à se faire tuer mais à vivre et à livrer leur intimité de conscience au lieu de se murer dans le silence soit par peur, soit par égoïsme, soit par manque d'amour envers ceux qui pourraient en être aidés.

Les mots de l'amour

S'il Jean l'évangéliste connait plusieurs mots pour parler de l'amour (philia, eros, agapè, ou eleos) pourquoi dédaigner son choix et traduire le dialogue entre Jésus et Simon Pierre comme s'il n'y avait qu'un seul mot, alors que ce dialogue progresse en signification grâce au mot choisi à bon escient par l'évangéliste, soit philia, soit agapè. (Jn 21) C'est nettement plus significatif que l'unique verbe français "aimer" aux dizaines de sens selon le contexte. Détail sans importance ? Je ne le crois pas.

 

 

Sanctuaire, lieu où Yhwh demeure, (repartir d'ici le 3 mai)

Si le réacteur connaît et le hieron (temple) et le naos (sanctuaire) pourquoi faire disparaître la précision évidente sur laquelle Jean insiste en rapportant le dialogue de Jésus " Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai". Les Juifs lui répliquèrent: il a fallu quarante six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours, tu le relèverais ?". Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. Aussi, quand il se réveilla d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il avait dit cela; ils crurent à l'Ecriture et à la parole que Jésus avait dite". (Jn 2, 19-21).

Deux versets d'une immense portée, qui reviendront dans le procès fait à Jésus de vouloir détruire le temple et l'institution religieuse qu'il permettait de faire fonctionner, avec les sacrifices quotidiens d'animaux . Deux versets de l'évangéliste que nous appelons Jean, et que ne rapportent pas les autres évangélistes. Lesquels, en outre, situent l'opération des "vendeurs chassés du temple" quelques jours seulement avant la mort de Jésus, alors que Jean la situe dès les débuts de la vie publique de Jésus parce qu'il veut nous faire comprendre que le culte avec sacrifices d'animaux ne correspond pas au culte que Dieu désire.

Le culte que Dieu attend est rendu par les humains au plus intime de leur conscience, ce sanctuaire, ce lieu très saint, cette tente de la rencontre où Moïse parlait avec Yhwh comme un ami parle avec un ami. Jean a d'ailleurs choisi le mot tente pour parler de la présence de Jésus dans notre monde: "Et il a planté sa tente parmi nous". (Jn 1, 14). Et les synoptiques écriront que "le voile du sanctuaire" se déchira du haut en bas lors de la mort de Jésus, signant la fin d'un culte réservé au Grand Prêtre, une fois par an. Le culte qui plaît à Yhwh est transformé, dès la mort de Jésus, en l'an 30, selon l'Ecriture et selon l'histoire.

Temple et sanctuaire disparaissent ensemble

La fin du culte sacrificiel d'animaux

Pas besoin d'attendre la destruction du Temple par les armées d'occupation romaine en l'an 70 pour que cessent les sacrifices d'animaux présidés par les "sacrificateurs" qu'étaient les "prêtres , nés de prêtres, de la descendance d'Aaron, selon l'institution de la première Alliance". Jean rédige de façon simple, sans aucun mot théologique compliqué, mais il en dit plus que Matthieu, Marc et Luc. Il est plus attentif à la chronologie, à la fête de Pâque durant laquelle s'est produit l'événement. Il parle en témoin qui a vu, qui a compris la portée de l'événement, et qui prend soin de nous l'expliquer. Ce rédacteur et témoin mérite d'être lu avec attention. Tous ses mots portent !

Maître dans quel sens ?

Un dernier exemple. Les mots maître, seigneur, esclave, serviteur, disciples sont également différents en grec. Il y a le didaskalos, le formateur qui a des disciples, ceux qui apprennent de lui. Il y a le despotès qui dirige la marche de sa maison avec l'aide de serviteurs, diakonoi, et parfois avec des gens dont il est propriétaire, les esclaves, doulos. Il y a le kurios, qui préside la table et peut choisir librement de se lever de table pour prendre le tablier et laver les pieds des invités à la table, comme s'il était l'esclave. Jean rapporte le fait, avec une incroyable précision dans le choix des mots: didaskalos, kurios, avec un complément expliquant qu'il s'agit d'un exemple à imiter pour devenir heureux : car l'esclave, doulos, n'est pas plus grand que son maître, kurios, Et il conclut ainsi: "Si vous savez ces choses, heureux êtes-vous si les faites". (Jn 13, 13-17).

En trois versets, par le choix des mots, Jean nous fait comprendre l'identité profonde de Jésus dans sa relation avec les personnes humaines. Et le sens de sa mort sur une croix comme un esclave alors qu'il était l'Homme le plus noble et le plus Libre. Paul pourra écrire aux Philippiens cet hymne en hommage à l'homme le plus libre qui " ne considéra pas comme une proie d'être traité en égalité avec Dieu mais qui s'est vidé lui-même en prenant forme d'esclave...jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a surélevé et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom...afin que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur pour la Gloire de Dieu Père" (Phil. 2, 6 à 11).

Les mots et la réalité de l'esclavage dans les années 30 à 60.

Ils existent, le NT les emploie: en grec doulos, doulè, et en latin servus.

Nombre de traductions n'en tiennent pas compte et préfèrent le français "serviteur". L'affaiblissement du sens en découle. L'exemple le plus parlant se trouve dans le "magnificat". Nous disons "Il s'est penché sur son humble servante", alors que le texte grec dit clairement "Il a jeté un regard sur l'humiliation de son esclave" (Lc 1,48). Marie avait conclu l'annonce de la naissance en disant: "Voici l'esclave du Seigneur" (Lc 1,38). Quelle fut l'humiliation de Marie? Matthieu nous met sur la voie (Mt 1, 18-24).

L'attention aux mots choisis par l'évangéliste Jean doit être mieux respectée, et en certains cas purement et simplement restaurée.

