trilogiebgjctpreface

JEAN AVANT PAUL

ou les métamorphoses de la rumeur

Tout le livre accessible en avant première

Troisième livre de Bruno Guérard sur l'Evangile selon Jean

commençant par le Témoignage d'un Evêque de France, Jean Charles Thomas

 

Ci-dessous la quatrième page de couverture présentant ce livre à paraître fin 2018

 

 

"JEAN AVANT PAUL,

ou les métamorphoses de la rumeur"

(livre à paraître fin 2018)

Quatrième page de couverture présentant le livre

 

Nouvelle approche et nouvelles hypothèses sur le Jésus

dont parlent les évangiles et en particulier celui de Jean.

Une méthode d’analyse, 3 mots présents 2000 fois,

parmi 30 autres du Nouveau Testament, outils de datation de ses 27 livres. Analyse confirmée par 13 titres que se sont donnés

les rédacteurs de ces livres et leurs lecteurs.

A partir de cette analyse de vocabulaire,

est-il possible de réaliser une IRM du Jésus de l’histoire,

ou plutôt des origines de sa trace,

près de 2000 ans après sa disparition ?

 

​Avec les ressources de l'informatique,

Bruno Guérard met à notre disposition

les résultats d’une enquête historique menée depuis 6 ans.

Après "Jean, le disciple adolescent"

et "Géopolitique du Nouveau Testament : été30/été 70",

il termine sa trilogie avec

"Jean avant Paul, les métamorphoses de la rumeur".

 

Ses conclusions bouleversent des positions

couramment admises,

un évangile de Jean rédigé par plusieurs communautés

ou écoles des années 90/100.

 

Grâce aux données informatisées

que chacun peut vérifier,

B. Guérard compare les mots grecs choisis

par Jean, puis Paul dans ses lettres,

par Pierre, par l'Apocalypse

et d’autres textes du Nouveau testament.

 

Une hypothèse apparaît :

Jean attribue à Jésus, à Dieu,

aux chrétiens des premières communautés

des titres ou titulatures

caractéristiques des années 30 à 50,

antérieures aux Lettres de Paul.

Jean aurait donc rédigé l'essentiel

de son évangile sur Jésus

avant les années 50 à 65.

Le christianisme reposerait

sur une historicité rajeunie

à la lecture d’un évangile de Jean,

lui aussi très précoce.

 

 

Jean Charles Thomas, évêque émérite de Versailles,

arrive aux mêmes conclusions ,

à partir d’une lecture de Jean,

pratiquée depuis six ans avec des groupes d’adultes.

Sa méthode ?

Lire les ensembles, récits ou enseignements

rapportés par Jean,

à partir de l'original en grec,

et dialoguer librement

chacun exprimant ses découvertes,

ses questions, ses objections.

Le groupe cherche les réponses

données par Jean dans son texte.

 

​B Guérard et Jean Charles Thomas

signent ensemble le résultat de leurs recherches.

 

​Ce "Jean avant Paul" trouve sa place

parmi les publications sur Jésus

qui se multiplient aujourd'hui.

Ceux qui cherchent à mieux lire,

comprendre et méditer l'évangile de Jean,

parce que la personnalité de Jésus les interpelle

seront intéressés par ce livre à deux auteurs

dont la rencontre improbable s'avère éclairante.

 

 

 

 

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https://fr.calameo.com/books/005692956fee33548db71

 

et vous accederez à la version complète du Livre (300 pages)

JEAN AVANT PAUL

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Ne lisez pas la version ci-dessous.

Elle comporte seulement les 65 premières pages

du livre Jean avant Paul

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Début du livre "JEAN AVANT PAUL,

ou les métamorphoses de la rumeur"

 

Témoignage

d'un évêque de France

ordonné au ministère épiscopal en 1972

65 ans de prédication des Écritures de la Nouvelle Alliance,

six années de dialogue en plusieurs groupes bibliques sur l'Évangile de Jean

à partir du texte original en grec et de son rapport à l'histoire.

Une hypothèse plausible: Jean écrit avant Paul

Il est le disciple anonyme de la rumeur dans les années 30 à 50.

 

 

1- Mon rapport à la Bible : atypique.

 

 

Je venais d’avoir 20 ans. J’étais au grand séminaire de Luçon, en Vendée. Je lisais péniblement la Vulgate, la Bible en latin, lorsque, le 25 janvier 1950, je fus envahi par l’intime conviction que la Bible pouvait m’offrir les meilleures orientations pour vivre, à la manière des envoyés du Christ, le ministère auquel je me préparais. J’en parlai à trois amis séminaristes. D’accord. Après Pâques, nous partons à la Trappe de Bellefontaine pour méditer les évangiles et les lettres de Paul. J’achetai la Bible de L. Segond, le livre de Suzanne de Dietrich sur “le Dessein de Dieu”. Ce fut le début d’un éblouissement, jamais démenti par la suite. La méditation de la Bible venait d’entrer dans mon existence, à travers deux livres protestants.

Nommé responsable diocésain de la catéchèse, à l’âge de 26 ans, je ressentis le besoin de “reconstruire“ ma culture biblique pour former les catéchistes. C'était en 1956. Chez les catholiques, le retour à la Bible s’amorçait.

Le pasteur Jean Claude Dubs exerçait son ministère à Mouchamps, à 12 km de mon lieu de naissance. Je l’invitai à un repas avec les 15 prêtres de “la Maison des Œuvres”. Ce fut pour lui comme pour moi une rencontre chaleureuse. Et trente ans plus tard, arrivant à Versailles comme évêque, je le retrouve à une Expo Bible. En 1997, je lui envoie le projet exposant le concept d’une “Première Bible” destinée à un large public. Il fut le premier à répondre “partant” pour réaliser ce projet devenu “la Bible expliquée”.

 

Le 1er mai 1972, j’avais 42 ans. Trente évêques m’imposaient les mains, tandis qu’une grande Bible était tenue sur mes épaules. Le ministère d’annonce de la Parole de Dieu m’était confié comme première mission épiscopale. Moment intense : il confirmait le devoir pastoral de méditer la Parole pour la rendre accessible dans la prédication, afin qu’elle éclaire et imprègne ceux qui cherchaient du sens pour leur vie.

Le catholicisme traversait les remises en question de mai 1968. Plus de 2000 évêques, au Concile Vatican II, en 1965, avaient demandé aux catholiques de lire la Bible. Ce fut pour moi la confirmation de ce que je pressentais depuis 20 ans. Tandis que la réflexion pastorale débattait des rapports entre foi et vie, entre l’Eglise et le monde, entre les catholiques de tendances opposées, entre les chrétiens de différentes Confessions, entre croyants et agnostiques, puis entre les croyants et ceux qui choisissaient publiquement de ne pas croire, la lumière ultime me semblait parvenir d’En-haut à travers l’ensemble des livres bibliques. Dieu prenait visage en Jésus-Christ.

La foi chrétienne questionnait nos engagements pastoraux. C’était elle qu’il s’agissait de proposer en priorité. Demain ne serait plus comme hier, pour l’ensemble des Eglises chrétiennes. Il était urgent d’annoncer la VIE, au sens fort, l’identité véritable du Christ et le rayonnement de sa personne, sa vie et sa résurrection. Nous devions promouvoir la renaissance d'eau et de feu dans l’Esprit de Dieu. Le Monde attendait des chrétiens habités par l’Esprit.

 

Chaque jour, je me mis à chercher dans la Parole de Dieu les clartés favorisant l'évangélisation. Beaucoup commençaient à perdre courage. Un grand nombre de prêtres s'interrogeaient sur leur identité et le sens de leur ministère. Nombre de nos contemporains proclamaient la mort de Dieu et diagnostiquaient l’entrée des Eglises dans leur phase terminale, sans imaginer les soins palliatifs. Habité par cette lumière intérieure jaillissant de l’histoire des croyants du Judaïsme et du Christianisme, de leur pratique ancestrale de la “lectio divina”, je rencontrai le Pape Jean-Paul II le 7 avril 1997 à Castel Gandolfo.

Je lui remis une lettre exprimant deux nécessités : que les chrétiens apprennent à méditer la Parole de Dieu pour en nourrir leur vie de foi - et donc, notre devoir de rendre la Bible accessible au plus grand nombre, pour qu’ils puissent la comprendre. Je l’invitais à encourager de tout son pouvoir une telle orientation au service de l’évangélisation.

L’été suivant, je voyais, rassemblées à Paris pour les JMJ, des foules immenses de jeunes dont je percevais tout à la fois la ferveur, les attentes spirituelles et le rapport insuffisant à la Parole de Dieu. Au soir des JMJ, sans doute intérieurement poussé par l’Esprit, je commençais la rédaction du projet de “Première Bible” pour ceux et celles qui cherchaient Dieu, sans oublier ceux et celles qui buvaient déjà à cette source d’eau vive, dimanche après dimanche, jour après jour, mais à qui on aurait pu poser la question : ”Comprends-tu ce que tu lis ? - Comment pourrais-je comprendre si personne ne me l'explique ?” Et il invita Philippe à monter sur le char et à s’asseoir à côté de lui” (Actes 8.29-31).

Très exactement, il fallait s’asseoir à côté de chaque lecteur de la Bible, discrètement, faire route avec lui, répondre brièvement à ses questions, suggérer, sans perdre de vue l’essentiel : que la Parole de Dieu se mette à parler à sa conscience.

Ainsi est née "La Bible expliquée", après sept années d’un travail communautaire, volontairement œcuménique, rassemblant hommes et femmes, ne laissant personne travailler en solitaire - je travaillais en binôme avec Catherine Vrignaud- grâce à un engagement intercontinental, grâce à la collaboration de nos frères et sœurs du Canada, de l'Afrique, de Belgique et de Suisse.

 

Tels sont les clins d’œil que le Seigneur m’a envoyés depuis 48 ans.

L’auteur de la seconde à Timothée était inspiré lorsqu’il soulignait la chance de son disciple : ”Depuis ton enfance, tu connais les Saintes Écritures ; elles peuvent te donner la sagesse qui conduit au salut par la foi en Jésus-Christ."

 

Que fait un évêque ?

 

Entre autres, il visite des paroisses et des groupes de croyants.

On lui demande de célébrer l'Eucharistie, de faire une homélie. J'ai toujours choisi de commenter les "textes bibliques du jour". Je les méditais le matin à partir du grec et de l'Interlinéaire grec-français du Nouveau testament de Carrez, fort bien mis à jour en 2015 par Francine Leclerc.

À l'évêque on demande également des avis, des discernements : j'ai choisi de me référer prioritairement aux textes bibliques et non pas d'abord aux textes du Code, des Catéchismes ou des traditions récentes.

Tels furent mes choix constants d'évêque depuis 1972. Classiques selon les engagements pris le jour de mon ordination : atypiques dans la mesure où je considère mon rapport à la Bible comme une grâce reçue gratuitement et que j'ai le devoir de mettre au service des autres.

 

2- Depuis 1965

tous les chrétiens sont invités à lire la Bible

 

Le 18 novembre 1965 le texte de Vatican II sur "la Révélation divine" est publié. Il transmet un enseignement nouveau concernant le rapport des chrétiens à la Bible. "Il faut que l'accès à la Sainte Ecriture soit largement ouvert aux chrétiens... que des traductions appropriées et exactes soient faites... de préférence à partir des textes originaux des Livres Sacrés... Que le ministère de la Parole, qui comprend la prédication pastorale, la catéchèse et toute l'instruction chrétienne, où l'homélie liturgique doit avoir une place de choix, trouve, lui aussi, dans cette même parole de l'Ecriture, une saine nourriture et une sainte vigueur" (n° 22 et 24).

"Il revient aux évêques... d'apprendre de manière convenable aux fidèles... à faire un usage correct des Livres divins, surtout du Nouveau testament et en tout premier lieu des Evangiles, grâce à des traductions des textes sacrés... et des explications nécessaires... afin que les fidèles fréquentent les Ecritures sacrées avec sécurité et profit, et s'imprègnent de leur esprit... Ainsi peut-on espérer qu'un renouveau de vie spirituelle jaillira d'une vénération croissante pour la parole de Dieu" (n°25 et 26).

 

Ce texte conciliaire m'encourage grandement à proposer des groupes de lecture biblique, d'abord pendant les années de ministère presbytéral - de 1965 à 1972- ensuite tout au long du ministère épiscopal en différents diocèses - de 1972 à 2001- et depuis 2001 date de mon entrée en retraite.

La principale réalisation en fut la proposition du concept de "La Bible expliquée" et le travail œcuménique mené avec 80 personnes entre 1997 et 2004 sous la responsabilité de l'Alliance Biblique de Villiers le Bel avec le pasteur Christian Bonnet et le comité éditorial de sept personnes que nous avons constitué.

 

À partir du texte conciliaire de nombreuses publications voient le jour. En voici quelques unes.

Dès 1949, la Bible de Jérusalem ou BJ, réalisation de l'école biblique de Jérusalem, textes traduits à partir des originaux en hébreu et en grec, avec nombreuses introductions et notes de lecture, est publiée par les Editions du Cerf. Nombreuses rééditions depuis cette date.

Gallimard, en 1971, fait paraître la traduction de Jean Grosjean pour l'ensemble du Nouveau testament.

En 1972, le Cerf et l'Alliance biblique Universelle publient le Nouveau Testament TOB en attendant la Traduction œcuménique de toute la Bible (TOB).Avdc nombreuses introductions et notes de lecture.

Emile Osty et Joseph Trinquet publient en 1973, aux Editions du Seuil la traduction annotée appelée couramment "La Bible Osty".

En 1975, le Seuil publie la deuxième édition du Dictionnaire du Nouveau Testament, de Xavier Léon-Dufour, énorme travail sous petit format. Beaucoup de science sur la situation historique, la terre, les hommes, le monde méditerranéen, l'héritage culturel, la vie politique et juridique, la vie économique, la vie domestique et familiale, la vie culturelle, la foi d'Israël, les courants religieux, les saintes Ecritures et la Parole de Dieu, la vie cultuelle, la vie morale, le Nouveau testament, et l'ensemble des mots cités par le Nouveau Testament, de Aaron à Zélote.

Le même jésuite, Xavier Léon-Dufour, commence, en 1987, la publication des quatre tomes de Lecture de l'Evangile selon Jean qui vont marquer la façon d'aborder cet évangile. Tome 1 sur les chapitres 1-4, tome 2 sur les chapitres 5-12 en 1990, tome 3 sur les chapitres 13-17, en 1993, tome 4 sur les chapitres 18-21, en 1996.

En 1978, des Suppléments aux cahiers Evangile, sous la responsabilité du Service biblique Evangile et Vie, paraissent au Cerf.

Le gros ouvrage, Le monde ou vivait Jésus (Cerf 1998) en sera l'aboutissement. Publié sous la responsabilité d’Hugues Cousin. il aura pour auteurs de nombreux spécialistes, Jean-Pierre Lémonon, Jean Massonnet, Philippe Abadie, Jean Comby, Anita Measson, François Richard, Hugues Cousin. 780 pages. Le chapitre VIII termine l'ouvrage en présentant Un Judaïsme aux sensibilités diverses, dont les Galiléens, les Samaritains, les chrétiens, la diaspora et les Églises "mixtes", la mentalité apocalyptique. Multiples citations d'écrivains "profanes" à l'appui. Description des Églises en Palestine dans les années 30-50.

En 1980, Etienne Charpentier publie un remarquable ouvrage pédagogique d'initiation Pour lire l'Ancien Testament, Cerf, 1980 et Pour lire le Nouveau Testament, Cerf, 1981. Bonnes pages 93 à 100 sur l'évangile de Jean.

En 1989, le dictionnaire de la Bible est mis à la disposition d'un large public par les Editions Robert Laffont: auteur André-Marie Gérard.

En 1993, l'Alliance biblique universelle et le Cerf commencent à diffuser la Traduction en français courant à partir de l'hébreu et du grec.

Pour sa part, Joseph Ratzinger/Benoit XVI touche un large public à partir de 2007, en publiant "Jésus de Nazareth", tome 1, Editions Parole et Silence - puis le tome 2 et le tome 3 en 2012. Son analyse de type universitaire plaide en faveur d'une historicité mieux comprise des témoignages évangéliques et d'une adhésion chrétienne fondée, raison et foi étant intimement liées.

Ces lignes ne donnent qu'un très faible aperçu de la richesse éditoriale encouragée par le texte conciliaire de 1965. Peu de textes conciliaires ont suscité une telle abondance de travaux et publications.

 

 

 

 

3- Le diocèse de Versailles

exceptionnelle richesse de commentateurs

 

 

A Versailles, nous étions gâtés.

Monique Piettre, chartiste, avait publié entre 1984 et 1986 ses 9 livres de commentaires sur les textes bibliques des années A,B,C. "Comprendre la Parole", éditions O.E.I.L. En 1988, elle ajoute Les paroles dures de l'Evangile, éd. du Chalet. À ma connaissance, elle fut la première à réaliser un travail d'une telle ampleur après la réforme liturgique voulue par Vatican II.

Marie Noëlle Thabut faisait de même, y ajoutant l'oral, sur Radio Notre Dame et bientôt la video sur KTO. Depuis mon arrivée à Versailles début 1987, j'appréciais sa compétence biblique, sa pédagogie, et la façon dont elle pilotait la Pastorale liturgique et sacramentelle à laquelle mon prédécesseur l'avait nommée. En 2017, elle publie La Bible des familles, Les plus beaux textes de la Bible, illustrés par Eric Puybaret, Artège, Le Sénevé.

Claude et Jacqueline Lagarde, pour leur part, étaient internationalement connus pour leur catéchèse biblique et symbolique. Je les retrouvais en Vendée où ils résidaient. Ils publiaient sur internet un site formidablement documenté à partir de leur imposante bibliothèque.

Franck Laurent, professeur de philosophie, publiait des commentaires sur les années A, B et C. sur internet , une mine de réflexions.

Ailleurs, d'autres publications voient le jour : Hans Küng publie au Seuil son livre sur Jésus, en 1978.

En 2001, les Evangiles, textes et commentaires, paraissent chez Bayard, sous la plume de Claude Tassin, Jacques Hervieux, Hugues Cousin et Alain Marchadour.

 

Une nouveauté de grande portée : des femmes prennent le relais des clercs.

Leur regard l'approfondit.