Nous évitons alors d'imaginer ou de laisser croire que Jésus serait un Maître et Seigneur profitant de la situation pour se faire obéir comme un tyran, pour régner sur des gens qu'il traite en esclaves. Avec ses mots choisis, Jean fait comprendre la portée considérable du geste de Jésus que Paul chantera quelques années plus tard.

Jean était là quand s'est produit l'événement: il a vu: il a compris: il l'a écrit. "Jean avant Paul".

La mauvaise habitude des suppressions de versets dans les textes liturgiques officiels.

Sans avertir le lecteur...Je m'en rends compte presque chaque semaine en publiant le texte complet des lectures bibliques officielles et non pas seulement sa version amputée.

L'absence de référence au contexte représente également un risque de perte de sens.

Jean rapporte des ensembles qui commencent par des mots précis et se terminent sur des notations précises.

Il rédige avec soin, tout autrement que ses collègues synoptiques pour lesquels le "en ce temps-là" suffit.

 

Les premières victoires de la titulature

datent du XIXe siècle.

(Développement sur l'observation des titres donnés à Elohim, Yhwh Elohim, ou Yhwh seulement dans le Pentateuque)

Une avancée considérable dans la compréhension du Pentateuque.

(développer sur ces débuts dans la compréhension du processus lente maturation entre la mémoire orale d'un peuple et ses différentes mises par écrit des siècles plus tard)

`

L'hypothèse de la mise par écrit plusieurs siècles après la mémoire orale conservée de faits ou légendes. D'Abraham à Moïse: de la Genèse au Deutéronome.

Les rédactions différenciés selon la perspective choisie par chaque rédacteur.

Le Pentateuque, entrelace au moins trois perspectives)

L'hypothèse de la longue transmission de l'oral avant l'écrit s'impose-t-elle ?On l'observe encore dans les livres de Josué et des Juges, avec des "refrains" : quand les responsables et le peuple sont fidèles à Yhwh, tout va bien, ils gardent leur liberté face à leurs voisins ennemis. Dès qu'ils oublient Yhwh leurs ennemis les oppriment.

 

L'hypothèse de la longue "incubation" entre l'oral et l'écrit s'impose de moins en moins dans la rédaction des Livres prophétiques.

Une grande partie des textes d'Esaïe, de Jérémie, d'Ezéchiel n'a pas besoin d'une période "d'incubation" entre l'oral et sa mise par écrit.

Et dans le reste des textes de la Première Alliance ?

La période d'incubation est parfaitement inutile. Le rédacteur observe, réfléchit, et il rédige. La majeure partie des livres les plus récents de la Bible en hébreu ou en grec est de cet ordre.

Et pour les textes de la Nouvelle Alliance ?

L'enseignement de Jésus, ses paraboles, imposent-ils une période de maturation pour passer de l'oral à l'écrit ? allant des années 30 aux années 90 ?

Les événements de la vie publique de Jésus imposent-ils un long délai entre les années 30 et leur mise par écrit dans les années 90? Au nom de quelle logique?

Les récits de la Passion et de la Résurrection imposent-ils une longue période de transmission orale avant leur mise par écrit par des communautés vers la fin du premier siècle ? Au nom de quelle logique ? Et avec quel risque pour l'historicité ?

Quelques autres clés de lecture

Le chiffre sept

Elle nous permet de comprendre l'importance du chiffre sept qui structure les Ecritures du Judaïsme depuis la première présentation de l'intervention créatrice d'Elohim; six jours pour faire et créer, le septième pour célébrer et reconnaître.

 

 

"Le disciple" mentionne sept actions de Jésus modifiant les éléments:

1. A Cana, il change en vin de qualité l'eau destinée aux rituels de purification 2. A Cana, il guérit à distance le fils d'un fonctionnaire royal 3. A Jérusalem, piscine de Bethesda, un jour de sabbat, il guérit un homme infirme depuis 38 ans 4.Dans le désert, il nourrit 5 milliers de personnes qui le suivent, comme Dieu avait fait pour son peuple dans le désert. 5. Il marche sur la mer pour rejoindre ses disciples 6. A Jérusalem, il guérit un homme né aveugle 7. A Béthanie, il redonne vie à son ami Lazare en réponse à la demande de ses deux sœurs, Marthe et Marie qu'il aimait.

"Le disciple" mentionne sept "Je Suis" rappelant le Nom propre que Yhwh révèle à Moïse. Façon très forte de décliner l'identité de Jésus. 1. "Je Suis le Pain de la Vie 2. Je Suis la Lumière du Monde 3. Je Suis la Porte 4. Je Suis Le Bon Pasteur 5. Je Suis le Relèvement et la Vie 6. Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie 7. Je Suis la Vigne, la Vraie.

"Le disciple" mentionne sept fêtes du Judaïsme qui jalonnent le ministère de Jésus. 1. Fête de la Pâque (2,23 et 4 ,45) 2. Une fête Juive et il monta à Jérusalem (5,1) 3. La Pâque était proche et il monta à Jérusalem (6,4 ) 4. La fête des Tentes ( chapitre 7) 5. La fête de la dédicace (10,22) 6. La dernière Pâque (11,56; 13,1) 7. Le premier jour de la semaine, de bon matin, alors qu'il faisait encore ténèbres, le tombeau est ouvert, le corps a disparu des linges de l'ensevelissement. Au soir de ce premier jour Jésus se tient au milieu des disciples et leur dit: la Paix avec vous....Recevez l'Esprit Saint. Si vous remettez les péchés de certains, ils leur ont été remis, si vous retenez les péchés de certains, ils leur ont été retenus.

Observons que six des fêtes mentionnées duraient elles-mêmes sept jours. Nous commençons alors à entrer dans une autre culture rédactionnelle, étrangère à nos habitudes.