Marie Balmary, Lytta Basset, France Quéré, Chantal Reynier, Roselyne Dupont-Roc, Anne Marie Pelletier et d'autres, de l'ICP ou du Centre Sèvres, comme Monique Rosaz dont j'écoutais sur K7, depuis 1975, les formations qu'elle donnait en France, notamment en Vendée chez des amis de longue date, dont Catherine Vrignaud Cheyns, linguiste passionnée d'hébreu, de grec, de latin et de la lecture de la Bible qui participa à la réalisation de La Bible expliquée. Elle travaille maintenant à une traduction et à des commentaires sur les quatre premiers chapitres de la Genèse .

 

 

 

 

4- Rapport personnel à l'Evangile selon Jean.

 

 

En octobre 2012, je commençais l'étude de l'évangile de Jean avec quatre puis cinq groupes de chrétiens du doyenné de St Gilles Croix de Vie, représentant 70 adultes.

Notre méthode était simple : nous partions du texte que je lisais selon une traduction la plus proche possible du grec. Nous lisions toujours un "ensemble", repéré grâce aux détails rapportés par le texte, éléments d'ouverture et de fermeture. Nous n'utilisions jamais quelques versets seulement. Après lecture d'un ensemble, nous revenions au premier verset et commencions à dialoguer en toute liberté, souvent en comparant les traductions des Bibles de chaque participant. Les questions s'enchaînaient : que veut nous dire le rédacteur appelé Jean ? Pourquoi cet ensemble est-il relaté autrement par tel ou tel évangéliste ? etc. Chacun avait liberté d'exprimer sa réponse, de la confronter avec celles des autres. Beaucoup lisaient tout haut les notes de bas de page, publiées par les bibles d'étude en notre possession. Nous restions parfois sur des questions sans réponse et décidions d'approfondir jusqu'à la rencontre suivante.

 

Depuis 2012, nous avons ainsi travaillé strictement dans l'ordre des chapitres du quatrième évangile.

A la rentrée 2017/ 2018, la septième, nous abordions le chapitre 18, début de la Passion.

Pour ma part, cela représente une lecture et des dialogues différenciés puisque recommencés à cinq reprises, et un très grand nombre d'heures consacrées à cette lecture dialoguée, ensemble par ensemble, verset par verset.

Désireux d'élargir ma documentation j'ai découvert, par hasard, "Le disciple adolescent", que venait de publier Bruno Guérard en mai 2012. Je ne connaissais pas l'auteur. Le titre ne m'emballait pas. Je passe sous silence le nom de l'éditeur, très critiqué par le monde épiscopal. Et, pour en finir, BG qualifiait ainsi sa perspective : "Genèse d'une lecture matérialiste et historique du quatrième évangile". Il ne cachait pas son appartenance de chrétien au Parti communiste qui l'amenait à se présenter régulièrement aux élections dans sa ville proche de Lyon. Imaginez ! Une rencontre improbable entre un évêque et Bruno Guérard va finalement prendre corps.

 

Deux routes se croisent : ma pratique de la lecture en groupes

- et la réflexion plus systématique de Guérard.

 

En lisant Le disciple adolescent, je découvre que Bruno Guérard se réfère aux quatre livres de Xavier Léon-Dufour, "Lecture de l'Evangile selon Jean",

BG mentionnait aussi les travaux de ME Boismard - que j'avais lus sans y adhérer, tellement compliqué, fondé sur des raisonnements qui ne m'avaient pas convaincu mais plutôt détourné de la prédication sur un texte ainsi désarticulé et coupé du réel historique.

BG portait un regard attentif aux éléments de critique historique de JP. Meier "Un certain Juif, Jésus, les données de l'histoire", 4 tomes publiés par les Editions du Cerf, de 2004 à 2009. Il consacrait 27 pages aux critères d'historicité de JP Meier (p.25/48), les complétant par les raisons théologiques et les interrogations de penseurs agnostiques du XXIe siècle contre le quatrième évangile, en raison de la "revendication d'historicité formulée par le rédacteur du quatrième évangile. Ce disciple, de la première à la dernière heure, revendique le statut de témoin d'un fait exceptionnel. Il est le disciple d'un maître qui est précisément un homme d'une Galilée d'où rien ne doit venir et qui n'a pas fait les écoles... Il affirme que ce maître a une conscience identitaire complexe qui provoque les grands "ego eimi/Je Suis" qu'il est seul à rapporter. Cette conscience le conduit même à tenir des propos d'identité avec le Dieu unique des juifs, qu'il qualifie de "son Père", à un point tel qu'il conduit à l'accusation de blasphème dans un processus de schisme à l'intérieur de la société juive" (p.61).

"Cette analyse ne peut se réaliser que par un travail par "bloc" que je vais tenter et qui n'est imaginable qu'à la suite de la rédaction de la Source Q, elle-même réalisée par blocs " (p.61). "La trajectoire historique du christianisme passe par ce disciple non nommé, et qui, de plus, va nous apparaître au fil des "blocs" comme un adolescent au moment des faits... Il est le témoin inaugural et éphémère d'un premier mouvement chrétien, un mouvement religieux sans prêtre, sans temple, sans dogme, sans culpabilité et sans collusion avec les pouvoirs du temps " (p.62).

 

Travailler Jean à partir de Jean

Ce point de vue aiguisait ma curiosité. BG suggérait de "travailler Jean à partir de Jean lui-même et de son contenu particulier".

Cette méthode correspondait précisément à notre pratique. Elle me semble parfaitement justifiée.

Elle recoupait bon nombre de notes du "Jésus, approche historique", de José Antonio Pagola, concernant les travaux de Meier. Elle me rappelait l'encyclopédie de Raymond E.Brown intitulée "Que sait-on du Nouveau Testament" dont la traduction française était parue en l'an 2000, l'original datant de 1997. Brown y résumait en 45 pages ce qu'on pensait alors du quatrième évangile, et notamment les questions et hypothèses donnant lieu à des positions plus contradictoires que complémentaires. J'avais aimé cette façon ouverte d'aborder l'évangile dont l'originalité tranchait définitivement sur le style des trois synoptiques. Pour faciliter les comparaisons avec le quatrième évangile, j'avais mis à la disposition de nos groupes une synopse originale à quatre colonnes - sur l'entrée de Jésus à Jérusalem, le jour des Rameaux - sur les Passions comparées et sur les récits de Résurrection .

 

 

Diplôme et/ou pratique, sans cesse ré-interrogées ?

Une question m'invitait à garder la tête froide. BG n'était ni exégète, ni clerc, ni diplômé en théologie. Il avait suivi la formation du Séminaire St Irénée de Lyon avant de devenir inspecteur du travail.

Personnellement, je n'avais moi-même aucun diplôme d'exégète, seulement une pratique régulière de la méditation biblique et surtout 60 années de prédications consacrées aux textes bibliques prévus par la Liturgie et préparées à partir du grec surtout depuis la parution du Carrez 1993.

L'objection concernant l'absence de diplôme ne me troublait pas vraiment.

 

Jean-Christian Petitfils, ni "clerc", ni spécialiste des questions bibliques - historien reconnu de Louis XIV, de Louis XVI, Louise de La Vallière - venait de publier en 2011 une étude historique sur "Jésus", selon ses méthodes d'historien. Il y affirmait, entre autres : "Jean a une manière particulière de traiter l'Histoire. Les événements sont chargés d'une portée symbolique et d'une haute densité théologique... Constamment, le plan historique se trouve surmonté d'un plan théologique... Jean joue sur les différents claviers : le souvenir concret du témoin et la contemplation invisible du mystère par le croyant... Ses récits, soigneusement construits, sont imprégnés d'intentions théologiques sous-jacentes. Un personnage réel est mis en scène pour incarner un groupe ou exprimer une idée. Il a valeur d'archétype" (p. 540).

La justesse de ces lignes me semblait remarquable. La lecture que nous faisions en groupe de dialogue confirmait la bonne connaissance de JC Petitfils concernant les témoignages historiques sur Jésus de Nazareth.

 

 

 

5- Des convictions communes suscitent le dialogue

 

Trois convictions de "Jean, le disciple adolescent" rejoignent et expliquent notre pratique - la lecture par ensembles ou blocs - l'attention aux justes traductions des mots grecs choisis par l'évangéliste - la prise en considération du trilinguisme probable de Jésus.

 

1. La lecture par ensembles, ou blocs permet de comprendre le lien avec le réel historique.

 

Bruno Guérard consacre l'essentiel de son premier livre à cette réflexion .

Il adopte et reproduit les 35 blocs rédactionnels répertoriés par Xavier Léon-Dufour.

Pour chacun, il donne la traduction de X.LD. Il développe ensuite ses commentaires personnels.

En les lisant, je découvre une préoccupation prioritaire de BG : le Jésus du quatrième évangile fut-il en relation avec du réel historique ? Est-il un personnage symbolique ? A-t-il réellement rencontré un infirme dans une piscine à cinq portiques, une femme de Samarie, un aveugle de naissance ? C'est un fil rouge important pour BG.

L'attention aux ensembles ou blocs rédactionnels permet de justifier le rapport entre le Jésus selon Jean et les réalités historiques des années 27 à 30.

Chaque ensemble comporte des allusions aux saisons, aux fêtes religieuses du Judaïsme, au cadre géographique, aux réactions des personnes présentes, etc. De tels détails ne peuvent pas avoir été inventés à la fin du premier siècle : ils étaient alors sans intérêt. Ils peuvent encore moins être inventés si le texte de Jean est rendu public peu d'années après les événements qu'il rapporte, alors que de nombreux témoins sont encore vivants et peuvent les contester.

La pratique liturgique à laquelle sont habitués les catholiques a émoussé l'attention à ces brèves notations d'ouverture ou de fermeture des ensembles. Soit parce que leur lecture a été coupée pour éviter les longueurs, soit parce que l'auditeur n'y est pas attentif, les jugeant sans intérêt par rapport au centre du texte, soit parce que les commentaires des prédicateurs n'en tiennent pas compte, ne serait-ce que par l'obligation d'assurer la messe en une heure...

Notre pratique de lecture du texte hors célébration liturgique, en groupe disposant de deux heures, nous a convaincus du bien fondé de la lecture par ensembles. Systématiquement, nous commençons par lire très lentement le bloc choisi. Suivi d'un temps de silence : ensuite seulement nous revenons au début du texte. Chacun peut alors mentionner les diverses traductions des bibles apportées par les participants, exprimer ses questions, faire état de ce qu'il a en mémoire comme sens possible du texte.

Pour avoir systématiquement respecté cette méthode depuis sept ans et sur la totalité du texte de l'évangéliste, j'en confirme l'intérêt. La réflexion à partir de quelques versets seulement prive de cet avantage maintes lectures ou commentaires du quatrième évangile.

 

2. L'attention à la traduction correcte des mots grecs choisis par l'évangéliste.

Tous les traducteurs sont affrontés à ce problème.

Celui qui imprime sa traduction doit choisir un seul mot, tout en se demandant si ses lecteurs le comprendront dans le sens qu'il a sélectionné.

Par contre, en groupe de lecture, on peut proposer plusieurs mots français pour rendre compte des divers sens possibles de l'unique mot grec choisi par l'évangéliste. Le contresens est la principale erreur à éviter, ainsi que le sens manifestement sans rapport avec le mot grec.

L'animateur peut rectifier, à partir du grec, les sens possibles et éliminer les faux sens.

 

Voici quelques exemples, mais j'en ai repéré beaucoup d'autres.

- L'évangéliste n'utilise pas le mot "lac" mais invariablement le mot "mer" (thalassa). Il ne s'agit pas d'un détail sans importance. La symbolique de la "mer" habitait la pensée des contemporains de Jésus : la "mer" était la grande inconnue, synonyme de danger, représenté par les habitants des profondeurs, des animaux énormes capables d'entraîner l'humain dans la mort. Marcher sur la "mer" signifiait donc en maîtriser les dangers. Marcher sur un "lac", un étang n'évoque strictement rien.

 

- Christ, celui qui a reçu l'onction - et non pas Messie.

Si Jean choisit de parler de christos, oint au lieu d'employer le mot Messie, pourquoi imprimer la traduction Messie quand l'évangéliste ne l'utilise pas ? Christos, celui qui a reçu une onction, en vue d'une mission de prophète, de roi ou de prêtre. Jean connaît le mot "messie" (en hébreu, même signification que "christ" en grec). La femme de Samarie le connaît également : "Je sais que le messie vient, celui qu'on appelle christ; quand il viendra, il nous annoncera tout. Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle" (Jn 4,25-26). Le mot messie n'est utilisé que deux fois dans les évangiles. C'est un choix délibéré et non pas un hasard.

Très précisément le mot christ est employé par Simon Pierre en réponse à la question de Jésus : "Pour vous, qui suis-je ?" Avec l'avertissement qui suit : "Alors, (Jésus) ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le christ" (Mat 16,20). Parce que les disciples et leurs contemporains concevaient le christ comme ayant reçu onction de libérateur politique, de chef s'impliquant dans la lutte contre l'occupant romain. Jésus récusait cette mission dans les années 29/30.

Par contre, dans les années 50, le mot christ ayant perdu sa signification politico messianique, Paul va l'employer abondamment. Il y ajoutera le mot seigneur, créant dès l'année 51 l'expression devenue classique depuis deux millénaires, "notre Seigneur Jésus Christ".

Les évangiles, eux, employaient simplement le nom "Jésus".

 

- Je rattache au mot christ la confusion courante entre le masculin et le féminin dans la phrase célèbre : Tu es Pierre (masculin, prénom) et sur cette pierre (féminin, équivalent de Roc, Rocher) je bâtirai mon église (assemblée). En grec, en latin, en français, il est indispensable de ne pas identifier Simon, Kephas, surnommé Pierre par Jésus et la pierre, roc, rocher, qui assurera la solidité de son église à lui, Jésus. Le sens évident est celui-ci : sur la foi que tu viens de proclamer (tu es le christ fils du Dieu vivant) parce que tu en as reçu la révélation, toi, Simon Kephas - sur cette foi, solide comme le Rocher qui est Dieu, moi Jésus, je fonderai mon église solide, indestructible.

Le non respect du sens juste aboutit à la confusion : Tu es Simon Kephas et sur toi, Simon Kephas je bâtirai mon Église, sur toi (et tes successeurs, dont il n'est d'ailleurs nullement question). Confusion devenue source d'une exaltation des successeurs de Simon Kephas, les papes, confusion engendrant la papolâtrie de certains catholiques romains. Il est absolument évident que Jésus n'a jamais affirmé cela. Simon Kephas n'est qu'un humain, mortel, et Dieu seul, ainsi que Jésus Le Fils, est le Roc éternel sur lequel peut être construite une assemblée de croyants.

Revenons aux emplois du mot christ. BG propose l'hypothèse selon laquelle les textes où le nom de Jésus est employé seul sont antérieurs à ceux où Paul lui ajouta dans l'expression "notre Seigneur Jésus Christ" (et non pas, soit dit en passant, "Notre Seigneur Jésus Messie"). Jésus est un nom de personne : christ renvoie à une onction, associée à une mission, un rôle de roi, de prophète ou de prêtre .

- Le mot Eglise. On le trouve seulement deux fois dans les quatre Evangiles, chez Matthieu en 16 et 18. Mais ensuite 104 fois chez Paul et autres livres du NT.

- Les évangiles emploient 139 fois le mot foule, et Paul 4 fois seulement, (dont trois dans un tout autre sens, celui du verbe fouler). Pourquoi cette disparition ? À partir des années 51, les disciples ne rassemblent plus des foules, mais de modestes communautés locales.

 

- Le mot pain. Les évangiles l'emploient 77 fois, Jésus nourrissant les foules, multipliant les pains, se proclamant Pain de Vie... Paul seulement 11 fois.

 

 

 

 

6 - À nouvelles questions,

nouvelles hypothèses de réponse.

 

 

Si des mots disparaissent n'est-ce pas parce qu'ils n'étaient plus utiles ?

Si de nouveaux mots apparaissent, n'est-ce pas par ce qu'ils étaient devenus utiles ou utilisables sans problème ?

En les examinant, selon la méthode de BG qui vérifie le contexte de chaque emploi, nous devons chercher les raisons plausibles de leur apparition ou de leur disparition. Ils deviennent alors des marqueurs possibles de datation. BG y reviendra dans la suite de sa trilogie. Elargissons la réflexion autour de la traduction du texte grec original.

 

La plus célèbre faute de traduction. Nous la connaissons bien. "Et ne nous soumets pas à la tentation". Tous les missels l'ont imprimée. Tous les chrétiens l'ont répétée depuis 1976 jusqu'à 2017. Pendant plus de 40 ans. Malgré d'innombrables protestations de spécialistes du grec biblique. Mauvaise volonté ? Je ne le pense pas. Mais résultat malheureux d'un accord entre quelques traducteurs persuadés que la précédente formule, "et ne nous laisse pas succomber à la tentation", devait être mise à jour. Ils ont obtenu l'agrément des évêques francophones chargés d'authentifier la traduction officielle. J'étais alors évêque depuis quatre ans, et, comme la plupart de mes confrères, je n'avais ni le temps, ni la compétence pour vérifier le texte original de toute la Bible, notamment de Matthieu 6,13 disant plus précisément : "Et ne nous emporte pas dans l'épreuve (peirasmos) mais délivre-nous du Mauvais (poneros). "Ne nous fais pas pénétrer dans l'épreuve mais délivre-nous du Criminel" (Chouraqui). "Et ne nous fais pas pénétrer dans l'épreuve" (Lc 11,4, Chouraqui) (évocation de Ex 17, 7, Massa, signifiant épreuve - et du Ps 94/95, v 8, comme au jour de l'épreuve de Massa au désert).

Le mot "tentation", dont le sens courant en français évoque la "séduction du péché", ne convient évidemment pas à Yhwh qui ne peut donc pas être tenté ni tenter délibérément. Le verbe soumettre, en français, dit asservissement, domination, capitulation : excessif. Mieux vaudrait préférer les expression : mise à l'épreuve, test de fidélité.

 

Le Notre Père se termine par le mot grec poneros, désignant un opposant dangereux, perfide, démoniaque. Non pas simplement le mal. Certes, la traduction officielle l'écrit avec une majuscule. Mais qui entend la majuscule ? Il faudra probablement attendre encore 40 ans pour que la prochaine traduction emploie enfin les mots français le Mauvais, le Malin, le Pervers, le Criminel.

 

Le mot le plus malmené de la Bible.

C'est le nom propre du Dieu d'Israël selon Exode 3, 14-15. "Je suis qui je suis... qui je serai", Yhwh.

Suite à un accord intervenu au moment où se préparait la TOB, il fut convenu d'éviter de prononcer (à tort) Le Nom, de ne plus l'imprimer mais de le remplacer par "le SEIGNEUR", en majuscules. Depuis, les versions imprimées multiplient les présentations : majuscules, minuscules, petites majuscules. Invariablement, le lecteur français entend "le Seigneur" car il ne voit ni les majuscules, ni les minuscules.

Le psaume 109/110 en devient strictement incompréhensible à l'oreille : "Le Seigneur a dit à mon seigneur"... L'hébreu utilise trois mots différents dans ce psaume : Yhwh, Adôn et Adonaï. Chouraqui a inventé un sigle transposant le tétragramme : les quatre lettres Yhwh surmontées en petites lettres de adonaï comme suggestion de prononciation. Il emploie judicieusement ce sigle chaque fois que le texte hébreu parle de Yhwh. Lorsque l'hébreu emploie le mot Dieu, transcrit par Elohim qu'on entend et qu'on lit publiquement, sans qu'il soit utile d'inventer une transcription. Cette différence d'écriture et de lecture intervient plus de 6800 fois pour Yhwh et plus de 2500 fois pour Elohim. Est-ce un détail ? Est-ce respecter le sens correct de Exode,20 v.7 qu'on peut traduire par "Tu n'invoqueras pas le nom de Yhwh ton Elohim pour tromper. Yhwh ne tiendra pas pour innocent celui qui invoquera son nom pour tromper".

Quiconque veut étudier le vocabulaire biblique original pour faire des comparaisons ou formuler des hypothèses doit donc disposer d'une version informatisée distinguant Yhwh, le Nom propre du Dieu d'Israël, de Elohim, Eloah, Eloï, El. La plupart des traductions françaises ne l'aideront pas de façon fiable ( sauf la BJ, Osty et Chouraqui).

 

Autre mot largement déformé par de mauvvaises traductions: le mot "Ancien".

En grec, presbuteros, signifie plus ancien: c'est un comparatif. Allègrement, certains traducteurs utilisent le mot "prêtre", parfois "ancien" ou l'un ou l'autre. Ils brouillent ainsi toute possibilité d'en comprendre le vrai sens.

Dans l'AT le mot hébreu désignant les prêtres du temple est kohen, l'homme du sacré, des sacrifices, que Segond traduit parfois par sacrificateur pour éviter toute confusion.

En grec, kohen est traduit par iereus, l'homme du ieron, l'homme du sacré, du temple, des sacrifices. S'y rattachent les Grands prêtres mentionnés dans le Nouveau testament, très différents des Anciens.

La Bible parle très souvent des "Anciens". En hébreu zaquen. L'Exode les mentionne comme une institution fondamentale dans le peuple d'Israël, collaborateurs de Moïse, souvent au nombre de 70. L'Ancien représente la sagesse, le jugement fondé sur l'expérience de celui qui a vécu longtemps, le respect de la justice, du droit et de la cohésion dans la communauté.

 

Le Nouveau testament se réfère à cette pratique. Paul rassemble à Millet les Anciens d'Ephèse (Act 20, 15 à 38). Les Envoyés de Jésus pour une première mission sont au nombre de 70 ou 72.

Jamais, pas une seule fois, ils ne sont appelés "prêtres".

Jamais leur rôle n'est confondu avec celui des "prêtres" de l'AT.

Pierre écrit : " Quant aux Anciens en fonction parmi vous, je les exhorte, moi qui suis ancien comme eux..." (I Pi 5, 1).

 

De graves confusions concernant le "ministère presbytéral" découlent de cette fausse traduction. Depuis des siècles, le débat est sans cesse relancé sur les fonctions prioritaires des "ministres ordonnés", identifiées par l'opinion majoritaire catholique à la présidence des célébrations sacramentelles et non pas au "ministère d'ancien" que le Christ et tout le NT leur demandent. Tant de siècles de confusion affectent désormais le mot "prêtre" qu'il est vain d'espérer une rectification efficace. Il nous reste seulement la possibilité d'en expliciter le juste sens, en développant régulièrement et officiellement la véritable notion du ministère d'Ancien. On respecterait enfin la trilogie de la Tradition: episcopos (veillant-sur, évêque) presbuteros (plus Ancien) et diakonos (serviteur, diacre). Et les baptisés seraient d'abord des fidèles du Christ, ou disciples, ( et non pas d'abord des non-clercs surnommés laïcs dans le Code de droit canonique, alors que le beau nom de laïc signifie dans la Grande Tradition, membre du laos, membres du Peuple de Dieu). Etc..

Lorsque nous nous éloignons du texte grec original - concernant des mots importants et significatifs - nous perdons du sens, des finesses que le rédacteur voulait nous faire comprendre en choisissant délibérément ses mots.

Par exemple, La tente. En hébreu, principalement soukkot, en grec skènè. Moïse parlait avec Yhwh dans la tente de la rencontre. Chaque année, les Juifs célèbrent la fête des tentes sous des huttes rappelant l'habitation des nomades, l'abri protecteur et précaire dans le désert. À la Transfiguration Pierre veut dresser trois tentes. Jésus a célébré la fête des tentes, y faisant des déclarations solennelles sur l'Esprit Saint, source d'eau vivante, que recevraient ceux qui croiraient en lui. Jean l'évangéliste a écrit "et la Parole devint chair et dressa sa tente parmi nous".

Le choix délibéré du mot tente évoque le thème de la présence de Yhwh au milieu d'un peuple en marche, jamais installé... ce dont nous prive la traduction banale "et il a habité parmi nous". Dommage. L'évangéliste tenait à cette nuance, nous ne l'avons pas compris. L'apocalypse emploiera systématiquement le mot tente et le verbe dresser sa tente dans les chapitres 20 et 21...

 

Il en va ainsi pour le mot grec "naos", sanctuaire, et non pas hieron, temple dans Jean 2,19 et Apocalypse 21.

Pour vérifier les mots grecs choisis par l'évangéliste Jean, j'utilise - l'Interlinéaire grec français du NT - et surtout Bible Parser , logiciel de Didier Fontaine, le seul capable de faire sur le texte grec des recherches lemmatiques . Tous les autres logiciels permettent seulement de trouver des chaînes de lettres des mots utilisés par les diverses traductions françaises existantes : ce qui ne garantit nullement l'existence du mot grec dans l'original.

 

La Concordance de la TOB , réalisée grâce au centre informatique de Maredsous, a le grand avantage de mentionner pour chaque mot français de la TOB, les mots hébreu, araméen, grec et leur emploi dans les versets correspondants, ce qui suppose la manipulation de 1300 pages d'un volume format A4.

 

 

 

7 - L’importance grandissante

du rapport au réel et à l'histoire

 

 

Impossible aujourd'hui de faire l'impasse sur cette question capitale.

Observez les informations télévisées. Nos TV affichent de plus en plus régulièrement : live, en direct, actuellement, pour nous garantir l'authenticité de l'information. On filme les reporters pieds dans l'eau ou la neige, cheveux en tempête, souvent inaudibles en raison des bruits ambiants. Pourquoi ? Pour nous prouver que leur reportage est fiable.

Nous sommes obligés de comparer les informations sur plusieurs chaînes pour approcher la "vérité", la "réalité" des faits. Nous devons apprendre à décrypter, à détecter les ruptures d'images, le passage en boucle de certains reportages qualifiés de "direct". L'enchaînement permanent - sans la moindre rupture de son ou d'image - de pubs, d'informations, de points de vue, nous oblige à rester en éveil sous peine de tout confondre. Exemple : nous sommes certains que Johnny a bénéficié de funérailles nationales, mais chacun peut épiloguer sur les points de vue sélectionnés par chaque chaîne. Chaque caméra - il y en avait combien de centaines tout au long du parcours, à la porte de l'église, dans l'église ? - chaque caméra dit quelque chose de "vrai", d'authentique. Mais personne ne peut appréhender la totalité historique d'un ensemble qui a duré plusieurs heures.

 

Le souci du "vrai", du "réel" devient de plus en plus important.

Ceci influence notre façon de lire le passé, entre autres les témoignages évangéliques.

Nous sommes devenus méfiants concernant les affirmations que nous n'avons aucun moyen de vérifier.

Une convergence absolue entre quatre évangiles nous semble un montage. Une différence prend la dimension d'une contradiction et devient argument pour rejeter les différences. Les deux "larrons" crucifiés en même temps que Jésus avaient-ils le même regard sur le Nazaréen ? Jésus a-t-il désespéré de Dieu ?

Les évangélistes ont-ils présenté comme réels des paroles ou des comportements inspirés par des écrits antérieurs ? Que veulent dire les expressions "Et ceci arriva pour que soit réalisée l'écriture disant..." ? Les citations de l'AT ont-elles fonctionné comme un guide respecté à la lettre par le rédacteur évangélique ? Sont-elles seulement des évocations, des réminiscences ?

Peut-on croire encore que les récits évangéliques relatent du réel, de l'historique ?

Ne seraient-ils pas des compositions pour nous faire croire qu'il en fut ainsi ? Et s'il a fallu attendre des dizaines d'années avant de commencer à les mettre par écrit, quel rapport ont-ils avec le réel historique ?

Influencés par la culture actuelle du réel, du live, du direct, nous l'appliquons rétroactivement. Et chacun construit son interprétation, "se fait sa religion".

 

Et bientôt la généralisation du virtuel et de la réalité augmentée ?

"Tout comme la réalité virtuelle, la réalité augmentée promet de révolutionner les modes de vie et de travail de la planète, mais sur un plan différent : dans la réalité virtuelle, nous sommes plongés dans un monde créé qui remplace l’existant. Un casque permet d’être immergé dans un environnement généré par un ordinateur, et l’on se retrouve subitement déplacé dans une usine, une maison, ou dans la ville du futur… La réalité augmentée quant à elle ajoute des informations numériques à un monde qui existe bel et bien. Pour l’essentiel, la réalité augmentée transforme des volumes de données et d’analyses en images et animations que l’on incruste dans le monde réel », résument Jim Heppelmann, PDG de PTC, et Michael Porter... Si la plupart des applications de réalité augmentée sont actuellement fournies via des appareils mobiles, elles le seront de plus en plus par des appareils mains libres, type casques de réalité virtuelle et surtout les fameuses lunettes connectées. Enseignement, formation, jeu, médecine, organisation des entreprises… Les possibilités offertes par ces nouvelles technologies apparaissent vertigineuses, leur développement allant de pair avec le boom des objets connectés".

Ajoutons ce qui nous est promis par l'intelligence artificielle, par les robots présentés comme plus intelligents que les humains que nous sommes. Pensons au trans-humanisme qui nous promet des dizaines d'années de vie supplémentaire censées nous apporter plus de culture, de bonheur... ou d'ennui avec recherche des moyens de mettre fin à cette vie sans fin...par le suicide assisté ou le droit d'en finir "dans la dignité" !

Ce nouvel univers culturel est déjà amorcé par les jeux sur ordinateurs impliquant plusieurs compétiteurs distants connectés. Chaque joueur a la sensation d'intervenir, de créer du réel, de mener réellement une guerre, de débusquer des ennemis, de les flinguer en les laissant pour morts, de construire ou démolir, de gagner ou de perdre. Impliqué, il ne se contente plus de regarder, d'observer. Il existe et fait exister.

La lecture d'un texte ancien comme les Evangiles l'intéressera-t-il ? On peut en douter. Les deux univers culturels sont tellement différents. On peut l'espérer dans la mesure où l'existence concrète de ce "joueur" conservera de nombreux liens avec du très réel : travailler, manger, se déplacer, vieillir, souffrir, guérir, se poser des questions, perdre ou gagner, gérer des biens, aimer, faire confiance ou se méfier de tout, se lier à des amis, créer un couple, avoir des enfants bien réels qui le ramèneront à la réalité ou à des questions ou à des résistances bien réelles.

Les éternelles questions se poseront probablement un jour ou l'autre dans la vie réelle des personnes. Et la solution ne se trouvera pas dans un objet connecté mais dans le rapport avec d'autre personnes réelles, vivantes, dans le dialogue, dans le choc de leur témoignage ou le bouleversement créé par des événements heureux ou pénibles, proches ou planétaires.

Le "joueur" devra cesser de jouer. Le réel s'imposera à lui : il devra l'affronter sans pouvoir le modifier à sa guise ou rejouer la partie.

Les grands textes inspirés, de l'Occident ou de l'Orient, suscitant des questions et des réponses, amèneront les personnes à rapprocher leurs questions réelles des réponses réelles d'autres personnes réelles.

Les textes bibliques redeviendront vivants, sources : ils parleront au cœur et à l'esprit, suscitant des engagements impliquant la conscience, indiquant la route de ce qui fait du bien ou de ce qui fait du mal : une Lumière chassant les ténèbres, une Vérité plus satisfaisante que les jeux de miroir, une chaleur ne laissant pas indifférent, une relation possible à l'Invisible plus réel que le virtuel.

Des choix deviendront indispensables. Subir, rejeter, ignorer le passé, se plaindre, accuser les autres deviendront des attitudes décalées par rapport à la réalité.

 

La certitude à 100 % n'existe pas.

Les sondages d'opinion se multiplient à tout propos. Ils engendrent des revenus, ils prouvent toujours qu'aucune affirmation, aucune hypothèse, aucune décision n'obtient 100 % . Les pourcentages évoluent, parfois en quelques jours, ou selon la façon dont la question est formulée, ou selon la méthode choisie par le sondeur etc...

Influencés par cette culture, lorsque nous lisons les témoignages évangéliques, même bien traduits, nous demeurons souvent dubitatifs : est-ce exact ? Est-ce bien ce que le rédacteur a voulu nous dire ?

 

Or, Jean l'évangéliste utilise également le principe des sondages. Comment ? En mentionnant les réactions des "foules" : certains adhèrent, d'autres rejettent, plusieurs ne sont pas intéressés et passent à autre chose. Sans pourcentages chiffrés, Jean tient compte de l'impossible unanimité.

 

Rien ni personne ne bénéficie d'une approbation à 100 %. Jésus fut accueilli par un certain nombre de personnes, contesté par beaucoup, rejeté par certains, qui l'ont condamné à mort. L'unanimité ne reflète pas le réel, elle trompe. Retenir seulement les expressions communes entre Jean, Matthieu, Luc, Marc pour composer un texte lisse, fiable puisque unanime, est un leurre, une fausse piste. Pour cette raison, depuis longtemps, on a créé des synopses. Elles permettent de comparer, de percevoir des différences, d'enrichir la lecture des évangiles. Finalement, les apparentes contradictions aident à comprendre l'angle de vue, l'orientation de la caméra choisie par chaque évangéliste. Ce sur quoi il veut insister. Pour que son lecteur comprenne mieux qui était le Jésus sur lequel il écrit, le Jésus dont il témoigne.

Nous sommes libres d'accorder au texte de Jean 100 % de confiance, ou seulement un certain pourcentage de rapport au réel historique. Mais à une condition : justifier les raisons de notre choix, présenter des arguments solides.

Nous sommes libres de rester dubitatifs, d'estimer que son texte "pose question", et qu'il est fatigant de se poser éternellement des questions sans avoir les moyens absolus d'obtenir des réponses absolues, définitives, simples, sinon simplistes, littéralistes, fondamentalistes. Mais nous ne pourrons pas éternellement fuir la question fondamentale que voici.

 

 

 

8 - Explications différentes du rapport

entre l'évangile de Jean

et les réalités historiques des années 27/30

 

 

Selon certains interprètes des textes anciens, c'est le texte qui a donné corps à des faits et créé de l'histoire. Le lecteur croit y découvrir ce qu'aurait été l'histoire. Mais les textes nous trompent : il faut se garder d'y croire.

 

Selon d'autres, les textes disent quelque chose de l'histoire réelle, mais à leur façon. Il faut les décrypter, chercher les motivations de celui qui a écrit, confronter les affirmations du rédacteur avec ce que d'autres ont écrit, avec des monuments archéologiques, avec des certitudes inscrites dans la terre, le ciel, les étoiles.

 

Selon d'autres encore, si les témoignages évangéliques, notamment celui de Jean, ne cessent de créer du réel chez ceux qui les lisent, c'est parce qu'ils sont en rapport avec du réel historique, avec des gens ayant réellement existé, ayant influencé l'engagement de nombreuses personnes réelles de leur vivant et depuis. Le Jésus dont Jean invite à découvrir la véritable identité ne ressemble pas à un personnage de roman particulièrement bien rédigé. Il parle encore, il questionne, il interpelle la conscience du lecteur, il attend sa réponse, il frappe à la porte espérant qu'on lui ouvre pour entamer une relation avec lui. Il devient une Parole incarnée qui s'adresse maintenant à celui qui lit.

 

Authenticité, vérité, vraisemblance.

 

"A défaut de pouvoir établir l'authenticité absolue des récits évangéliques, il n'est pas impossible d'en démontrer la vraisemblance historique, et que celle-ci est objectivement et historiquement acceptable.... La vraisemblance est ce qui "semble vrai" dans un récit, ce qui a l'apparence de la vérité, ce qui est crédible ou recevable... En ce sens, la vraisemblance du récit historique constitue un degré de vérité placé sur une échelle virtuelle qui va du faux au vrai, en passant par le plausible et le probable, ou le possible. Ce n'est donc pas une contre vérité ou une fausseté, et cela ne doit rien à un quelconque jugement ou évaluation relativiste... Ainsi, s'interroger sur la vraisemblance des Evangiles consiste à établir le degré d'authenticité et de crédibilité des faits qu'ils mentionnent... en faisant ce que les historiens appellent la critique externe et la critique interne... Il faut d'abord considérer le contexte historique général dans lequel Jésus a pu évoluer, puis s'interroger sur l'existence du personnage".