 

"Le disciple adolescent" recoupe ainsi la "Lecture insolite du quatrième évangile" publiée chez Mediaspaul en 2012 par Marie-Hélène Dechalotte, du Pays Nantais, sous le titre " A travers Jean". Puisant dans la méthodologie du midrash elle présente sept études allant de la noce de Cana à Judas l'Iscariote, sans oublier "le disciple qui n'avait pas de nom". Elle accorde grande importance au comptage des mots.

Bruno Guérard publie dix tableaux sur les occurrences de certains mots comme le monde, les signes, témoin, être envoyé, péché, Dieu, Père, en comparant le sens que leur donne le quatrième évangile et celui qu'ils ont dans la source Q, dans Marc, dans Matthieu, Luc et les Actes des Apôtres (p. 174). BG les assortit d'hypothèses de datation, depuis les années 30-40, jusqu'aux années 70-80.

*

Il élabore ainsi de nouvelles méthodes de réflexion qui deviendront, en 2015, sa "Géopolitique du Nouveau Testament: été 30/été 70".

Elargissant son regard sur l'ensemble du nouveau testament, il répertorie 7800 versets, quelques 4000 titulatures dénommant Dieu et le Christ. Il y voit des marqueurs irréfutables pour de nouvelles hypothèses de datation permettant de situer les 27 livres du NT. Il les met en rapport avec la géopolitique des années 30 à 70.

Il prend connaissance du livre de John A.T.Robinson, exégète et évêque anglican, ayant publié en 1976 la version anglaise de son travail "Re-dater le Nouveau Testament", éditée en français par Lethielleux en 1987.

Il observe que les études exégétiques furent souvent appliquées à de petites séquences de versets (micro lecture). Il forme l'hypothèse qu'une macro lecture, par blocs, peut aboutir à une compréhension plus exacte des livres du NT. Notamment des textes de Paul, en tenant compte des conditions de production matérielle, des modes de rédaction et de duplication, dans le contexte géopolitique des années 50 à 60. "Les missions de Paul sont aisément datables. Les premières communautés ont eu tendance à se comprendre d'abord comme une secte au sein du monde juif...Le rassemblement festif centré sur la répétition du dernier repas du Seigneur...devient un nouveau culte hebdomadaire. Il ne pouvait se comprendre que si l'on se remémorait et si l'on évoquait à nouveau des paroles et des gestes qui avaient été les siens et si l'on relisait des récits de ces paroles et de ces gestes...Si l'on n'avait pas l'un de ses premiers témoins...il fallut très certainement avoir recours très vite à des textes écrits, en quelque sorte de multiples embryons du NT en train de s'écrire". (p.21-22)

BG propose donc de suivre quatre lignes éditoriales du NT: la ligne synoptique, la ligne johannique, la ligne paulinienne et la ligne spécifique de l'épître aux Hébreux. (p.24). Il évoque les travaux de Pierre Gibert, de l'Oratorien Richard Simon, de Jean Astruc, médecin de Louis XV, observant que les noms de Dieu ne sont pas les mêmes dans les divers chapitres du Pentateuque et publiant anonymement l'invention des sources Yawistes, Elohistes et Sacerdotales. Il compare la méthode de production du Pentateuque et celle du NT. Plus besoin d'une longue période orale préalable à la mise par écrit (p.27). " De plus, sous réserve que les communautés aient les moyens de les nourrir, des scribes-copistes pouvaient se mettre rapidement au travail, possédant déjà le degré avancé de la culture des Ecritures de la société juive. Ce fut le cas de Paul, ou du Disciple adolescent" (p.27-28).

 

 

Le substrat hébreu du texte grec.

 

En 1984, Jean Carmignac publiait les premiers résultats de vingt ans de recherches. Considéré comme le spécialiste des textes découverts à Qumran en 1947, il travaillait depuis 1963 sur les rétroversions des évangiles en hébreu déjà publiées. Beaucoup plus nombreuses que je l'imaginais. Sa conclusion ? "Le grec des évangiles n'est pas un mauvais grec: c'est le bon grec d'un traducteur respectueux d'un original sémitique qui en conserve la saveur et le parfum" (p.12). Ajoutant: "Si vraiment Marc a été rédigé en hébreu ou en araméen, mais pas en grec ,les dates de composition couramment admises doivent être révisées, non seulement pour lui, mais aussi pour Matthieu et pour Luc: tous sont alors plus anciens qu'on ne l'imaginait...Et je ne pouvais pas ne pas voir que dans l'exégèse actuelle peu de savants étaient enclins à poser ainsi les problèmes....Pouvais-je avoir raison contre les tendances générales de la science officielle ? " (p.14)

L'abbé Pierre Grelot représentait cette position officielle. Conseiller des Evêques, il intervint vigoureusement contre Carmignac et publia en 1984 "Evangiles et tradition apostolique" où il formula 22 critiques des hypothèses de Carmignac, qui les rapporta avec sa réponse.

Pierre Grelot avait un talent de polémiste: Carmignac conservait toujours son style de chercheur essentiellement attentif au poids des arguments.

Voici la 22e critique de P.Grelot: "Pour conclure, je reviendrai sur l'opinion de J. Carmignac au sujet de ses propres hypothèses. Elles constitueront, pense-t-il, "la base de l'exégèse des évangiles vers l'an 2000. Je pense plutôt, pour mon compte, qu'elles dormiront alors dans le cimetière des hypothèses mortes. On ne peut exclure que, de temps en temps, un érudit les déterre et tente de les ressusciter. Mais en vain ! J'aurai du moins jeté par avance, avec une certaine peine, quelques pelletées de terre sur leur tombe: elles méritent bien ce dernier hommage".

A quoi Carmignac répondait: Je prie le Seigneur de nous accorder à tous les deux, à M.Grelot et à moi, une bonne santé jusqu'en 2000(et même au-delà). Et j'invite M. Grelot à nous rencontrer alors, au jour et au lieu qui lui plairont, pour que nous constations ensemble lequel des deux aura été le meilleur prophète " (p. 111 de "La naissance des Evangiles Synoptiques", O.E.I.L, mai 1984).