Ces lignes sont de Bruno Bioul, historien et archéologue professionnel, diplômé de l'université catholique de Louvain, rédacteur en chef de la revue d'archéologie et d'histoire Archéothéma. Auteur d'un livre sur les manuscrits de Qumran, ayant choisi de vulgariser au mieux les innombrables découvertes que les sciences historiques nous dévoilent. Il y consacre 430 pages et de très nombreuses notes justificatives. "Les Evangiles à l'épreuve de l'histoire, Légendes pieuses ou récits véridiques ?" ,

 

Le rapport de Bioul à l'archéologie constitue un atout majeur. La Bible mentionne d'innombrables rois, royaumes, sites. Nous imaginons des sites aux dimensions impressionnantes et nous sommes désarçonnés lorsque l'archéologue nous prouve qu'il s'agit de réalités plus que modestes, de rois comparables à de tout petits hobereaux locaux, de palais ou villes limités, d'armées dont le nombre de guerriers correspondait à des chiffres évidemment symboliques à interpréter selon la signification que le rédacteur biblique leur attribuait.

Depuis deux millénaires, les textes du Nouveau Testament sont lus par des millions d'hommes et de femmes. Ils ont suscité le rejet ou l'engagement de beaucoup. Preuve exceptionnelle de leur qualité intrinsèque; combien d'excellents textes grecs ou latins du premier siècle ont exercé une influence comparable ?

 

Voici pourquoi ces textes ont été soumis à la question, plus que tous les autres. Il fallait vérifier leur rapport avec la réalité historique.

 

Chantal Reynier, entre autres, s'y est attachée dès l'année 1999 en publiant "Le Christ au cœur de l'histoire : l'autorité du Nouveau Testament", Bayard éd. Dans la lignée de Charles Perrot, "Jésus et l'histoire", 1995, Desclée, elle percevait que les évangiles méritaient une lecture plus attentive de leurs rapports avec le contexte géopolitique des années 27 à 30. Elle citait les travaux d'André Paul sur "le monde des Juifs à l'heure de Jésus", Desclée 1981, de Jean-Pierre Lemonon concernant "Pilate et le gouvernement de la Judée", d’Hugues Cousin sur "Le monde où vivait Jésus".

 

Attestations de Jésus dans l'histoire

Elle insiste sur les "attestations de Jésus dans l'histoire". Elle y consacre les 100 premières pages de son livre, développant ensuite sur 180 p. ce qui concerne l'annonce et la diffusion du message, depuis les premiers disciples jusqu'aux apôtres, de Paul aux communautés johanniques et pétriniennes, de Jérusalem à Rome. Elle invite à réfléchir sur l'appropriation du message de la foi, et sur les effets humanisants de la foi chrétienne.

Sa conclusion : le Nouveau Testament est indissociable de l'histoire réelle.

Comme beaucoup à la fin du XXe siècle, elle identifie le rédacteur du quatrième évangile à Jean, fils de Zébédée, pêcheur du lac, frère de Jacques (le Majeur), l'un des Douze, "l'autre disciple", celui que Jésus aimait, ayant séjourné à Ephèse. C'est là qu'il aurait écrit l'évangile autour des années 90-100 : elle mentionne, en note, que d'autres proposent la Syrie ou la Samarie comme lieu de rédaction, ou encore la Transjordanie (p. 158-159). Nous ne la suivrons pas sur ces points : nous y reviendrons lorsque nous présenterons les hypothèses sur l'identité du rédacteur du quatrième évangile.

 

Chantal Reynier ne remet pas en question le principe, alors majoritaire, d'une rédaction tardive du quatrième évangile. Elle nous laisse libres de nous demander si, dans les années 90/100, le fils de Zébédée avait encore l'âge et la santé pour rédiger l'évangile qu'on lui attribue. Elle nous laisse libres d'adhérer à l'hypothèse de communautés ou d'écoles rédactionnelles qui auraient pris la plume pour rédiger le quatrième évangile vers la fin du premier siècle. Bruno Guérard remet en question ces opinions dans ce livre Jean avant Paul.

L'argumentation de Chantal Reynier vise d'abord et avant tout à tisser un lien solide entre la réalité historique des années 30 et les textes qui leur ont été consacrés. Elle donne à la première partie de son ouvrage un titre significatif : "Le contexte géopolitique de la vie de Jésus" (4 avant notre ère - 70 de notre ère) et y consacre 105 p.

Je partage avec elle et Bruno Guérard la même attention concernant le rapport à l'histoire. Grâce aux possibilités actuelles de l'informatique, nous pouvons étudier le vocabulaire, et notamment les titres donnés à Dieu, à Jésus. Et les comparer au vocabulaire utilisé par Paul à partir des années 51. Chacun peut vérifier, contester, corriger. Nous ne sommes plus obligés de "faire confiance au spécialiste". Nous entrons dans un nouvel univers culturel, une nouvelle façon d'aborder les questions et d'émettre des hypothèses.

 

 

Le rapport à l'histoire donne lieu à des affirmations très différentes .

On observe périodiquement des réactions déconstruisant le rapport entre les textes du Nouveau testament et la réalité historique.

 

La solution la plus radicale consiste à nier l'existence même de ce Jésus, présenté comme fils de l'homme et Fils de Dieu. Le philosophe Michel Onfray en est le représentant actuel le plus médiatisé. L'immense majorité n'adhère pas à sa thèse . Nul n'ignore son Traité d'a-théologie paru en 2005. Depuis janvier 2017, au long des 650 p. de "Décadence" il développe ses convictions et prévisions : "Le judéo-christianisme a régné pendant presque deux millénaires. Une durée honorable pour une civilisation. La civilisation qui la remplacera sera elle aussi remplacée. Question de temps. Le bateau coule : il nous reste à sombrer avec élégance". Onfray vise une "civilisation", que d'autres décrivent comme un ensemble de valeurs, et d'autres, les us et coutumes engendrés par l'institution religieuse catholique romaine fondée sur la foi chrétienne. Onfray n'a jamais caché qu'il a énormément souffert, dans son enfance, de la part d'éducateurs officiellement catholiques mais qui se comportaient de façon anti chrétienne, méprisante, inadmissible. Sa blessure saigne encore.

 

Le point de vue de JS Spong.

L'évêque anglican John Shelby Spong, auteur à succès, partisan d'un christianisme moderne cherche à libérer les chrétiens d'une lecture littéraliste et fondamentaliste des évangiles. A propos du quatrième évangile, par exemple, J. S. Spong affirme que cet évangile a été mal interprété par les rédacteurs des Credo du quatrième siècle. Il le considère comme un récit littéraire et interprétatif des événements de la vie de Jésus par l'intermédiaire de personnages fictifs, comme Nicodème, Lazare et le «disciple bien-aimé». Le quatrième évangile aurait été conçu pour introduire Jésus dans le contexte des Écritures juives, puis pour en faire un des modèles cultuels de la synagogue et enfin pour le considérer à travers le prisme d'une forme populaire du mysticisme juif du premier siècle. Il s'agirait d'un "conte d'un mystique juif", à lire comme tel.

Cherchant récemment sur internet ce qu'était devenu JS Spong, j'appris qu'il avait fait un AVC et qu'un site accueillait la publication de mises à jour sous la responsabilité d'une équipe de ses amis.

Lisant plus amplement ce qui concernait ses propres recherches, je compris que son intention était surtout d'éradiquer le fondamentalisme fréquent chez les chrétiens, qu'il était personnellement un remarquable conférencier entraînant ses auditeurs à la lecture méditée du quatrième évangile, et qu'il soumettait sa lecture biblique à de fortes doses de réduction du rapport entre les textes et l'histoire, se méfiant de la "théologisation" de Jésus, de la christianisation des pratiques religieuses, de la croyance que les personnages bibliques étaient de chair et d'os exactement comme les textes les décrivant.

Homme de foi et de prière, JS Spong décrivait également sa façon de prier ce Christ dépouillé, vidé de sa divinité, mais présent au plus intime de sa conscience de personne humaine.

Cela me rappelait la perspective et le rayonnement de Jean Cardonnel, ses conférences enflammées des années 1968 et son Dieu est mort en Jésus-Christ. Le dosage excessif des remèdes chargés de faire disparaître la lecture fondamentaliste me paraît avoir atteint le texte lui-même en dépassant la "purification" nécessaire.

De plus, les arguments fondant ces hypothèses semblent fondés sur des arguments philosophiques et théologiques, du genre - les événements racontés comme des annonces ne peuvent pas être réels puisque la connaissance anticipée de ce qui sera est impossible - la résurrection ressemble plus à un mythe qu'à une réalité.

JS.Spong a milité pour que les chrétiens de son diocèse prennent du recul par rapport aux textes qu'ils connaissaient mais qu'ils lisaient de façon littéraliste, chaque mot du texte étant censé relater un fait qui se serait passé exactement comme il était raconté.

En 1994, il avait publié Résurrection, mythe ou réalité ? Enorme succès : plus de 100.000 exemplaires. En 2007, il publiait aux USA Jésus pour le XXIe siècle . Il était alors évêque émérite.

Sa réflexion peut encore rendre service aux chrétiens connaissant les textes. En les amenant à prendre du recul. Mais la version finale, lisible sur le site des amis qui continuent son œuvre, dénote un tel recul par rapport aux intentions initiales de Spong qu'il est loisible de se poser la question : la distance prise avec le texte est si grande que le texte lui-même devient de plus en plus lointain, s'évanouit, presque invisible, perdu dans un horizon inaccessible. Un chercheur de Dieu, âgé de moins de trente ans, abordant en 2018 l'évangile de Jean pour la première fois, ne se pose plus les mêmes questions, ne souffre plus du fondamentalisme. Il préfèrera probablement le texte de Jean au conte d'un mystique juif.

En outre, ce travail date des années 1994. Les éditions récentes en français pourraient donner à penser qu'il s'agit d'hypothèses nouvelles. Elles ont déjà bientôt 25 ans.

 

Une thèse récente en édition (2018), mais très ancienne puisque le livre de la Sagesse (vers - 200) l'évoque au chapitre 2. "Un fulgurant retour de la barbarie sape nos valeurs laïques fondamentales, héritées des Lumières. Religions et utopies sociales, ces illusions dangereuses constituent la pire malédiction de l’humanité ; elles assaillent notre liberté de penser et de nous exprimer librement. Elles nous imposent leurs critères absolutistes du Bien et du Mal ainsi que leur foi dans un au-delà ou un avenir radieux chimériques. Leur but est évident : nous empêcher de vivre sereinement et nous priver du bonheur quotidien. Homme ou Dieu ? Raison ou foi ? Plaisir ou ascèse ? Vivre ici et maintenant ou attendre la vie après la mort ? "

 

L'histoire réelle affleure dans l'évangile de Jean.

Revenons aux convictions de Bruno Bioul :

"L'auteur connaît bien le contexte chronologique et géographique dans lequel évolue Jésus... Il apparaît comme le témoignage non romancé d'un témoin ayant suivi le Christ... L'auteur a médité sur ce qu'il avait vu et entendu quand il était aux côtés de Jésus... On y trouve de nombreux aramaïsmes, une connaissance assez poussée de l'argumentation rabbinique, des affinités précises de pensée avec des documents de la mer Morte qui interdisent d'y voir le produit d'un christianisme déjà foncièrement hellénisé...".

 

Bruno Bioul rapporte les résultats d'une enquête sur les protagonistes de la Passion : Anân ben Seth (Hanne ou Anne) nommé grand prêtre en 6/7 et déposé en 15 - Joseph Caïphe, nommé grand prêtre vers 18 et déposé en 36 - le sanhédrin dans lequel on distinguait à l'époque de Jésus le grand sanhédrin, composé de 71 juges siégeant à Jérusalem ( répartis en trois chambres: celle des prêtres, 23 membres : celle des scribes et docteurs, 23 membres, et celle des anciens, 23 membres, auxquels s'ajoutaient un président et un vice président). On connaissait aussi des petits sanhédrins composés de 23 membres dans les cités d'importance.

Ponce Pilate, arrivé en Judée en 26, y resta jusqu'en 36

- "Les Juifs", ceux qui ont arrêté Jésus et/ou veulent se débarrasser de lui définitivement - et les gens qui se trouvaient là : le peuple, la foule.

 

Bioul rappelle que l'évangéliste choisit ses mots à bon escient, au sens physique : on descend de Cana à Capharnaüm, on monte à Jérusalem... L'évangéliste connaît parfaitement Jérusalem - la piscine de Bethesda et ses 5 portiques - la piscine de Siloé, les larges marches entourant le plan d'eau permettant à un grand nombre de personnes d'y accéder . L'évangéliste n'a pas inventé, il a vu, et il est le seul à en parler.

 

Bruno Bioul analyse également le récit de la Passion (p.292-302) occupant les chapitres 13 à 20, soit le tiers de l'évangile. Le procès de Jésus est conforme à ce que l'on connaît par ailleurs des procédures judiciaires juives et romaines du Ier siècle. Le crime de Jésus ne fut pas seulement politique et religieux, il était également moral et éthique car il s'attaquait aux plus hautes autorités religieuses de son temps... Ainsi s'explique la double comparution devant les grands prêtres et devant le préfet romain : devant les grands prêtres parce qu'il était impérieux de démontrer que Jésus était un faux prophète, un séducteur des foules - et devant Pilate parce qu'en définitive il en allait de la sécurité de l'Etat dans la région.

Selon Jean, "Jésus avait déjà été condamné à mort quelques jours, voire plusieurs semaines, avant son arrestation, avant son entrée messianique à Jérusalem, avant même l'onction de Béthanie... Jésus avait donc été jugé et condamné... par contumace en quelque sorte".

Jean Imbert exposait la même conviction dans son livre Le procès de Jésus depuis 1980 (PUF )

 

Bruno Bioul rapporte aussi les hésitations légitimes concernant l'identité de l'évangéliste.

"La mise en forme est-elle le résultat du travail d'un seul homme (pourquoi pas avec quelques assistants) témoins de première et de seconde main, ou d'une "communauté" tardive à partir de témoignages divers et variés ?... Et cette mise en forme a-t-elle été entreprise très tôt ou beaucoup d'années plus tard ? Ces questions ne peuvent rester sans réponse, d'où l'intérêt de traiter de la vraisemblance des récits évangéliques... Il n'y a pas trace d'une quelconque "erreur factuelle" à propos des noms de personnes ou de lieux, des fonctions, de l'orthopraxie religieuse, des procédures politiques et judiciaires, etc. Et cette précision, cette exactitude jusque dans les détails, ne peut laisser l'historien indifférent"...

Peut-on expliquer cette précision par une datation haute des récits évangéliques ou tout cela n'est-il dû qu'à la remarquable érudition de rédacteurs anonymes tardifs?" (p.342-343)

"Les évangiles ont été écrits en grec... Il est incontestable que le fond sémitique est bien présent dans la forme (mots, expression, construction des phrases) comme dans le fond (manière de présenter les choses, d'expliquer ou de penser un événement) car les évangélistes étaient juifs." (p.346) "ainsi que l'ont montré les travaux de chercheurs comme Jean Carmignac et Claude Tresmontant"

Autant de questions que nous avons le droit de nous poser même si nous pressentons qu'elles vont remettre en question des opinons auxquelles nous avons adhéré parce que la plupart des chercheurs les enseignaient hier et avant hier.

 

 

9 - L'informatique

permet désormais de vérifier

 

Ce que propose Bruno Guérard rejoint la pratique de nos groupes bibliques.

Depuis 2012 j'utilise principalement Bible Parser de Didier Fontaine pour son efficacité.

J'emploie également l'interlinéaire grec-français du Nouveau Testament

Le Lexique grec hébreu de "Enseigne-moi", accessible gratuitement sur internet, rend de grands services, en visualisant instantanément les passages utilisant le mot hébreu ou grec, sur lequel on fait une recherche. Leur lecture permet de vérifier s'ils correspondent ou non à l'hypothèse qu'on formule.

Depuis 2017, Mr Soufflet propose Biblia universalis version 3 : recherches ultra rapides, avec diagrammes instantanés très parlants. Cet outil simple à maîtriser, permet à l'utilisateur de se formuler des hypothèses, et de savoir presque immédiatement si elles sont fondées, significatives ou sans intérêt.

L'utilisation de ces moyens informatiques offre à chaque lecteur les moyens de devenir un "chercheur", imaginant et vérifiant ses hypothèses.

 

Avec Guérard je me pose la question : comment se fait-il que l'utilisation de l'informatique ne soit pas devenue plus systématique pour fouiller la profondeur de la bibliothèque biblique ? Selon ma pratique de ces outils, je suis persuadé que le travail sur les mots, les expressions, les automatismes, les genres littéraires bibliques permettra, très prochainement, de réaliser des bonds en avant dans la connaissance rationnelle et fondée de ces textes.

 

Dans le passé, les massorètes ont obtenu des résultats remarquables en comptant et comparant les mots hébreux... "à la main". Nous pouvons désormais obtenir des résultats beaucoup plus amples. C'est comme si nous réalisions une IRM sur l'ensemble des textes bibliques. Il en résulte de nouvelles hypothèses concernant, notamment, la datation quand on les compare avec des textes dont on connaît par ailleurs la date de rédaction.

BG utilise les potentialités de l'informatique pour comparer les titulatures ou titres donnés à Dieu et à Jésus dans le NT. Il voit se dessiner une chronologie plausible entre les évangiles, puis entre les évangiles et les lettres de Paul, elles-mêmes datées sur une période allant de 51 à 60/61 pour Colossiens, épître certainement antérieure à 60/61, date de la disparition de la ville de Colosses dans le tremblement de terre.

Viennent ensuite Jacques, et la Lettre aux Hébreux, sans oublier l'anthropologie de Jude, de la première Lettre de Jean, de la première lettre de Pierre, et finalement de l'Apocalypse dans le chaos des années 68 à 70.

Guérard développe son argumentation au long des 330 p. de sa "Géopolitique du Nouveau Testament" sous-titrée "été30-été70", publiée chez Golias en juin 2015.

 

Je sonde personnellement les mots disciples et frères. J'en fais part à Bruno Guérard.

Le dialogue se développe entre nous. Je découvre sa façon de fonctionner. Esprit vif et rapide, il formule des hypothèses, les travaille grâce à l'informatique pour en vérifier le bien fondé. D'hypothèses en hypothèses, il élabore une chronologie plausible, à partir de certains mots significatifs, de leurs rapports avec le contexte politique, économique, littéraire, de leurs rapports avec la naissance et l'expansion des petites communautés de chrétiens dans le monde méditerranéen des années 30 à 60, Juif, Grec, Romain.