Carmignac décédait le 2 octobre 1986, à 72 ans. P.Grelot lui survécut, mourant à 92 ans en 2009. Leur rencontre n'eut pas lieu.

L'affaire du "Christ hébreu"

La même année 1984, P. Grelot s'enflamma contre les perspectives de Claude Tresmontant, proches des hypothèses de Carmignac et de l'évêque anglican Robinson,

" Evangiles et tradition apostolique. Réflexion sur un certain Christ hébreu", qu'il résumait un une phrase: "ne peut être pris au sérieux du point de vue scientifique".

J'étais alors évêque d'Ajaccio depuis 10 ans. Je connaissais Tresmontant qui passait une partie de l'été sur la plage d'Ajaccio, avec ses deux livres de travail, une Bible en hébreu, une Bible en grec.

La mise en examen d'un évêque aux Facultés catholiques de Lyon.

C'est ce qui m'arriva le mercredi 29 février 1984 (suite du récit à écrire)

 

 

La position majoritaire.

- La Nouvelle Bible Segond, parue en 2002, Bible d'étude d'un grande richesse de documentation: "L'idée reçue dans l'Eglise, depuis le second siècle au moins, est exprimée par Irénée (130-202): " Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposait sur sein,...publia son évangile à Ephèse après que les autres évangiles eurent été écrits"..."Le quatrième évangile est le fruit d'une méditation théologique.. Car la signification véritable des faits apparaît rarement d'emblée. Jean le remarque lui-même lorsqu'il précise à propos de l'affaire des vendeurs du temps du temple, de l'entrée triomphale à Jérusalem ou de la Résurrection elle-même, que les disciples ne comprirent pas tout d'abord, mais seulement plus tard...En fait, pour reprendre l'expression d'un spécialiste du quatrième évangile, Jean se propose de "restructurer le croire des croyants", en les faisant passer à une compréhension plus profonde de la foi qu'ils ont reçue".(p.1389)

- La Bible de la Liturgie, (2013) décrit ainsi l'auteur du quatrième évangile: "il s'agit d'un mystérieux "Disciple bien-aimé" présent aux côtés de Jésus lors du dernier repas et considéré comme le témoin direct de sa mort...Il jouit du privilège d'avoir été le témoin oculaire des événements définitifs de la mort et de la résurrection de Jésus...Il paraît jouir d'une grande autorité comme le véritable auteur de l'Evangile...D'où la légende du vieil auteur, certes riche d'une large expérience spirituelle....Les recherches exégétiques ont montré la naïveté de cette représentation...Le quatrième évangile est étroitement lié à une communauté spécifique...Depuis Irénée de Lyon il est de règle de l'identifier avec Jean, le fils de Zébédée. ...Mais aucun élément ne vient étayer cette thèse. Autrement dit, le Disciple bien-aimé reste pour nous un inconnu...Non pas que le personnage soit purement symbolique: personne aujourd'hui ne doute de son existence historique; il paraît même avoir joué un rôle de premier plan dans la vie de la communauté. Toutefois, le fait que le Disciple auteur soit anonyme invite le lecteur à regarder au-delà du personnage, en direction de Jésus lui-même, considéré comme la véritable source d'un Evangile relayé par la tradition apostolique - en ce sens la référence à l'apôtre Jean est riche de signification - et rédigé au sein d'une communauté particulière, elle-même confrontée à une situation historique... Les recherches récentes ont quelque peu éclairé la figure de la communauté johannique: d'abord établie en Palestine et en relation étroite avec le judaïsme, puis déplacée en monde païen ( traditionnellement ou parle d'Ephèse, mais certains auteurs pensent aussi à la Syrie. La communauté éprouve alors un vif sentiment d'insécurité, d'une part en raison de sa rupture avec le judaïsme...d'autre part en raison de l'incrédulité tenace d'un "monde païen" sur le point de devenir persécuteur des chrétiens. Signalons enfin que l'existence de la communauté johannique ne s'arrête pas à la mort du Disciple fondateur." Suit une présentation de l'évangile comme livre des Signes; avec ici ou là mention "des" rédacteurs de quatrième évangile et cette phrase après la présentation des tensions mentionnées dans les chapitres 7 à 12: "sans doute faut-il voir aussi un écho à la situation de rupture vécue à la fin du premier siècle, c'est-t-dire à l'époque de la rédaction de ces pages".(p.1779 de l'édition en deux couleurs, fort bien mise en pages avec mention des noms des livres bibliques, en verticale dans les marges, multiples notes de bas de pages signalant les mots ajoutés, les traductions plus proches de l'orignal grec, et pour chaque ensemble lu dans les liturgies catholiques, la référence précise au jour de lecture. On peut vérifier ainsi que certains passages sont lus plusieurs fois, et d'autres...jamais.

 

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L'évangéliste, que nous appelons Jean, semble avoir volontairement rapporté dans ces chapitres 13 à 17 un certain nombre d'enseignements de Jésus qu'il trouvait important de mentionner et qui n'avaient pas trouvé place dans les chapitres 1 à 12. Il les situe dans le cadre d'une longue veillée où Jésus, avant sa passion et sa résurrection, complète la formation de ses disciples - qui en avaient énormément besoin.

 

Luc, pour sa part, situe cette initiation au sens des Ecritures après la résurrection de Jésus: sur le chemin d'Emmaüs et ensuite ( Luc 24).

 

Jean développe, répète, ajoute et additionne en profitant de mots clés, de mots crochets. On discerne un rapprochement de "micro discours" à lire comme tels, et non pas comme une composition unifiée...alors que l'évangéliste est maître dans l'art des compositions unifiées autour de certains personnages (Jean le Baptiseur, Nicodème, la femme de Samarie, le paralysé de la piscine aux cinq portiques, l'aveugle de naissance...) ou de certains lieux ( Béthanie d'au delà du Jourdain, Cana de Galilée, les bords du lac de Tibériade, Capharnaün et sa synagogue).