Il livre une pensée vivante, en recherche. Il avance à petits pas, se répétant pour être certain que le lecteur comprend, lui aussi, de mieux en mieux comment des hypothèses sont en train de devenir des éléments dont il faudra désormais tenir compte au lieu de répéter des datations, incrustées dans les mémoires, mais qui doivent être vérifiées à frais nouveaux. J'y reviendrai par la suite.

 

 

 

10 - Comment écrivait-on

dans les années 30 à 60 ?

 

 

Dans "L'épopée du livre", publiée chez Perrin, en 1985, après dix années d'enseignement à l'Institut patristique de Rome, A.-G. Hamman rappelle : "Dans l'Antiquité, lire, écrire, étaient de véritables métiers, exercés par ceux qui avaient été formés pour cette tâche. Pline l'Ancien avait son lecteur qui l'accompagnait en voyage. Cicéron, pour écrire, recourait à des esclaves... Les anciens préféraient dicter plutôt que d'écrire. L'écriture exigeait une technique difficile et pénible." (p.13).

 

Hamman développe ce rapport entre la dictée, l'écriture, la sténographie, le travail du copiste, l'utilisation du papyrus et du parchemin, l'atelier du copiste, l'édition, les vols de manuscrits, la falsification des textes... Passionnant !

Nous savons que Paul dicta la plus grande partie de ses lettres. Ce qui impose des contraintes auxquelles nous ne pensons pas. Pour écrire, il faut acheter un support coûteux et payer un scribe. Pour faire des copies, il faut une équipe encore plus coûteuse.

" En venant, rapporte-moi le manteau que j'ai laissé à Troas chez Carpos. Apporte moi aussi mes livres (biblia), surtout les parchemins (membrana)" (2 Tim 4, 13)

D'où l'extrême attention apportée aux écrits, aux copies, à leur diffusion et à leur lecture.

"La salutation est de ma main à moi, Paul. Je signe de cette façon toutes mes lettres, c'est mon écriture." (2 Thes 3, 17).

Les lignes qui suivent représentent, à ma connaissance, la plus longue rédaction olographe, écrite de la main de Paul qui vient de terminer la dictée de sa lettre aux Galates.

" Regardez ce que j’écris en grandes lettres pour vous de ma propre main.

Tous ceux qui veulent faire humainement bonne figure, ce sont ceux-là qui vous obligent à la circoncision ; ils le font seulement afin de ne pas être persécutés pour la croix du Christ. Car ceux qui se font circoncire n’observent pas eux-mêmes la Loi ; ils veulent seulement vous imposer la circoncision afin que votre chair soit pour eux un motif de fierté. Mais pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. Ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle. Pour tous ceux qui marchent selon cette règle de vie et pour l’Israël de Dieu, paix et miséricorde. Dès lors, que personne ne vienne me tourmenter, car je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus. Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit. Amen." (Galates 6,12 à 18, finale de la lettre).

On peut estimer que Paul a voulu résumer sa pensée, en l'écrivant de sa propre main, pour conclure la lettre polémique dictée pour convaincre les Galates, résidant en Asie mineure, actuelle Turquie.

" Je vous en conjure au nom du Seigneur, que cette lettre soit lue à tous les frères". (I Thes 4, 27). Si Paul s'exprime ainsi dès l'année 51, c'est que l'écrit existe de façon bien établie, qu'on y consacre de l'argent et du temps, qu'on le fait circuler, qu'on le commente, qu'on sait dicter, qu'on a un secrétariat. "Timothée, mon compagnon de travail, vous salue, ainsi que Lucius, Jason et Sosipatros, qui sont de ma parenté. Moi aussi, Tertius, à qui cette lettre a été dictée, je vous salue dans le Seigneur. Gaïus vous salue, lui qui me donne l’hospitalité, à moi et à toute l’Église. Éraste, le trésorier de la ville, et notre frère Quartus vous saluent." (Romains, 16, 21 à23). Voici toute une équipe d'associés. On écrivait bien plus que nous ne l'imaginons généralement.

Pierre confirme qu'on écrit beaucoup, que certains déforment le sens des écrits, notamment ceux de Paul, effectivement plus difficiles à comprendre que les textes évangéliques (2 Pierre 3, 1).

 

L'importance des textes et de leur lecture dans les années 50 à 60

"Je vous en conjure par le Seigneur : que cette lettre soit lue à tous les frères" (I Thes 5, 27,année 51)

"Quand on aura lu cette lettre chez vous (Colossiens), faites en sorte qu'on la lise aussi dans l'église de Laodicée; lisez aussi vous-mêmes celle qui vous viendra de Laodicée...La salutation est de ma main à moi, Paul. Souvenez-vous que je suis en prison." (Colossiens 4, 16-18).

 

Autre fait historique concernant la ville de Colosses.

Xénophon, philosophe et chef militaire (Athènes 430 av JC à 335) parle de Colosses dans son Anabase. La ville était importante, liée à Hierapolis et à Laodicée. Un tremblement de terre l'a détruite en 60/61 de notre ère. Le site est abandonné. Actuellement, c'est à Honaz en Turquie que font escale les touristes désireux d'évoquer la lettre aux Colossiens. Nous l'avons fait lors d'un pèlerinage œcuménique organisé par la SBF et rassemblant des lecteurs de "La Bible expliquée". On séjourne généralement à proximité, à Pammukalé, célèbre par ses eaux chaudes.

Avec Guérard, j'accorde grande importance à cette culture de l'écrit, à la capacité de certains d'exprimer une pensée personnelle en passant eux-mêmes de la pensée à l'écrit, sans se contenter de confier leurs pensées à la mémoire orale d'une ou plusieurs communautés pour qu'elles la laissent mûrir et finissent par la mettre par écrit plusieurs dizaines d'années plus tard. Sans aucune nécessité. Mais en faisant courir de grands risques au témoignage que les évangélistes voulaient transmettre concernant les actes, l'enseignement et l'identité de Jésus. A commencer par le jeune rédacteur que nous appelons Jean.

Si Jean ne se contente pas d'observer Jésus, de l'accompagner, d'engranger dans sa mémoire les enseignements de Jésus, de quels moyens doit-il disposer pour mettre par écrit un certain nombre de textes ? Moyens financiers, supports, locaux discrets pour échapper à la connaissance de ceux qui s'opposent radicalement à l'enseignement de Jésus ?

Guérard aborde ces questions dès le chapitre 2. Au chapitre 3, il emprunte à Joseph Moingt la notion de rumeur et de clandestinité. Il rappelle que Jésus a vécu ses derniers mois dans la clandestinité. Effectivement, il est difficile d'imaginer que, peu de jours après sa crucifixion, la petite communauté de ses disciples se serait manifestée au grand jour à Jérusalem. Elle a dû vivre cachée, elle aussi, comme Jésus.

Combien de temps lui a-t-il fallu pour passer de la clandestinité aux premières apparitions publiques ?

Du rejet de Jésus, le blasphémateur condamné par les autorités de son peuple, aux discours de Simon Pierre, les accusant sans hésitation : vous l'avez rejeté, livré ?

Le début des Actes des Apôtres compacte probablement les délais.

 

Deux cas particuliers :

- les chapitres 13 à 17 de Jean

L'évangéliste semble avoir volontairement rapporté dans ces chapitres un certain nombre d'enseignements de Jésus qu'il trouvait important de mentionner et qui n'avaient pas trouvé place dans les chapitres 1 à 12. Il les situe dans le cadre d'une longue veillée où Jésus, avant sa passion et sa résurrection, complète la formation de ses disciples - qui en avaient réellement besoin.

Luc situe cette initiation au sens des Ecritures après la résurrection de Jésus : sur le chemin d'Emmaüs et ensuite (Luc 24).

Jean développe, répète, ajoute et additionne, en utilisant des mots clés, des mots crochets. On discerne un rapprochement de "micro discours" à lire comme tels. La composition n'est pas unifiée, alors que l'évangéliste est maître dans l'art des compositions unifiées autour de certains personnages, Jean le Baptiseur, Nicodème, la femme de Samarie, le paralysé de la piscine aux cinq portiques, l'aveugle de naissance... Jean sait également regrouper des récits autour de certains lieux : Béthanie d'au-delà du Jourdain, Cana de Galilée, les bords de Tibériade, Capharnaüm et sa synagogue, Béthanie proche de Jérusalem.

- Le Prologue

Le ch. 1, couramment appelé "prologue", fait exception à cette règle. Nos groupes bibliques y ont recensé au moins 20 appellations ou titres différentes données à Jésus, alors que tout au long de son évangile Jean utilise seulement le prénom Jésus pour le désigner. Il l'emploie 261 fois. Hypothèse : le "prologue" n'aurait-il pas été rédigé plus tardivement par Jean ? et placé en-tête comme grand révélateur de l'identité de Jésus que Jean va développer tout au long des chapitres suivants ? Peut-on le comparer à une "ouverture" d'opéra mixant les thèmes déjà composés pour l'ensemble de l'opéra ?

 

Rappelons les datations couramment admises.

Crucifixion de Jésus en l'an 30.

Saul a peut-être résidé à Jérusalem comme disciple de Gamaliel entre les années 20/25, avant le début du ministère public de Jésus, daté de l'année 27. Saul serait né à Tarse entre les années 5 et 10. Il aurait été plus jeune que Jésus.

Automne 36, le Préfet Pontius Pilatus est rappelé à Rome. Hiver 36/37 martyre d'Etienne (ou dès 34/36 ?). Dispersion d'une partie de la communauté des disciples de Jésus. Conversion de Saul sur le chemin de Damas, vers les mêmes années : il est accueilli par la communauté de Damas qu'il venait persécuter.

 

Vers 37, fondation de la communauté chrétienne d'Antioche. Révolte des Juifs à Alexandrie vers l'an 39 : Antipas exilé en Gaule.

Vers 39 Paul s'échappe de Damas et fait une première visite aux responsables de l'Eglise de Jérusalem. Vers 43, Barnabé et Paul sont à Antioche.

Vers 43 ou 44, lors de la Pâque, Hérode Agrippa I fait décapiter Jacques, frère de Jean Zébédée. Entre 45 et 46, première mission de Paul et Barnabé.

Vers 48, famine en Judée. En 49, Claude "chasse de Rome les Juifs qui s'agitent "à l'instigation de Chrestos" (Suétone).

En 48/50 Assemblée de Jérusalem.

En 51, première lettre de Paul aux Thessaloniciens.

50/52, deuxième mission de Paul.

Impossible de faire l'impasse sur l'opposition farouche aux disciples de Jésus, à Jérusalem, entre les années 30 et les années 36 à 39 (lapidation d'Etienne, persécution conduite par Saul jusqu'à sa conversion en 37/39). Soit une période de 6 à 9 ans.

 

Questions. Si le jeune Jean est en train de rédiger un certain nombre de textes de son évangile, et à Jérusalem, il ne peut rien divulguer publiquement sous peine de subir immédiatement soupçons, accusations, mise en examen et risque de lapidation. Il doit impérativement demeurer anonyme.

Et si, comme certains le pensent, ce jeune rédacteur est fils de prêtre du temple de Jérusalem, (et donc prêtre lui-même par naissance) il n'en est que plus exposé à la persécution dans son "milieu sacerdotal".

D'où les recherches de BG, toujours à partir de l'analyse informatique. De nouvelles hypothèses apparaissent concernant le délai entre la clandestinité et le discours public : entre le rejet des disciples du blasphémateur et la tolérance à leur égard.

La situation de "Jean dans la rumeur" se précise au chapitre 4 et à sa conclusion. Grâce aux tableaux, courbes et graphiques des ch. 5 à 7, BG affine ses hypothèses en situant Jean au cœur des évangiles des premiers temps, rédigés eux aussi pour l'essentiel durant les années 30 à 50 ou 60.

 

Toujours à propos des datations. Les Prophètes ont pris soin de dater certaines de leurs interventions en citant les rois de l'époque, certains personnages ou faits connus de tous....( Es 6,1; 7,1; 20, 1; -

Les spécialistes n'ont pas systématiquement mis en doute l'historicité de ces datations. Elles sont entrées dans les chronologies de toutes les Bibles.

L'Evangéliste que nous appelons Jean s'est inspiré de cette vieille habitude ent donnant lui aussi des précisions datées:

 

 

 

11 - Substrat hébreu, sémitismes...

et plurilinguisme.

 

Guérard aborde cette question dès le début du "disciple adolescent" (p.9 à 25). Il décèle que l'évangéliste est un "habitant cultivé de Jérusalem" (et non pas un galiléen... donc pas un fils de Zébédée...), connaissant bien l'hébreu et le grec.

Nous l'avons observé dans nos groupes de lecture : Jean décrit longuement l'entretien de Pilate et de Jésus, les entrées et sorties de Pilate, le progrès de la mise en examen de Jésus. Cet entretien ne s'est pas déroulé en latin, les occupants romains n'ayant pas imposé la langue latine aux pays qu'ils occupaient. Pilate utilisait très vraisemblablement le grec pour se faire comprendre, y compris de Jésus, des Grands prêtres et des gens assemblés à proximité du prétoire, mais dehors pour ne pas se souiller en entrant chez un païen juste avant de manger la Pâque juive le soir même.

Jean mentionne l'écriteau trilingue placé sur la croix de Jésus et rédigé par Pilatus en hébreu, en latin et en grec.

Jean ne relate aucune difficulté de Jésus le Galiléen pour comprendre ces trois langages... auxquels il faut probablement ajouter l'araméen comme langue parlée avec ses compatriotes.

 

Quand Jésus prend la parole dans le temple pendant la fête des tentes, Jean rapporte l'étonnement des Juifs cultivés de Jérusalem : "Comment celui-ci connait-il les lettres lui qui n'a pas étudié ?" (7,15). Façon de dire : il en sait beaucoup plus que ce que nous pensions de lui.

En lisant ce que disait Guérard sur le trilinguisme probable de Jésus, et de l'évangéliste Jean, j'ai d'abord pensé qu'il s'agissait d'une question sans grand intérêt. J'ai changé d'avis en voyant comment "fonctionne" une personne pratiquant plusieurs langues, en l'occurrence connaissant l'hébreu, le grec, le latin, le français. Tout naturellement, le grec de l'évangile de Jean émet des harmoniques dans sa tête, évoque des mots hébreux liés eux-mêmes à un ensemble de textes significatifs du Premier Testament.

Pour ma part, j'adhère à cette influence du plurilinguisme dans la rédaction de Jean. Un mot grec peut devenir passerelle vers le mot hébreu correspondant et ce que l'hébreu en dit enrichit la compréhension du mot grec.

 

En voici un exemple à partir du Notre Père en grec.

Le mot Père évoque les mots correspondants de l'hébreu et leurs harmoniques. Il en va ainsi pour le Nom souvent mentionné depuis l'épisode de la tour de Babel. De la même façon, sanctifier renvoie au mot hébreu correspondant, à sa signification et à sa présence dans d'autres contextes bibliques.

Il en va de même pour les Cieux. Et pour le Règne, ainsi que pour la Volonté.

Je comparerais volontiers avec ce qui se passe sur les arborescences des ordinateurs : si vous cliquez sur un mot ou une image vous voyez apparaître d'autres mots ou images liés. Chaque mot peut devenir source.

 

Quand Jésus prie pour ceux qui croiront en lui à cause de la Parole des disciples, (Jn 17,20) cette Parole évoque le Verbum latin, le Dabar hébreu, créateur depuis la première ligne de la Genèse où ce qu'il dit devient réalité. Une Parole de cette densité appartient à Yhwh depuis les origines, elle réalise, elle s'incarne et devient chair, personne humaine, elle-même liée à la Bonne Nouvelle. Feu d'artifice de sens suggérés.

 

Dans cette même prière, Jésus prie pour que tous ses disciples soient Un.

Jean répète ce Un, qui évoque Dieu en hébreu, celui qui est Un. L'Un est divin. Dès le commencement, en-tête, premiers mots de Genèse 1,1 et de Jn 1,1. Avec les autres mots liés au jour Un (et non pas au premier jour), cieux, terre, eaux, ténèbres, souffle, lumière, jour, nuit Jean choisit ses mots grecs pour nous faire penser aux harmoniques des mots hébreux commencement, parole, vie, lumière, ténèbres.

Ainsi "fonctionne" le jeune rédacteur du quatrième évangile.

Les mots grecs qu'il choisit évoquent les mots hébreux qui vivent dans son plurilinguisme.

La question se pose : est-ce l'hébreu qui fut premier et le grec qui devint second pour transmettre le premier dans la langue du rédacteur ?

 

Le débat évoqué par Carmignac et Tresmontant sur le substrat hébreu du texte johannique mérite d'être complété en tenant compte du plurilinguisme de Jean. Non plus seulement selon l'hypothèse d'une rédaction initiale de Jean en hébreu, perdue, et dont nous n'aurions plus que la traduction grecque. J'y reviendrai en évoquant le débat sur "le Christ hébreu".

 

 

 

12- Le "style" de Jean enrichit son "écrit"

 

 

L'évangéliste Jean rédige d'une façon très personnelle, bien différente de Matthieu, Marc et Luc.

Il joue sur plusieurs niveaux: - celui du récit, de l'exposé, occupant l'essentiel du texte - celui des petits détails ouvrant ou refermant un ensemble et permettant de le repérer, voire de le dater par rapport au temps, aux fêtes, aux saisons, il fait froid ou c'est la nuit, par rapport au lieu où se déroule le récit - le niveau des précisions ajoutées pour la documentation et la juste interprétation du lecteur - le niveau des réflexions personnelles que Jean formule en remarquant que lui ou les disciples n'ont pas compris lors de l'événement mais plus tard, après relèvement de Jésus d'entre les morts - et le niveau des réactions de la foule, des opposants de Jésus ou de ceux qui croyaient en lui. Ces niveaux sont tellement incrustés dans le texte qu'ils permettent de dire : "C'est typiquement de Jean".

Il y a bien un style johannique, un type de rédaction johannique.

 

Questions : Est-ce dû à plusieurs écoles tardives ? Comment plusieurs écoles de disciples tardifs auraient-elles pu s'ajuster, s'aligner sur un seul type de rédaction à ce point identifiable ? Il est permis de préférer l'hypothèse d'un seul rédacteur, témoin des faits, prenant lui-même du recul par rapport à ce qu'il écrit ou a écrit, ajoutant ses propres réflexions en se relisant.