 

L'utilisation ultra dominante du prénom JESUS - à la différence de l'apôtre Paul qui multiplie les appellations pour parler de Jésus à partir des années 51 - permet à certains commentateurs de douter du bien fondé de la chronologie ultra dominante selon laquelle le quatrième évangile aurait pour auteur une ou plusieurs communautés tardive de disciples....Le chapitre 1, couramment appelé "prologue", fait exception à cette règle: on y retrouve au moins 20 appellations différentes données à Jésus: plus tardivement ?

 

Lire particulièrement: "Géopolitique du Nouveau Testament, été 30- été 70", Bruno Guérard, Editions Golias, juin 2015, 330 pages. J'adhère aux raisonnements de l'auteur sur les "titulatures", notamment, et sur ses conclusions concernant la publication des Evangiles...avant les années 51, date des premières lettres de Paul.

Redater le Nouveau Testament ?

Bien avant Bruno Guérard, l'évêque Robinson...et Mme Genot-Bismuth...et l'abbé CARMIGNAC...et d'autres bons connaisseurs de la bibliothèque Biblique en hébreu et en grec....avaient proposé des datations "précoces", et non "tardives" (fin des années 90....). Ils étaient ultra minoritaires dans le paysage exégétique.

L'un d'eux suscita tout particulièrement la polémique: Claude TRESMONTANT, professeur à la Sorbonne sur la philosophie médiévale. Il ne se contentait pas d'enseigner philosophie et métaphysique, mais réfléchissait également... sur la pensée de Teilhard de Chardin (mort à New York en 1945), sur les sciences physiques, etc...Esprit à ouverture universelle, travailleur acharné, écrivain fécond (au moins 25 livres publiés à partir de 1953, son premier "Essai sur la pensée hébraïque") , Claude Tresmontant s'était aussi spécialisé dans la connaissance de l'HEBREU biblique et du GREC. Des Juifs d'origine reconnaissent sa compétence exceptionnelle en hébreu. C.T. acquit personnellement la conviction (en fait il parle de certitude....) que, sous le grec de la Septante et des Evangile, on trouve les mots hébreux et leur ordre selon la Septante.

Lorsque j'étais évêque de Corse (1974-1987) il venait en vacances sur les plages...avec sa bible en hébreu et la Septante....et comparait les deux. Un jour, un ami me fit savoir que Mr Tresmontant désirait me rencontrer. Je connaissais notamment de lui "l'enseignement de Ieschoua de Nazareth" , Seuil, 1970 - que j'avais beaucoup apprécié comme prédicateur des dimanches en Vendée, dans les Landes puis en Corse.

J'ai donc rencontré à plusieurs reprises, en Corse ou à Paris, Claude Tresmontant.

En 1982, je lui ai demandé de me faire quelques traductions d'évangiles "selon sa méthode" pour les publier dans notre "Bulletin diocésain de Corse" à l'intention des chrétiens de Corse; il accepta...mais...je ne reçus rien pendant des mois.

 

Finalement, en 1983, il m'envoya, un livre de 300 pages, qu'il me dédiait, me demandant d'en rédiger la "présentation" qui suivrait son "avant propos". Je m'exécutai, en toute liberté, faisant une "présentation" du livre qui reçut pour titre "Le Christ Hébreu". C.Tresmontant fut très largement critiqué par les "spécialistes", moi aussi évidemment ! ...

Nous ne sommes plus en 1983

Exégètes et théologiens publient plus librement.

Les années ont passé: 35 ans ! Les passions se sont apaisées.

C. Tresmontant est mort il y a 20 ans, en 1997...l'année où, alors évêque de Versailles, je proposais le concept de ce qui est devenu "La Bible expliquée" (fruit du travail de 80 personnes de France, Belgique, Canada, Afrique...).

 

Et si C.Tresmontant avait publié seulement en 2017 - après Chouraqui et sa traduction de la Bible en 1974 - "le Christ Hébreu", ferait-il polémique ? Je ne pense pas. Certaines idées ont fait leur chemin.

 

( Suite à déplacer ailleurs concernant mon site actuel sur Jean)

Je tenais à préciser honnêtement dans ces lignes, l'influence exercée par Tresmontant et Bruno Guérard sur les documents en cours de publication dans ce nouveau site.

Leur origine provient essentiellement des dialogues et questions vécues depuis 5 ans avec les catholiques participant aux groupes de "lectio divina" sur l'évangile de Jean.

J'ajoute - comme je ne cesse de le faire dans ces groupes - que je n'impose à personne mes préférences ou hypothèses....tout en rappelant que les hypothèses dites "majoritaires"...ne modifient pas le texte grec de l'évangile de Jean...et que c'est ce texte qui compte...et que c'est lui que méditent les chrétiens depuis vingt siècles.

C'est bien ce texte qui nous propose la juste connaissance de Jésus de Nazareth... de la Foi chrétienne, ainsi que l'expérience d'une relation avec lui, le Fils du Dieu vivant.

 

 

 

 

 

 

 

En travaillant sur ce vocabulaire, en le croisant avec les perspectives de Joseph Moingt sur "la rumeur", Bruno Guérard signe le troisième livre de sa trilogie sur le quatrième évangile.

 

L'opposition rencontrée par ceux qui adhéraient à la "voie" chrétienne.

Dès l'année 51, Paul écrit aux Thessaloniciens: "Vous nous avez imités en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves...Vous avez imité les Eglises de Duieu qui vivent en Judée dans le Christ Jésus parce que vous avez souffert de la part de vos compatriotes, de la même manière qu'elles ont souffert de la part des Juifs. Ceux-ci ont tué le Seigneur Jésus et les prophètes et nous ont persécutés...Ils nous empêchent de proclamer la Parole aux nations (païens) pour qu'ils soient sauvés "(I Thes, 2, 14 à 16, après 1, 7).

Qui fut le premier persécuteur de cette "voie"? Sinon Saul, alias Paul? " Quant à Saul, il approuvait le meurtre (celui de Stephanos). Ce jour-là, éclata une violente persécution contre l'Eglise de Jérusalem. Tous se dispersèrent dans les campagnes de Judée et de Samarie, à l'exception des Apôtres...Quant à Saul, il ravageait l'Eglise, il pénétrait dans les maisons pour en arracher hommes et femmes et les jeter en prison" (Actes 8, 1 à 3). " Saul était toujours respirant menace et meurtre contre les disciples du Seigneur? Il alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que s'il trouvait des hommes et des femmes qui suivaient le Chemin du Seigneur, il les amène enchaînés à Jérusalem" (9,1 et 2). Nous connaissons la suite: "Je suis Jésus, celui que tu persécutes".

"Vous avez entendu parler de mon comportement naguère dans le judaïsme: avec quelle frénésie je persécutais l'Eglise de Dieu et je cherchais à la détruire; je faisais des progrès dans le judaïsme, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères..." (Gal 1,13)

"Arrivé à Jérusalem, Saul cherchait à se joindre aux disciples, mais tous avaient peur de lui, car ils ne croyaient pas que lui aussi était un disciple. Alors Barnabé le prit avec lui et le présenta aux Apôtres; il leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment, à Damas, il s'était exprimé avec assurance au Nom de Jésus". (Ac 9,26-27)

Toujours selon Paul: même après sa "conversion", il y eut des séquelles avec les "faux frères, ces intrus, qui s'étaient infiltrés comme des espions pour voir quelle liberté nous avons dans le Christ Jésus, leur but étant de nous réduire en esclavage; mais pas un seul instant nous n'avons accepté de nous soumettre à eux, afin de maintenir pour vous la vérité de l'Evangile....Mais quand Pierre est venu à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement parce qu'il était dans son tort " (Gal 2, 4 à 11). L'affaire semble avoir été réglée par l'assemblée tenue à Jérusalem en l'an 50, avec lettres à l'appui, par porteurs spéciaux chargés en plus d'en donner la juste signification. Finalement, Pierre ira plutôt vers les disciples d'origine et de culture juive. Paul se consacrera aux disciples d'origine non juive, après une totale transformation de son logiciel hyper judaïsant.

L'année suivante, en 51, quand il écrit sa première "épître" aux Thessaloniciens, Paul sait très personnellement ce qu'il en fut des difficultés des chrétiens de Jérusalem. On situe couramment en l'an 36 le meurtre de Stephanos. Dans les années 36 et suivantes, à Jérusalem, le persécuteur des "disciples" s'appelait Saul. Pendant combien d'années a-t-il sévi ?

Et si l'évangéliste que nous appelons Jean, "le disciple adolescent", était alors en train de répandre l'enseignement de Jésus à Jérusalem, son lieu d'existence, la ville de sa culture, et de son rayonnement comme jeune cultivé, proche des grands prêtres et des gens du temple, proche des pharisiens, comment aurait-il pu parler ou écrire ses premiers documents évangéliques sans se faire immédiatement contrer, sinon arrêter, par Saul ? Et s'il en allait ainsi, comment pouvait-il faire autrement que de se réfugier dans l'anonymat du "disciple" jamais nommé ? Comment pouvait-il écrire sans mentionner les difficultés entre les autorités juives de Jérusalem et Jésus le Nazaréen ? Comment parler ou écrire, sans renier son statut de très jeune témoin de ce Jésus et des signes qu'il avait faits à Jérusalem, au bord de la mer de Galilée, en Samarie, sans permettre à ses auditeurs ou lecteurs de l'identifier ?

Telle est la question à laquelle Bruno Guérard s'efforce de répondre en développant l'idée de rumeur décrite par Joseph Moingt.

 

Le rédacteur du quatrième évangile: un homme de Galilée ou de Jérusalem ?

 

Que peut-il craindre si des communautés rédigent à sa place à la fin du premier siècle?

 

 

L'ambiance de Jérusalem dans les années 30 à 50; le schisme naissant ?

 

 

Les disciples deviennent des frères, et des saints .

"Saluez tous les frères d'un saint baiser". ( I Thes 5,26, année 51, chez Paul)

 

 

Les langues utilisées dans les années 30

- L'écriteau en trois langues mentionné par Jean, Mat et Luc

- ce que dit BG

 

Les écrits et leur lecture (année 51, I Thes 5, 27 Paul)

"Je vous en conjure par le Seigneur: que cette lettre soit lue à tous les frères".

"Quand on aura lu cette lettre chez vous (Colossiens), faites en sorte qu'on la lise aussi dans l'église de Laodicée; lisez aussi vous-mêmes celle qui vous viendra de Laodicée...La salutation est de ma main à moi, Paul. Souvenez-vous que je suis en prison." (Colossiens 4, 16-18).

C'est un fait historique que personne ne nie. Xenophon, philosophe et chef militaire (Athènes 430 Av JC à 335 avant JC) en a écrit dans son Anabase. La ville de Colosses était importante, liée à Hierapolis et à Laodicée. Un tremblement de terre a tout détruit en 60/61 de notre ère. Le site est abandonné depuis.

Actuellement, c'est à Honaz en Turquie que font escale les touristes désireux d'évoquer la lettre aux Colossiens. Je l'ai fait lors d'un pèlerinage œcuménique organisé par la SBF et rassemblant des lecteurs de "La Bible expliquée". On séjourne généralement à proximité, à Pammukalé et ses eaux chaudes.

 

Ces mots qui disparaissent, devenus inutiles.

 

Ces mots qui apparaissent, devenus utiles.

 

Les mots qui apparaissent sont historiquement postérieurs .