 

" Il faut, il convient", il est impossible qu'il en soit autrement.

 

L'évangéliste Jean le répète pour nous transmettre sa vision, sa réflexion.

"Il vous faut être engendrés d'en haut, ou de nouveau" (3,7)

"De même que Moïse...il faut que le fils de l'homme soit élevé" (3,14)

"Il fallait que lui-même traversât la Samarie" (4,4)

"Vous, vous dites qu'il faut adorer à Jérusalem" (4,20)

"Les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité. En effet, le Père" cherche de tes adorateurs. Dieu est Esprit et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en esprit et vérité(4,22 à 4,24)

"Il faut œuvrer les œuvres de celui qui m'a envoyé tant qu'il fait jour" (9,4)

"J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos. Celles-là, il me faut les conduire, elles entendront ma voix, et deviendront un seul troupeau, un seul berger" (10,16)

"Ils ne comprenaient pas encore l'Ecriture (affirmant) qu'il faut que lui (Jésus) se lève (anastasis) des morts" (20,9).

Le "il faut" ne caractérise pas une négation de la liberté, une obligation s'imposant à des personnes dont l'histoire serait écrite par avance. Il propose un regard approfondi sur des événements importants, invitant à conclure qu'il ne pouvait pas en aller autrement, compte tenu de ce que sont les personnes, et compte tenu surtout du dessein bienveillant que poursuit le Père au bénéfice du salut, de la liberté, de la grandeur des humains qu'il aime.

 

Les "il faut" disparaissent presque totalement de la littérature paulinienne. Il n'y en a plus besoin : Jean les a déjà fait comprendre. Notez accessoirement que Jean mentionne sept "il faut".

Chez Jean, le petit détail devient une clé.

Minuscule : "il faut", "il convient", trois lettres en grec, dei, ou 4 dans le verbe edei au passé, "il fallait".

Cette clé ouvre une porte. En l'ouvrant nous entrons dans une vaste salle remplie de lumière où nous observons des sculptures, des peintures, des aménagements, des documents historiques, des témoins vivants, discutant entre eux et nous proposant leurs convictions, leur connaissance des textes bibliques. Ces témoins d'hier s'adressent à nous. Ils nous demandent ce que nous pensons aujourd'hui en lisant, méditant, analysant les textes bibliques, à la lumière de la culture actuelle, des réactions sur les réseaux sociaux, des questions posées par nos contemporains, divers, croyants, non croyants, agnostiques, chercheurs de sens, de sagesse, de spiritualité, de progrès en humanité.

 

Jean choisit des mots précis, riches de sens. Ils méritent d'être mieux compris et respectés. En voici plusieurs exemples.

 

- Les vies, l'âme, la psychè.

Quand le rédacteur a plusieurs mots grecs pour parler de la "vie", (bios, zoè, psuchè), s'il en choisit un qu'il répète, pourquoi ne pas tenir compte de son choix ?

Dans l'expression "il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime", c'est toujours le mot "psychè" que choisissent les rédacteurs évangéliques. Ils nous invitent donc à traduire par "âme", avec le sens de "intime conviction de conscience". Transmettre, exprimer ce qu'on pense, ses valeurs, le sens et la sagesse qu'on donne à sa façon de vivre: au lieu de rester muet sur ce point avec ses amis.

Jésus a tout transmis à ses proches concernant sa façon de penser, de prier, de s'engager. L'expression le dit par le choix invariable du mot psychè et non pas celui de vie physique, avec son contraire, la mort physique. A force d'oublier ce choix et de préférer la traduction "donner sa vie" on a fini par déformer le sens premier de l'expression de Jésus. Je l'ai constaté à multiples reprises. Et beaucoup rechignent devant une obligation jugée au-dessus des leurs capacités courantes. En allant jusqu'au bout des contresens possibles, ou aboutit à cette traduction imprimée dans certains livres de prière : "Il n'y a pas de plus grand amour que de mourir pour ceux qu'on aime". Bien sûr, Jésus a aussi donné sa vie dans ce sens : il n'a pas reculé devant ceux qui avaient décidé de tuer le Juste qu'il était. Mais quand il demande à ses disciples d'aimer au point de transmettre ses intimes convictions à ceux qu'on aime, il ne les invite pas à se faire tuer mais à vivre pour livrer leur intimité de conscience au lieu de se murer dans le silence soit par peur, soit par égoïsme, soit par manque d'amour envers ceux qui pourraient en être aidés.

 

- Les mots de l'amour

Puisqu'il y a plusieurs mots grecs pour parler de l'amour (philia, eros, agapè, ou eleos) pourquoi dédaigner le choix de Jean dans le dialogue entre Jésus et Simon Pierre ? Comme s'il n'y avait qu'un seul mot ? En réalité ce dialogue progresse en signification grâce au mot choisi à bon escient par l'évangéliste, soit philia, soit agapè (Jn 21). Le texte gagne en signification, ce qui n'est pas le cas si on utilise seulement le verbe français "aimer", aux dizaines de sens selon le contexte.

- Temple et sanctuaire ne sont pas identiques. La fin du culte sacrificiel d'animaux.

Pas besoin d'attendre la destruction du Temple par les armées d'occupation romaine en l'an 70 pour que cessent les sacrifices d'animaux présidés par les "sacrificateurs" qu'étaient les "prêtres, nés de prêtres, de la descendance d'Aaron, selon l'institution de la première Alliance". Jean rédige de façon simple, sans mot théologique compliqué, mais il en dit plus que Matthieu, Marc et Luc. Il est plus attentif à la chronologie, à la fête de Pâque durant laquelle s'est produit l'événement, la première pâque juive de sa vie publique. Il parle en témoin qui a vu, qui a compris la portée de l'événement, et qui prend soin de nous l'expliquer. Ce rédacteur et témoin mérite une lecture plus attentive. Tous ses mots portent !

 

- Maître dans quel sens ?

Un dernier exemple. Les mots maître, seigneur, esclave, serviteur, disciples sont également différents en grec. Il y a le didaskalos, le formateur qui a des disciples, ceux qui apprennent de lui. Il y a le despotès qui dirige la marche de sa maison avec l'aide de serviteurs, diakonoi, et parfois avec des gens dont il est propriétaire, les esclaves, doulos. Il y a le kurios, qui préside la table et peut choisir librement de se lever de table pour prendre le tablier et laver les pieds des invités à la table. Ayant rapporté le fait, Jean précise : "Si je vous ai lavé les pieds, moi le kurios et le didaskalos... vous devez vous aussi... Amen, amen, Je vous le dis : un esclave (doulos) n'est pas plus grand que son propriétaire (kurios), un envoyé (apostolos) n'est pas plus grand que celui qui l'a envoyé". Nous observons une extrême précision de l'évangéliste dans le choix de chaque mot. Avec cette conclusion : "Si vous savez ces choses, heureux êtes-vous si les faites". (Jn 13, 13-17).

 

En trois versets, par le choix de ses mots, Jean nous fait comprendre la relation plurielle de Jésus envers les personnes humaines. Entre autres le sens de sa mort sur une croix comme un esclave alors qu'il était l'Homme le plus Libre. Paul pourra écrire aux Philippiens cet hymne en hommage à l'homme libre qui "ne considéra pas comme une proie d'être traité en égalité avec Dieu mais qui s'est vidé lui-même en prenant forme d'esclave... jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a sur-élevé et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom... afin que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur pour la Gloire de Dieu Père" (Phil. 2, 6 à 11).

 

Les mots et la réalité de l'esclavage dans les années 30 à 60.

Ils existent. Le Nouveau testament les emploie: en grec doulos, doulè, et en latin servus.

Nombre de traductions n'en tiennent pas compte et préfèrent le français "serviteur". Ils affaiblissent le sens.

L'exemple le plus parlant se trouve dans le "Magnificat". Nous disons : "Il s'est penché sur son humble servante", alors que le texte grec dit littéralement "Il a jeté un regard sur l'humiliation de son esclave" (Lc 1,48). Marie avait elle-même conclu l'annonce de la naissance en disant : "Voici l'esclave du Seigneur" (Lc 1,38). Quelle fut donc l'humiliation de Marie ? Matthieu nous aide à comprendre : Joseph le juste alla jusqu'à former le projet de la répudier... Il abandonna cette décision en prenant conscience de l'intervention de l'Esprit Saint (Mt 1, 18-24).

L'attention aux mots choisis par l'évangéliste Jean doit être mieux valorisée, et en certains cas purement et simplement restaurée.

Nous éviterons alors d'imaginer ou de laisser croire que Jésus serait un Maître et Seigneur (deux mots répulsifs dans la culture actuelle) profitant de la situation pour se faire obéir comme un tyran, en vue de régner sur des gens qu'il traiterait en esclaves.

Grâce aux mots qu'il choisit, Jean fait comprendre l'exacte signification des gestes et enseignements de Jésus. Paul les rappellera aux Philippiens quelques années plus tard (Phi.2, 5 à 12).

 

 

 

 

13 - Jean amorce des interprétations riches et neuves

 

Voici quelques éclairages nouveaux nés de notre lecture en dialogues.

 

- Cana, principe des signes.

L'ensemble ou bloc 3 sur Cana nous fit découvrir que le vin des noces et de l'Alliance nouvelle allait remplacer les purifications répétitives utilisant d'incroyables quantités d'eau. Que l'Alliance entre Dieu et son peuple pouvait devenir une fête, célébrée sept jours pleins ; que cette profusion de vin de grand cru méritait d'être appelée "prototype" des signes, mis par écrit "pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et pour que, en croyant vous ayez vie en son Nom" (Jn 20, 31).

Des sens nouveaux jaillissaient. Il ne s'agissait plus d'un coup de baguette magique de Jésus visant à corriger l'imprévoyance du traiteur n'ayant pas tenu compte des habituelles consommations de vin, ou de l'économie réalisable en donnant le vin le moins bon lorsque les invités ne sont plus capables d'apprécier le meilleur.

La remarque de "la mère" de Jésus, première invitée à l'Alliance nouvelle, devenait une révélation. "Ils n'ont plus de vin" signifiait ceci : l'Alliance a perdu sa joie, la tristesse a remplacé la fête, l'amour n'est plus au cœur du rapport avec Dieu. Désormais donc, suggère "la mère", "faites tout ce que vous dira" le fils. Voici le "prototype", le "principe", le "premier" des comportements nouveaux dans l'Alliance, la relation avec Dieu. "L'heure" est venue : elle vient de sonner.

"Tel fut le principe (archè, en grec) des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui" (Jn 2,13).

Cana n'est pas un acte de générosité en faveur de noceurs ayant déjà trop bu, et qui en demandent toujours plus. A la limite un acte inconsidéré de Jésus.

Guérard ajoute : "le disciple, témoin direct de ce qui se passe autour du Maître, est très attentif à ce qui se passe aussi en lui-même ou dans l'intime des disciples... témoignant ainsi de l'engagement d'un auteur qui se décrit lui-même au cœur de l'histoire qu'il a mission de rapporter" (p. 96 à 106 du Disciple adolescent).

 

- Jésus chasse les vendeurs installés dans le temple. Il annonce surtout le renouvellement du culte.

 

Dans nos groupes bibliques, nous avons accordé une importance prioritaire au vocabulaire distinguant le naos, lieu très saint de la présence de Yhwh, et le hieron, imposant emplacement de 13 hectares sur lequel se déroule l'épisode des vendeurs chassés du temple. S'agit-il prioritairement d'un coup de colère de Jésus contre les commerçants mettant à la disposition des pèlerins les animaux ou monnaies dont ils avaient besoin pour participer à la pâque ? ou d'une décharge d'agressivité de Jésus contre les responsables de la gestion du temple qui les avaient autorisés, moyennant royalties, à ramener les animaux depuis le mont des Oliviers jusqu'à l'esplanade du temple ?

En choisissant deux mot différents, l'évangéliste nous oriente vers la signification qu'il favorise. Il écrit : "Détruisez le "sanctuaire", celui-ci, et en trois jours je le relèverai". Il commente lui-même : "Celui-là parlait du "sanctuaire" de son corps. Quand donc il fut réveillé d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il disait ceci et ils crurent à l'écriture et à la parole que Jésus a dite" (2,22). L'évangéliste ne s'intéresse pas d'abord à l'expulsion des marchands autorisés. Il centre l'attention sur le changement de sens de la célébration de la pâque : elle ne reposera plus sur l'immolation d'animaux substituts, mais sur l'offrande libre et personnalisée de chacun, devenant ainsi nouveau lieu saint de la présence de Dieu.

Je demeure très étonné par l'absence d'attention de la plupart des traducteurs aux deux mots différents choisis par l'évangéliste : naos, ou hieron. En utilisant seulement le mot hieron, temple, ces traducteurs nous privent de la finesse du sens choisi par l'évangéliste. Ils nous en privent, tout comme les synoptiques (Mt 21,15 ; Marc 11,15 ; Luc 19,45) qui rapportent l'épisode après l'entrée de Jésus dans Jérusalem, juste avant sa passion. Les synoptiques n'avaient pas le choix puisqu'ils mentionnent une seule montée de Jésus à Jérusalem; à la différence du quatrième évangile, selon Jean, qui distingue nettement trois montées de Jésus à Jérusalem pour la pâque juive.

Paul reprendra le mot naos, sanctuaire, pour dire aux Corinthiens : "et ce sanctuaire, c'est vous" (1 Cor 3,16 et 6,16). L'apocalypse utilisera 12 fois ce mot grec, naos. Notamment en 21, 22 : "Je ne vis pas de sanctuaire dans cette ville, car elle a pour sanctuaire le Seigneur Dieu tout puissant et l'Agneau. Et la ville n'a pas besoin de soleil ni de lune pour l'éclairer : en effet, la Gloire de Dieu l'a illuminée et l'Agneau est son chandelier. Et les Nations marcheront à sa Lumière, ... et ses portes ne seront jamais fermées, de jour et de nuit il n'y aura plus...". Tel est annoncé le rapport de l'humanité à Dieu et à l'Agneau.

De Genèse 1 jusqu'à Apoc 21/22, la bibliothèque biblique nous fait passer des signes et symboles à la réalité ultime, eschatologique. Le rédacteur Jean en est conscient. Il choisit les mots et construit ses récits pour que ses lecteurs en prennent conscience.

Ajoutons un argument tiré de la référence à Jérémie par l'évangéliste (Jn 2,16) . Ce prophète parle à plusieurs reprises du mauvais culte auquel il faut mettre fin. Il ne vise pas l'aspect commercial , mais le comportement double, des pratiquants: ils vont au temple pour célébrer le culte prescrit par les règles liturgiques. Mais chaque jour ils violent les commandements qui demandent de ne pas dépouiller les pauvres, de ne pas commettre des meurtres, soutenir des faux témoignages, accaparer ce qui ne nous appartient pas. ( Jr 7,5 à 12, est-elle à vos yeux une caverne de bandits ? c'est ainsi que je la vois, oracle de Yhwh". - Jr 18, 13-17 - Jr 19 tout entier: "Ils ont brûlé de l'encens pour d'autres dieux...rempli ce lieu du sang des innocents..." - Jr 22, 13 à 23 - Jr 23, 1 à 7, contre les mauvais pasteurs qui ne s'occupent pas de conduire le peuple - Jr 23, 14 à 24, 32, contre les mauvais prophètes qui égarent mon peuple par leurs mensonges et leurs vantardises ).

Esaïe reprochait au peuple la même dissociation entre fidélité au culte et infidélité à l'Alliance. (Es chapitre 1 tout entier). Ezéchiel fera au peuple les mêmes reproches dans la parabole des amours coupables de Jérusalem (Ez chapitre 13, la prostitution désignant l'idolâtrie)

Jésus chasse ceux qui représentent un culte mensonger: les vrais coupables demeurent invisibles, grands prêtres, anciens, responsables du Judaïsme. C'est eux que vise Jésus. Ils le comprennent et voudront le faire taire.

Jésus affirme ainsi la nécessité prioritaire: mettre en pratique ce que commande l'Alliance, chaque jour de la semaine, sans pour autant négliger un temps de type cultuel, une fois tous les sept jours, selon Genèse 2, 1 à 4, première partie du verset.

L'épisode ainsi compris n'est plus le plat récit d'un coup de colère de Jésus.

Nous l'avons constaté, beaucoup de chrétiens "réduisent" l'épisode à un moment de colère, voire de violence, vécu un jour par Jésus, avec toutes sortes de commentaires inadéquats sur la violence, l'expulsion... Le sens donné par Jean à son texte passe alors inaperçu.

 

Ce bloc 4 permet à BG d'évoquer l'influence d'Eusèbe de Césarée (265 à 339) concernant l'hypothèse d'une rédaction tardive des évangiles, notamment de Jean, bien après l'année 70, année de la destruction et de l'incendie du temple de Jérusalem (p. 112).

 

- Nicodème représente les responsables et décideurs du Judaïsme.

Deux mots caractérisent Nicodème : c'est un "chef" des Juifs, un "docteur d'Israël", chargé d'enseigner officiellement le peuple. Un "pharisien" au bon sens du terme.

Il vient "de nuit". Il parle au nom de plusieurs en disant " nous savons que tu es venu de la part de Dieu".

Jésus affirme d'emblée une de ses convictions personnelles : toute personne humaine doit vivre une seconde naissance, d'en haut, d'eau et d'esprit.

Nicodème est désarçonné. Et Jésus le laisse sur une question : "Toi, tu es le docteur d'Israël et tu ne connais pas cela ? "

L'évangéliste nous invite à voir en Nicodème non pas seulement un individu de bonne volonté mais un représentant officiel des hauts responsables religieux en place. Ceux-ci se posent des questions sur la légitimité de Jésus, sur sa conformité avec la doctrine officielle du judaïsme. Ils avaient déjà ouvert une enquête sur le Baptiste (1, 19). Ils ouvrent maintenant le dossier Jésus en députant Nicodème, discrètement, de nuit, mais sans l'accuser pour l'instant.

Plus tard leur enquête deviendra mise en examen, puis condamnation à mort de Jésus (7, 45 à 53).

Jésus, quant à lui, développe sa conception de l'existence humaine réussie : naître à un second niveau, se laisser conduire par le souffle de Dieu, imprévisible, désarçonnant.