 

 

Groupe de ceux qui ont pour référence un "crucifié"= un esclave, plus bas échelon de la société

- romaine

- juive religieuse (cf I Cor ) Voir les sur-compensations de Paul sur "la croix" qui devient une "gloire". (cf. la finale de

 

 

(compléter par AG Hamman "L'épopée du livre, du scribe à l'imprimerie, éditions Perrin, 1985)

 

 

Résumé des hypothèses mises en valeur par Bruno Guérard et auxquelles j'adhère.

 

Lire des ensembles, ou blocs. Ne jamais se contenter de quelques versets.

 

Lire le texte grec et non pas une traduction.

 

Donner au début de chaque ensemble et à sa finale toute l'attention qu'ils méritent.

 

Observer les titres donnés à Dieu, au Père, à Jésus, à l'Esprit.

 

Vérifier une par une ces "titulatures" pour en faire un diagramme parlant.

 

Essayer de repérer ce que l'évangéliste que nous appelons Jean semble vouloir souligner dans chaque ensemble ou bloc.

(Le cas particulier du bloc 35).

 

Des travaux demeurent à entreprendre (cf. sur mon site)

- présentations synoptiques à quatre évangiles

- les 35 blocs sans commentaires

-

 

D'où mon adhésion à l'hypothèse de BR dans sa trilogie.

Je la trouve préférable à l'hypothèse d'un évangile rédigé en fin de premier siècle par des communautés de disciples ayant conservé en mémoire des souvenirs seulement "oraux" et se décidant, enfin, à les mettre par écrit.

 

Qui est "le disciple"

Qui est le rédacteur de l'évangile selon Jean ?

 

 

Un point de vue très précisément daté .

Jérôme de Stridon (347 à 420) dans son "de viris illustribus" ou "tableau des Ecrivains ecclésiastiques", résumait ainsi ce qu'il avait recueilli pour le transmettre au Préfet Dexter en 379 (date précisée par Jérôme)

JEAN

L'apôtre que Jésus-Christ aimait le plus, était fils de Zébédée et frère de Jacques, apôtre, à qui Hérode fit trancher la tête après la Passion du Seigneur. A la demande des évêques d'Asie, il écrivit le dernier son évangile, pour combattre Cerinthus et la secte naissante des ébionites, qui soutenait que le Christ n'existait pas avant Marie. Ce fut le motif qui le détermina à proclamer hautement la naissance divine du Sauveur. Quelques auteurs expliquent différemment la cause de cet ouvrage : selon eux, Jean, ayant lu les trois évangiles de Mathieu, de Marc et de Luc, approuva le fond de leur récit et reconnut qu'ils avaient toujours respecté la vérité; mais il observa qu'ils n'avaient guère relaté que les faits accomplis l’année de la Passion de Jésus-Christ, c'est-à-dire postérieurement à l'emprisonnement de Jean-Baptiste. Quant à lui, omettant l'année dont ses trois prédécesseurs avaient fait l'histoire, il s’attacha surtout à raconter les événements antérieurs à l'emprisonnement de Jean le précurseur. On peut s'en convaincre en lisant attentivement les quatre évangiles. Cette explication sauve les discordances qui existent entre Jean et les autres évangélistes. Cet apôtre a aussi écrit une épître qui commence ainsi: « La parole de vie qui fut dès le commencement, que nous avons ouïe, que nous avons contemplée, que nous avons vue de nos yeux et touchée de nos mains. » Cet ouvrage est reconnu par toutes les Eglises et par tous les gens instruits. Quant aux deux autres épîtres qui commencent, la première par ces mots: « L'ancien à la femme élue et à ses fils, » et la seconde par ceux-ci: « L'ancien à son cher et bien-aimé Caïus, » on les attribue au prêtre Jean, dont on voit encore le tombeau à Ephèse. Plusieurs savants ont prétendu que ce tombeau était un double monument élevé à la mémoire de ce dernier et à celle de Jean l'évangéliste : nous examinerons ce point quand nous en serons arrivés à Pappias, son disciple. La persécution commencée par Néron ayant été renouvelée la quatorzième année du règne de Domitien, Jean fut relégué dans l'île de Pathmos, et il y écrivit son Apocalypse, qui fut commentée depuis par Justin le martyr et par Irénée. A la mort de Domitien, le sénat annula, à cause de leur excessive cruauté, les actes qui émanaient du tyran.

Jean revint sous Nerva à Ephèse, où il demeura jusqu'au règne de Trajan. Il employa ce temps à fonder et à diriger les Eglises d'Asie. Ce saint apôtre mourut, accablé de vieillesse, l'an 78 après la Passion de Jésus-Christ, et fut enterré près d'Ephèse".

 

 

POLYCARPE

Disciple de l'apôtre Jean et créé par celui-ci évêque de Smyrne, devint patriarche d'Asie. Il connut et eut pour maîtres plusieurs des apôtres qui avaient vu le Seigneur. (...) La quatrième persécution depuis Néron ayant été allumée par les ordres de Marc-Aurèle et de Commode, le saint évêque fut brûlé vif dans l'amphithéâtre de Smyrne, en présence du proconsul et au milieu des cris de la populace. Il a écrit aux Philippiens une épître qui contient d'excellents préceptes, et qui se lit encore de nos jours dans les Eglises d'Asie.

 

PAPPIAS

Disciple de Jean et évêque d'Hiéropolis en Asie, a rédigé cinq traités (...) Il paraît, d'après ce passage de Pappias, que Jean l’évangéliste est autre que ce Jean l'ancien dont il cite le nom après celui d'Aristion. Nous faisons cette observation à cause de l'assertion de quelques auteurs qui, comme nous l'avons vu plus haut, pensent que les deux dernières épîtres de Jean viennent, non pas de l'apôtre, mais du prêtre. (...)

SIMON PIERRE

Fils de Jean, frère d'André apôtre, et prince des apôtres, naquit à Bethsaïde en Galilée. Après avoir fondé l'Eglise d'Antioche, dont il fut l’évêque, et après avoir prêché l'Évangile aux Juifs convertis qui étaient dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie-Mineure et la Bithynie, il vint à Rome la deuxième année du règne de l'empereur Claude, pour confondre Simon-le Magicien. Il y occupa pendant vingt-cinq ans la chaire pontificale, jusqu'à la quatorzième et dernière année du règne de Néron, époque à laquelle il reçut la palme du martyre. Il fut mis en croix la tête en bas, se jugeant indigne de mourir de la même manière que son divin maître. il a écrit deux épîtres appelées catholiques : la plupart des auteurs prétendent que la seconde n'est pas de lui, parce qu'elle fait disparate avec le style de la première; mais Marc l'évangéliste, qui avait été son disciple et son interprète, la lui attribue. Les ouvrages intitulés Evangile, Prédication, Apocalypse, Jugement, Actes de Pierre sont tous les cinq rejetés comme livres apocryphes. Il fut enterré à Rome dans le Vatican, près de la voie Triomphale. Le monde entier vénère et célèbre sa mémoire.

 

MARC

Disciple et interprète de Pierre, écrivit, à la demande de ses frères de Rome, un évangile résumé d'après ce qu'il avait recueilli de la bouche de Pierre lui-même. Cet apôtre l'ayant lu, l'approuva, le fit publier, et ordonna qu'il fût lu dans les églises. Ces faits son attestés par Clément dans le sixième livre de ses Hypotyposes. Pappias, évêque d'Hiéropolis, a fait mention de Marc, et Pierre, dans première épître, s'exprime ainsi : « Vos confrères de Babylone et Marc, mon fils chéri vous saluent. » Par le mot de Babylone il désigne figurément l'Eglise de Rome. Marc alla ensuite en Egypte, emportant avec lui l'évangile qu'il avait rédigé. Il commença par prêcher la religion chrétienne à Alexandrie, y fonda une Eglise, et obtint tant d'influence par sa science et par la pureté de ses moeurs que les sectateurs de Jésus-Christ le prirent pour modèle. Comme les membres de cette première Eglise suivaient encore quelques pratiques judaïques, Philon, le plus grand des écrivains juifs, composa un traité sur le genre de vie des néophytes d'Alexandrie, croyant faire le panégyrique de sa nation. Les chrétiens de Jérusalem mettaient, au rapport de Luc, tous leurs biens en commun: Philon prétend qu'il en était de même à Alexandrie sous les enseignements de Marc. Cet évangéliste mourut la huitième année du règne de Néron, et fut enterré dans cette ville. Il eut, pour successeur Anianus".

 

Jérôme relate sans imposer.

Sa compétence biblique est universellement reconnue. Il avait été secrétaire du Pape Damase (366-382), chargé par lui de réviser la version latine de la vetus latina qui devint la Vulgate. Il avait créé, à Rome, une école où il apprenait à des femmes cultivées la connaissance des textes bibliques. Critiqué à Rome, il partit en Palestine, accompagné de plusieurs de ces femmes, se spécialisa en hébreu et passa le reste de son existence à traduire en latin les textes bibliques mais à partir de leurs originaux en hébreu et en grec. Très rapidement l'Eglise romaine, latine, adopta sa version latine comme version officielle. Notamment dès le début du Concile de Trente (1545-1563). Ce qui contribuera à éloigner les lecteurs catholiques, latins romains, des textes en hébreu et en grec, jusqu'au second Concile du Vatican et aux traductions de la TOB.

 

Alors, "Jean avant Paul". Avec ou sans point d'interrogation ?

D'où la peinture de Jordaëns en 1620 à Anvers ? Sa signification ?

 

 

Guitton, historique ? (depuis Prixm )

Dans Le problème de Jésus, Jean Guitton (académicien, philosophe, 1901-1999) écrit un petit bijou pour répondre à une question que nous sommes nombreux à nous poser : la résurrection est-elle un événement qui est réellement arrivé dans l’histoire des hommes ? C’est un peu dense, alors focus :

« J’appelle historique ce qui est réellement arrivé dans le monde extérieur aux esprits, ce qui est événementiel et non seulement conscientiel.

 

Et, en un second sens, plus profond, j’appelle historique ce qui, étant arrivé, suscite chez les hommes animés par l’idée de vérité l’attitude de l’attestation.

 

Et j’appelle enfin historique, en un troisième sens plus profond encore, ce qui a été affirmé par divers témoins indépendants les uns des autres dans des conditions telles que l’accord de leurs témoignages ne peut s’expliquer ni par l’influence de l’un sur l’autre ni par le hasard.

 

C’est dans ce sens-là que je crois pouvoir dire que la Résurrection se présente comme historique. Ce que j’ai remarqué au sujet du Tombeau vide et des apparitions (et surtout de leur rapport réciproque) me porte à penser que je suis ici en présence d’une réalité ayant le caractère d’un événement, bien que ce soit plutôt un TRANS-événement, je veux dire : un événement qui, quoique dans ce monde, n’est pas seulement de ce monde. »

Jean Guitton, Le problème de Jésus. Divinité et résurrection, Paris : Aubier, 1953.

 

Voir photo de site Magdala 12uyv.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Interlinéaire du NT Grec Français, Biblio, édition 2016 grand format.

Concordance de la Bible, 1970 , Cerf, Desclée de Brouwer

Concordance de la Traduction œcuménique de la Bible, 1993, Cerf, SBF

Dictionnaire Grec-Français du N.T. Alliance biblique Universelle

La Bible, André Chouraqui, Desclée de Brouwer, 1985

Bible Parser, logiciel informatique de Didier Fontaine, areopage@gmail.com comportant notamment 64 versions de la Bible en hébreu, araméen...grec, latin, plus de 20 versions françaises de la Bible. Recherches lemmatiques et statistiques avec diagrammes, dictionnaires, commentaires, parallèles, synopses des quatre évangiles en grec et latin. Autour de 50 euros...

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