Deux visions fort différentes du lien religieux sont ainsi évoquées : celle de la religion officielle et celle du fils de l'homme qui proclame solennellement : "Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné le fils, l'unique pour que quiconque croit en lui ne soit pas perdu mais qu'il ait la vie éternelle" (3.17 suivi du mini enseignement qui développe la même conviction et termine le bloc 5, Jn 3,17 à 21).

Le texte de Jean prend une autre dimension.

Ce n'est pas d'abord la rencontre très privée, de nuit, entre un "notable" et Jésus. Il s'agit d'une enquête préliminaire. Elle évoluera, toujours en relation avec Nicodème, injurié par ses pairs (Jn 7, 50 à 53). Elle deviendra condamnation et livraison de Jésus à Pilate pour sa mise à mort par crucifixion. Nicodème interviendra une dernière fois pour honorer celui dont il avait reconnu, dès le premier contact, qu'il venait de la part de Dieu, le Yhwh d'Israël. Jean est le seul évangéliste à parler de Nicodème (dont le nom, en grec, signifie "peuple vainqueur").

 

- La femme de Samarie ouvre son pays

à la réconciliation voulue par Jésus.

 

Encore un exemple montrant que la lecture attentive du texte par bloc, respectant le vocabulaire choisi et les notations d'entrée ou de finale du bloc, permet de détecter les intentions probables du rédacteur Jean.

Dans nos groupes, nous avons lu et relu les précisions concernant les baptêmes que Jésus faisait. " Jésus quitta la Judée et se rendit de nouveau en Galilée. Il fallait qu'il traversât lui-même la Samarie" (sic, 4,4). Il lui fallait : dans quel sens ? Géographique ? Pas nécessaire, c'était la route la plus difficile, pénible, montagneuse. La plus commode consistait à remonter la vallée du Jourdain.

D'où l'autre hypothèse justifiant ce "il lui fallait lui-même". Jésus sait bien que Juifs et Samaritains ne se parlent plus depuis plusieurs siècles. Le schisme a fait son œuvre. Or Jésus vient rassembler, réunir, réconcilier.

Il sait bien que le monde masculin et le monde féminin communiquent mal.

Il choisit d'aborder la Samarie en s'arrêtant dans un lieu historique, la source du puits de Jacob. Il choisit de s'asseoir précisément là pour dialoguer, dans la pleine lumière de midi, avec une "femme de Samarie" qui vient "puiser de l'eau" à cette heure improbable. Il ne se passe rien de miraculeux. Aucun "signe" impressionnant. Jean développe un dialogue en crescendo entre la "femme de Samarie" et "l'homme Juif" qui se présente comme quelqu'un qui attend quelque chose de cette femme représentant les attentes, les questions et la foi des gens de Samarie. "Je sais que le Messie vient, celui qu'on appelle Christ : quand il viendra, celui-là, il nous annoncera tout".

Et Jésus révèle son identité. Pour la première fois dans la construction de son évangile : Moi, Je Suis, moi qui te parle".

Jean met ainsi en valeur le rôle déterminant de la "femme de Samarie" comme témoin, missionnaire près de ses compatriotes qui finissent par reconnaître : "Nous l'avons entendu et nous savons que celui-ci est vraiment le sauveur du monde" (4.43).

Voilà pourquoi "il fallait qu'il traversât la Samarie". Pour quoi ? Pour susciter le premier mouvement de rapprochement historique entre la Samarie et le Judaïsme, rapprochement confirmé par les Actes des Apôtres après la résurrection de Jésus (Act. 8, 14 à 40). Le texte prend une dimension œcuménique.

La femme de Samarie comprend mieux la pensée de Jésus que les hommes disciples Juifs encore trop impliqués dans les antiques querelles entre Juifs et Samaritains, entre hommes et femmes.

Les disciples débutants de Jésus ne comprennent pas davantage que "les campagnes sont mûres pour la moisson" , que l'évangélisation est en cours et qu'elle est du ressort de chacun, ouvrier moissonneur, qu'elle commence par les "périphéries" les plus proches, et qu'il faut prier pour que le Père envoie de nombreux ouvriers à sa moisson; ceux-ci étant d'abord des hommes et des femmes du pays, avec leurs limites, et non pas des spécialistes comme on a pris l'habitude de le répéter dans certains milieux catholiques au nom d'une mauvaise compréhension de ce qu'on appelle la "vocation". Tiens ! encore un mot à soumettre à l'IRM informatique pour savoir ce qu'en dit la Bible ! (4, 31 à 38).

Jean relate des événements d'une grande portée.

Il nous livre au souffle qui devrait nous inspirer.

 

 

 

14 - Les premières victoires de la titulature.

 

Jean Astruc, médecin de Louis XV, observa que les noms donnés à Dieu ne sont pas les mêmes dans le Pentateuque : il publia anonymement ses observations sur des sources Yahwistes, Elohistes et Sacerdotales. Beaucoup de spécialistes allèrent dans le même sens jusqu'à mettre en évidence la méthode de production du Pentateuque.

Pendant des siècles, la mémoire orale a conservé des souvenirs, raconté l'histoire de certains personnages. Elle les a amplifiés, "légendés". Personne n'avait les moyens adéquats pour vérifier ce qu'avait été l'histoire exacte d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Joseph et ses frères, du peuple d'Israël en Egypte, de sa libération d'Egypte grâce à Moïse, des années passées dans le désert, de l'installation en terre promise avec Josué, des Juges qui gouvernèrent le peuple... C'était un passé inaccessible. Lorsque certains décidèrent de raconter cette histoire ils avaient toute liberté de puiser dans ces traditions orales.

Chaque rédacteur a donc choisi son angle de vue, sa perspective.

Il en résulta plusieurs versions, identifiables grâce à l'appellation ou titre donné à dieu : Elohim, Yhwh, Yhwh-Elohim. Par la suite, toutes ces versions furent assemblées en fonction des périodes ou des personnages dont elles parlaient.

En comparant les versions, il devenait possible de se faire une idée assez juste des perspectives rédactionnelles choisies par chaque rédacteur. Ainsi seraient nés les textes classés dans le début de la Bible : les cinq livres du Pentateuque, Josué, les Juges, les livres des Rois...

 

Plus tard, certaines traditions orales commencèrent à être mises par écrit, peut-être à partir de Samuel et de la naissance de la royauté avec Saül et David. Les choix rédactionnels devinrent plus cadrés ; la mémoire orale, non écrite, n'était plus la seule à transmettre des éléments susceptibles d'être rédigés et transmis "comme une histoire".

A la période des prophètes, les récits commencent à s'appuyer sur des événements contemporains. L'hypothèse de la longue "incubation" entre l'oral et l'écrit s'impose de moins en moins dans la rédaction des Livres prophétiques.

Une grande partie des textes d'Esaïe, de Jérémie, d'Ezéchiel n'a pas besoin de délai entre l'oral et sa mise par écrit.

 

Et dans le reste des textes de la Première Alliance ? La période d'incubation devient parfaitement inutile. Le rédacteur observe, réfléchit, et il rédige. La majeure partie des livres les plus récents de la Bible en hébreu ou en grec est de cet ordre.

 

Et pour les textes de la Nouvelle Alliance ?

S'agissant des premières années de ce qu'on appelait encore récemment l'ère chrétienne, le passage de la mémoire orale à l'écrit impose-t-il un délai ? Fallait-il attendre la fin du premier siècle pour rédiger l'évangile de Jean ? Fallait-il s'en remettre à plusieurs écoles rédactionnelles ?

Certains l'ont pensé, enseigné, comme une sorte de modèle global et obligatoire. D'autres ne le pensent pas, ou ne le pensent plus. J'en fais partie.

 

L'enseignement de Jésus, ses paraboles, imposent-ils une période de maturation pour passer de l'oral à l'écrit ? des années 30 aux années 90 ?

Les événements de la vie publique de Jésus imposent-ils un long délai entre les années 30 et leur mise par écrit dans les années 90 ? Au nom de quelle logique ?

 

Les récits de la Passion et de la Résurrection imposent-ils une longue période de transmission orale avant leur mise par écrit par des communautés vers la fin du premier siècle ? Au nom de quelle logique ?

 

"Le disciple adolescent" recoupe ainsi la "Lecture insolite du quatrième évangile" publiée chez Mediaspaul en 2012 par Marie-Hélène Dechalotte, sous le titre " A travers Jean". Se fondant sur la méthodologie du midrash elle présente sept études allant de la noce de Cana à Judas l'Iscariote, sans oublier "le disciple qui n'avait pas de nom". Elle accorde, elle aussi, grande importance au comptage des mots.

Guérard publie dix tableaux sur les occurrences de certains mots comme le monde, les signes, témoin, être envoyé, péché, Dieu, Père. Il compare le sens que leur donne le quatrième évangile avec celui qu'ils ont dans la source Q, dans Marc, dans Matthieu, Luc et les Actes des Apôtres (p. 174).

 

Il en tire des hypothèses de datation, allant des années 30-40 jusqu'aux années 70-80. Elargissant son regard sur l'ensemble du Nouveau Testament, il répertorie 7800 versets, quelques 4000 titulatures.

Ces nouvelles méthodes de réflexion deviendront, en 2015, sa "Géopolitique du Nouveau Testament : été 30/été 70".

 

 

 

 

 

15 - Peut-on re-dater

les écrits du Nouveau Testament

 

Relisons John A.T.Robinson, exégète et évêque anglican, ayant publié en 1976 la version anglaise de son travail "Re-dater le Nouveau Testament", éditée en français par Lethielleux en 1987 .

Voici ce qu'en écrit André Mehat :

"Ce livre est la traduction française de l'ouvrage paru sous le titre Redating the New Testament (London, scm, 1976). Il était l'œuvre d'un évêque anglican démissionnaire, dont un autre ouvrage, d'une théologie assez « radicale », Honest to God, avait soulevé des remous. Dans une postface, la traductrice donne quelques indications sur l'accueil fait à Redating, sur le retard apporté à la publication d'une traduction et sur les rumeurs nées de ce retard. Elle dément l'existence d'une "cabale » qu'on a pu imaginer au vu des réactions passionnées suscitées par le livre dès sa parution en anglais, et de la véhémence inattendue d'une « querelle des dates » dont il était une pièce importante. L'opposition générale de l'exégèse officielle, « toutes dénominations » confondues, suffit à expliquer l'hésitation des éditeurs peu soucieux de se risquer sur un ouvrage aussi décrié par leurs conseillers habituels en matière d'exégèse. L'auteur rompait en effet d'une manière qui a paru un défi, avec un « consensus », moins complet qu'on a dit mais en passe de devenir général, sur une datation relativement tardive du Nouveau Testament : presque tous les écrits en seraient postérieurs à 70. L'auteur les place tous avant cette date, parce qu'il ne trouve aucune trace sûre de cet événement majeur, la prise de Jérusalem et la destruction du Temple par les Romains. Il vérifie cette hypothèse générale en passant en revue les écrits les uns après les autres. Il discute les arguments donnés en faveur de dates plus tardives. Malgré son désir de ne pas s'engager sur ce terrain, il est amené à soutenir l'authenticité d'écrits controversés (2e Epître de Pierre, Pastorales). Son principal effort porte sur les Evangiles et les Actes des Apôtres. Il reprend la thèse que Harnack n'avait pas réussi à imposer en Allemagne en 1911, et qui situe les Actes en 63, du vivant de Pierre et Paul.

 

Il était parti de l'Evangile johannique : disciple de C. H. Dodd et convaincu que cet évangile est beaucoup plus historique qu'on a cru, il s'est demandé s'il n'était pas aussi plus proche dans le temps des événements qu'il relate. Il a été étonné de la faiblesse des arguments donnés à l'appui d'une date tardive. Il est revenu sur ces problèmes dans un livre publié à titre posthume en 1984 : Priority of John, qu'il aurait été bon de signaler, bien qu'il n'ait pas été traduit en français.

 

Un de ceux qui l'ont combattu, Pierre Grelot, rend hommage à l'érudition de ce « scholar » : c'est justice ; il faudrait ajouter un sens critique très aigu, évident pour ceux qui ont lu Redating et Priority to John ; ce n'est pas le cas de tel préfacier qui le traite comme un pieux attardé menant «le mauvais combat de la foi contre la science». La méprise est venue de ce qu'on a d'abord traduit un écrit de vulgarisation apologétique : Peut-on se fier au Nouveau Testament ? et qu'il a été utilisé par des publications s'adressant au grand public pour discréditer l'exégèse savante. Il y a une part de défense corporative dans la réaction des exégètes. La passion partisane a fait le reste. A tort ou à raison, la datation tardive passe pour « avancée » et la datation haute pour rétrograde. On l'a vu dans les débats autour des livres de Tresmontant et de Carmignac, où Robinson a été quelquefois cité. Grelot lui a consacré huit pages (96-104) dans L'origine des Evangiles (Paris, Cerf, 1986), mais il se borne à l'argument tiré de l'événement de 70 qui serait prédit ex éventu en Luc, selon une hypothèse aussi répandue que fragile.

 

A l'étranger les discussions ont été aussi rares. Dans son introduction à Luc, Fitzmyer reprend la thèse de la prédiction еx eventu; dans leurs commentaires des Actes, ni G. Schneider ni R. Pesch ne le discutent. Dans son livre sur Jean, R. E. Brown prend position contre lui sans plus. Un colloque s'est tenu à Paderborn en 1982 sur la datation des Evangiles, avec sa participation. Mais, miné par la maladie qui devait l'emporter l'année suivante, et gêné par sa mauvaise connaissance de l'allemand, il y a joué un rôle effacé.

 

Cependant de bons juges, comme Benoît dans sa recension de la Revue biblique, pensent que la question des dates mériterait un nouvel examen. Il se pourrait que le livre de Robinson marque la fin d'une époque, par un de ces retournements dont l'histoire de la critique offre des exemples nombreux.

La traduction s'est efforcée de suivre le texte anglais de près. Le résultat est discutable. Il arrive, rarement, mais il arrive qu'il faille se reporter à l'anglais pour comprendre le français (p. ex. à la charnière des p. 28-29) ; il y a des anglicismes (abus du passé simple) et même des incorrections (« si pas » au lieu de « sinon », passim). Telle quelle cette traduction rendra service aux lecteurs français qui ne se contentent pas d'opinions toutes faites.

Dirai-je que les vieux arguments en faveur d'une datation tardive, repris par la traductrice dans sa postface, ne m'ont pas paru plus convaincants sous sa plume que sous celle de ses prédécesseurs ? "

 

Le substrat hébreu du texte grec.

En 1984, Jean Carmignac publiait les premiers résultats de vingt ans de recherches. Considéré comme le spécialiste des textes découverts à Qumran en 1947, il travaillait depuis 1963 sur les très nombreuses rétroversions des évangiles en hébreu déjà publiées. Sa conclusion ? "Le grec des évangiles n'est pas un mauvais grec : c'est le bon grec d'un traducteur respectueux d'un original sémitique qui en conserve la saveur et le parfum" (p.12). Ajoutant : "Si vraiment Marc a été rédigé en hébreu ou en araméen, mais pas en grec, les dates de composition couramment admises doivent être révisées, non seulement pour lui, mais aussi pour Matthieu et pour Luc : tous sont alors plus anciens qu'on ne l'imaginait... Et je ne pouvais pas ne pas voir que dans l'exégèse actuelle peu de savants étaient enclins à poser ainsi les problèmes.... Pouvais-je avoir raison contre les tendances générales de la science officielle ? » (p.14)

 

L'abbé Pierre Grelot représentait cette position officielle. Conseiller des Evêques, il intervint vigoureusement contre Carmignac et publia en 1984 "Evangiles et tradition apostolique" où il formula 22 critiques des hypothèses de Carmignac ; celui-ci les rapporta avec sa réponse.

Pierre Grelot avait un talent de polémiste : Carmignac, lui, conservait toujours son style de chercheur essentiellement attentif au poids des arguments.

Voici la 22e critique de P.Grelot: "Pour conclure, je reviendrai sur l'opinion de J. Carmignac au sujet de ses propres hypothèses. Elles constitueront, pense-t-il, "la base de l'exégèse des évangiles vers l'an 2000. Je pense plutôt, pour mon compte, qu'elles dormiront alors dans le cimetière des hypothèses mortes. On ne peut exclure que, de temps en temps, un érudit les déterre et tente de les ressusciter. Mais en vain ! J'aurai du moins jeté par avance, avec une certaine peine, quelques pelletées de terre sur leur tombe : elles méritent bien ce dernier hommage".

A quoi Carmignac répondait : Je prie le Seigneur de nous accorder à tous les deux, à M.Grelot et à moi, une bonne santé jusqu'en 2000 (et même au-delà). Et j'invite M. Grelot à nous rencontrer alors, au jour et au lieu qui lui plairont, pour que nous constations ensemble lequel des deux aura été le meilleur prophète " (p. 111 de "La naissance des Evangiles Synoptiques", O.E.I.L, mai 1984).

Carmignac décédait le 2 octobre 1986, à 72 ans. P.Grelot lui survécut, mourant à 92 ans en 2009. Leur rencontre n'eut pas lieu.

 

L'affaire du "Christ hébreu"

La même année 1984, P. Grelot s'enflamma contre les perspectives de Claude Tresmontant, proches des hypothèses de Carmignac et de l'évêque anglican Robinson,

"Evangiles et tradition apostolique. Réflexion sur un certain Christ hébreu", qu'il résumait en une phrase : "ne peut être pris au sérieux du point de vue scientifique".

Claude Tresmontant était professeur à la Sorbonne où il enseignait la philosophie médiévale. Il ne se contentait pas d'enseigner philosophie et métaphysique, mais réfléchissait également... sur la pensée de Teilhard de Chardin (mort à New York en 1945), sur les sciences physiques, etc... Esprit à ouverture universelle, travailleur acharné, écrivain fécond (au moins 25 livres publiés à partir de 1953, son premier fut consacré à un Essai sur la pensée hébraïque), Tresmontant s'était aussi spécialisé dans la connaissance de l'hébreu et du grec bibliques. Des Juifs d'origine reconnaissent sa compétence exceptionnelle en hébreu.

Tresmontant acquit personnellement la conviction (en réalité il parle de sa certitude...) que, sous le grec de la Septante et des Evangiles, on trouve les mots hébreux et leur ordre selon la Septante.

 

J'étais alors évêque de Corse (1974-1987). Il venait en vacances sur les plages... avec sa bible en hébreu et la Septante, comparant les deux. Je connaissais et appréciais son livre "L'enseignement de Ieschoua de Nazareth", Seuil, 1970.

Je l'ai donc rencontré à plusieurs reprises, en Corse ou à Paris.

En 1982, je lui ai demandé de me faire quelques traductions d'évangiles "selon sa méthode" en vue de les publier dans le "Bulletin diocésain de Corse", à l'intention des chrétiens de Corse. Il accepta... mais je ne reçus rien pendant des mois.

Finalement, en 1983, il m'envoya un livre de 300 pages, qu'il me dédiait, me demandant d'en rédiger la "présentation". Je m'exécutai en toute liberté.

Le livre reçut pour titre "Le Christ Hébreu". C.Tresmontant fut très largement critiqué par les "spécialistes", moi aussi évidemment !

 

"Mise en examen" aux Facultés catholiques de Lyon.

Le mercredi 29 février 1984, j'étais en réunion avec les évêques de la région apostolique. Je vis une affiche annonçant qu'une rencontre allait se dérouler concernant "Le Christ hébreu". Je compris très vite qu'il s'agissait d'une sorte de comparution pour confronter plusieurs exégètes des Facultés et le rédacteur de la préface que j'étais. Personne ne m'avait prévenu. Mes frères évêques de la Région étaient là, alors que rien dans notre programme ne faisait mention de ce débat. Autant dire qu'ils gardèrent le silence.

Les exégètes présents soutinrent la thèse de P. Grelot. Je n'ai eu ni les moyens ni le temps d'improviser une "défense". Je suis reparti vers Marseille dès le début de l'après-midi, afin de prendre l'avion que j'avais réservé pour Ajaccio. Par la suite, allusions écrites ou orales accusatrices furent formulées sur l'incompétence de Tresmontant et sur la mienne. Cela dura plusieurs années.

 

En janvier 1985, les Cahiers Evangile n° 50, p.31 et 32, revinrent sur les positions de Tresmontant et de Carmignac. Michel Quesnel en fit une relation précise dont j'ai largement apprécié le ton. "L'examen des sémitismes amène les deux auteurs à remonter considérablement les dates admises par la majorité des exégètes... Ces conclusions ont séduit plusieurs recenseurs... Le Christ hébreu polémique constamment contre ce qu'il appelle "la majorité régnante en exégèse".... Son argument principal ? Certains auditeurs de Jésus ont pris des notes... Cet argument n'a aucun fondement sérieux quand on connaît les conditions d'écriture de l'Antiquité et la situation sociale de la majorité des disciples".

 

Carmignac est d'un ton très différent. L'auteur, excellent spécialiste de l'hébreu du Ier siècle, mène des analyses calmes, exemptes de toute polémique. Son hypothèse : les textes grecs de Marc, de Matthieu et d'une part importante de Luc sont des traductions faites sur des originaux hébreux. Disons tout de suite que l'un et l'autre auteur ont raison d'attirer l'attention sur le substrat sémitique des évangiles... Disons également qu'il est sain de remettre en question des positions critiques trop souvent répétées qui peuvent devenir une sorte de dogme exégétique, comme les dates habituellement attribuées à la rédaction des évangiles. Une tentative du même genre avait été menée par JAT Robinson en 1976 : l'ouvrage n'a pas été traduit en français et c'est dommage.

 

Je crois pour ma part être tout à fait prêt à revoir mes idées sur la question... Carmignac ne me convainc pas. Par ailleurs... cela n'exige pas de remonter les dates aussi haut que le fait Carmignac et à plus forte raison Tresmontant... Mais, pour l'instant, il ne semble pas que les dates données par la majorité des exégètes aient été sérieusement ébranlées." (Michel Quesnel)

 

Nous ne sommes plus en 1983, exégètes et théologiens publient plus librement.

Les années ont passé : 35 ans ! Les passions se sont apaisées. Tresmontant est mort il y a 20 ans, en 1997... l'année où, alors évêque de Versailles, je proposais le concept de ce qui est devenu "La Bible expliquée" (fruit du travail œcuménique de 80 personnes de France, Belgique, Canada, Afrique...)

Si Tresmontant avait publié seulement en 2017 - après Chouraqui et sa traduction de la Bible en 1974 - "Le Christ Hébreu", ferait-il polémique ? Je ne pense pas. Certaines idées ont fait leur chemin.

Avec les catholiques participant aux groupes de "lectio divina" sur l'évangile de Jean, je ne cesse de rappeler que je n'impose à personne mes préférences ou hypothèses. Mais je rappelle aussi clairement que les hypothèses dites "majoritaires" ne changent rien au texte grec de l'évangile de Jean, que c'est ce texte qui compte, et que c'est lui que méditent les chrétiens depuis vingt siècles.

C'est bien ce texte qui nous propose la juste connaissance de Jésus de Nazareth... et l'expérience d'une relation avec lui.

 

 

 

16- L'ambiance à Jérusalem,

dans les années 30 à 50.

 

 

Dès l'année 51, Paul écrit aux Thessaloniciens : "Vous nous avez imités en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves... Vous avez imité les Eglises de Dieu qui vivent en Judée dans le Christ Jésus parce que vous avez souffert de la part de vos compatriotes, de la même manière qu'elles ont souffert de la part des Juifs. Ceux-ci ont tué le Seigneur Jésus et les prophètes et nous ont persécutés... Ils nous empêchent de proclamer la Parole aux nations (païens) pour qu'ils soient sauvés "(I Thes, 2, 14 à 16, après 1, 7).

Qui fut le premier persécuteur de cette "voie" ? Sinon Saul, alias Paul ?

" Quant à Saul, il approuvait le meurtre (celui de Stephanos). Ce jour-là, éclata une violente persécution contre l'Eglise de Jérusalem. Tous se dispersèrent dans les campagnes de Judée et de Samarie, à l'exception des Apôtres... Quant à Saul, il ravageait l'Eglise. Il pénétrait dans les maisons pour en arracher hommes et femmes et les jeter en prison" (Actes 8, 1 à 3).

"Saul était toujours respirant menace et meurtre contre les disciples du Seigneur ? Il alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il trouvait des hommes et des femmes qui suivaient le Chemin du Seigneur, il les amène enchaînés à Jérusalem" (9,1 et 2). Nous connaissons la suite : "Je suis Jésus, celui que tu persécutes".

"Vous avez entendu parler de mon comportement naguère dans le judaïsme : avec quelle frénésie je persécutais l'Eglise de Dieu et je cherchais à la détruire ; je faisais des progrès dans le judaïsme, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères..." (Gal 1,13)

"Arrivé à Jérusalem, Saul cherchait à se joindre aux disciples, mais tous avaient peur de lui, car ils ne croyaient pas que lui aussi était un disciple. Alors Barnabé le prit avec lui et le présenta aux Apôtres ; il leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment, à Damas, il s'était exprimé avec assurance au Nom de Jésus". (Ac 9,26-27)

 

Toujours selon Paul : même après sa "conversion", il y eut des séquelles avec les "faux frères, ces intrus, qui s'étaient infiltrés comme des espions pour voir quelle liberté nous avons dans le Christ Jésus, leur but étant de nous réduire en esclavage; mais pas un seul instant nous n'avons accepté de nous soumettre à eux, afin de maintenir pour vous la vérité de l'Evangile.... Mais quand Pierre est venu à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement parce qu'il était dans son tort " (Gal 2, 4 à 11).

L'affaire semble avoir été réglée par l'assemblée tenue à Jérusalem en l'an 50, avec lettres à l'appui, par porteurs spéciaux chargés d'en donner la juste signification.

Finalement, Pierre ira plutôt vers les disciples d'origine et de culture juive.

Paul se consacrera aux disciples d'origine non juive, après une totale transformation de son logiciel hyper judaïsant.

 

L'année suivante, en 51, quand il écrit sa première "épître" aux Thessaloniciens, Paul sait très personnellement ce qu'il en fut des difficultés des chrétiens de Jérusalem. On situe couramment en l'an 36 le meurtre de Stephanos. Dans les années 36 et suivantes, à Jérusalem, le persécuteur des "disciples" s'appelait Saul. Pendant combien d'années a-t-il sévi ?

Et si l'évangéliste que nous appelons Jean, "le disciple adolescent", était alors en train de répandre l'enseignement de Jésus à Jérusalem, son lieu d'existence, la ville de sa culture, et de son rayonnement comme jeune cultivé, proche des grands prêtres et des gens du temple, proche des pharisiens, comment aurait-il pu parler ou écrire ses premiers documents évangéliques, sans se faire immédiatement contrer, sinon arrêter, par Saul ? Et s'il en allait ainsi, comment pouvait-il faire autrement que de se réfugier dans l'anonymat du "disciple" jamais nommé ? Comment pouvait-il écrire sans mentionner les difficultés entre les autorités juives de Jérusalem et Jésus le Nazaréen ? Comment parler ou écrire, sans renier son statut de très jeune témoin de ce Jésus et des signes qu'il avait faits à Jérusalem, au bord de la mer de Galilée, en Samarie, sans permettre à ses auditeurs ou lecteurs de l'identifier ?

 

 

En 1986 Jacqueline Genot-Bismuth, une femme juive professeur à l'Université de la Sorbonne Nouvelle, publiait un livre corroborant la plupart des points de vue que je viens de mentionner. Elle lui donnait comme titre Un homme nommé Salut, et comme sous-titre Genèse d'une "hérésie à Jérusalem" (Editions OEIL, 350 p.).

Elle expliquait les fondements du plurilinguisme d'Israël (p. 14 à 29), très particulièrement dans la ville de Jérusalem au moment des fêtes. "La diaspora convergeait vers la ville, où se côtoyaient et s'efforçaient de se comprendre des fidèles venant de Babylonie, d'Alexandrie, des îles, pratiquement des limites du monde d'alors. A côté de l'hébreu sacré, les langues vernaculaires du peuple d'Israël étaient désormais celles des grands empires et des cultures étrangères dans lesquelles il était dispersé. Ceci nous conduit à remarquer que la question du plurilinguisme ne concernait pas seulement l'usage oral, la langue parlée, elle s'étendait aussi à ce que l'on pourrait appeler la plurigraphie. Celle-ci jouait sur plusieurs alphabets simultanément : alphabet paléohébraïque, alphabet carré, hérodien, alphabet grec... On voit donc que plurilinguisme et plurigraphie faisaient de ce tout petit peuple "judéen" un carrefour des langues, des parlers mais aussi de ce qui fait la caractéristique des grandes cultures à vocation universelle, l'alphabétisation généralisée et un degré tout aussi élevé que répandu de maîtrise lettrée". (p.28-29)

L'auteure développait le nouvel ordre culturel en train de naître : un idéal de démocratisation lettrée, la popularisation de la culture du livre sacré (p.103 à 308).

 

Elle consacrait son dernier chapitre aux "actes d'un homme nommé salut".

Elle développe le contenu du texte de Jean de la p. 231 à 248, rappelle sa chronologie au rythme des fêtes du judaïsme, établit une cartes de déplacements de Jésus dont le centre est toujours Jérusalem (p. 250), rappelle la procédure de mise en accusation de Jésus (p.261) et conclut : "Le témoignage de Jean s'enracine au plus profond des réalités religieuses et des conflits doctrinaux des années 30-50. Il nous semble que ce sont là les meilleures preuves que la critique interne du texte puisse nous fournir pour étayer la thèse, désormais très vraisemblable, du témoignage immédiat émanant d'un haut lettré très proche des sphères où s'élaboraient et se discutaient, fort dialectiquement, la vision du monde et la doctrine religieuse de ces hiérosolymitains des premières décades notre ère" p.284).

En guise de conclusion, l'auteure évoque les "appellatifs" (ou titulatures) répertoriés dans l'évangile de Jean, ceux qui les utilisent (désignateurs), la réaction de Jésus (qui accepte, refuse, ou reçoit sans réagir) et, très intéressant, la source scripturaire de tous ces qualificatifs. L'ensemble culmine dans la réponse faite à Pilate : Ma royauté n'est pas de ce monde". (p.286 à 291).

 

"On ne peut manquer d'être frappé par une convergence certaine : tout comme le salut nazaréen, le salut pharisien attendu est bien ultimement dans l'au-delà, et la résurrection dans le règne de Dieu. Mais le divorce s'inscrit pourtant aussitôt en creux dans ce glissement, si caractéristique de la prédication de Yeshu'a aux termes de laquelle Jésus s'est en quelque sorte substitué à Dieu, tant dans son royaume que dans son rôle de sauveur unique. C'était franchement plus qu'une limite, dépasser plus qu'une borne : atteindre tout simplement à un point de non-retour. Là commence l'hérésie". (p.292)

 

Quelles étaient finalement les relations officielles et les relations cachées, entre le rédacteur du quatrième évangile et les chefs du temple de Jérusalem,

Le chapitre 2 de "Jean avant Paul ?" permet à Bruno Guérard de bénéficier des recherches de Joseph Moingt sur la rumeur.

"Au départ, il n'y avait qu'une rumeur, qui se montrait par divers événements de rue ou de présence dans le Temple, à Jérusalem, ou dans les opinions en Galilée et en Judée, puis au-delà, dans tout le bassin méditerranéen et dans le Moyen Orient. Ce thème de rumeur évoque surtout cette existence clandestine par laquelle il a fallu que le christianisme apparaisse du fait de la mort infamante et terrible de son fondateur ? Cette rumeur se formait lors de repas d'anciens... Elle est au fondement de la rupture, entre l'opinion majoritaire et autorisée du Judaïsme et ce courant nouveau de pensée... On se parlait clandestinement du parcours de Jésus entre la Galilée et Jérusalem... D'abord une rumeur sans communauté apparente et organisée. Jésus le fondateur de la rumeur n'a pas donné des principes d'organisation... La communauté n'existe pas au départ, mais on a, dès le départ, la nécessité de commencer à avoir des textes ? L'alphabétisation d'un petit nombre pour les sabbats dans le monde juif le favorise... et pour les repas... Ces repas, avec échanges de paroles ou de discours, sont intégrés dans un système cultuel et culturel qui a permis de parler, puis d'écrire et de lire, puis de copier et de faire courir des copies... Il faut partir de ce système culturel permettant une écriture de morceaux de textes, puis de composer des assemblages de textes relativement courts, les blocs ou péricopes... puis de les copier et de les diffuser dans le contexte d'écriture manuelle accordée à l'état de l'économie et des techniques du papyrus....

Combien de temps ou d'années fallut-il pour passer des premiers repas domestiques à la conscience d'être une communauté-secte interne au judaïsme ou à côté du judaïsme ?

Cette société est fortement dépendante de l'économie de la diaspora. Elle associe le centre de la Palestine et la diaspora de ceux qui vivent ailleurs, tout en se sentant appartenir à la société juive. Il y a donc ceux de Judée, puis ceux de Palestine, et les autres qui vont et viennent à certaines occasions régulières... Ils amènent l'activité et l'argent par leurs nombreuses transactions dans le monde Gréco-romain... Le christianisme nait dans une société relativement très cultivée... Comme le judaïsme, le christianisme va lui aussi être forcé de lire des textes, tous les 7 jours, et d'alphabétiser des lecteurs et des copistes..."

Les ch. 14 à 17 de Jean évoquent bien ces échanges de paroles dans la chambre haute, eux-mêmes précédés du ch. 13, relatant le dernier repas de Jésus et son commandement d'aimer comme il a aimé. Questions et réponses meublent la conversation libre. Enseignement sur l'identité de Jésus, comme porte parole d'un Dieu Père, et premier défenseur de ceux qui lui font confiance. Annonce de son départ imminent et de la permanence de sa présence invisible : annonce de la venue d'un second défenseur, le Paraclet, l'Esprit qui prendra sa défense pour invalider les accusations mensongères proférées contre lui et qui soutiendra ses disciples face au mépris, à la haine ou aux persécutions.

 

Jean dans la rumeur.

"Dans mon hypothèse, continue BG au ch. 4, ce garçon qui a fait "les études", qui a pu ensuite se mettre en disponibilité des multiples obligations familiales, a trouvé un milieu tolérant, voir admettant favorablement ses escapades, et nécessairement de la part de son propre père.... La famille de Jean devait continuer à tenir son rang et ses comptoirs, répartis dans l'espace méditerranéen... La contrainte était de ne pas se démarquer du compromis politico-religieux en place en Palestine et du judaïsme majoritaire... C'est dans ce contexte qu'on peut concevoir de la part de ce fils de la haute classe, le démarrage d'un projet d'écriture par blocs cohérents dès les origines".

Jean serait ainsi un jeune homme cultivé, intéressé par Jésus, ayant eu la liberté de l'accompagner un certain nombre de fois, comme d'autres disciples. Il est intérieurement "pour Jésus" mais sans faire partie de ses disciples officiels. Un peu comme un reporter sans frontière.

 

Son statut est celui d'un témoin privilégié. Il est présent à tous les événements de la passion, de la condamnation, de la crucifixion. Son récit de la comparution de Jésus devant Pilatus est d'une extrême précision : il a vécu ces heures intenses au milieu des autorités du Judaïsme et de la foule qu'elles dirigent.

 

Il a suivi jusqu'au pied de la croix, y retrouvant la Mère de Jésus et quelques femmes de sa parenté. Il a souffert des commentaires méprisants proférés par les autorités satisfaites de la condamnation de Jésus. Il a entendu sa déclaration de confiance authentifiant sa parenté spirituelle avec "la Mère" dont il devient "le fils".

Il a vu Jésus incliner la tête avant de remettre l'esprit, de transmettre l'Esprit. Il a vu couler l'eau et le sang du côté transpercé.

Il a vu... entendu...Il a été touché...Il a collaboré avec deux autres disciples secrets de Jésus, Joseph d'Arimathie et Nicodème, pour respecter le corps de Jésus et le déposer dans la tombe du jardin.

Il a couru au tombeau avec Pierre, dès que Marie de Magdala a évoqué la disparition du corps de Jésus. Il a observé et décrit les linges affaissés, vides du corps qu'ils avaient enveloppé, gisant dans la tombe ouverte. Et c'est alors qu'il a compris les écritures du judaïsme : "il fallait que Jésus se relève d'entre les morts". Alors "il vit et il eut foi". Et il "rentra chez lui"...

Revenant parmi les disciples, entendant Thomas affirmer le lien entre voir et croire, et Jésus proclamer bienheureux ceux qui n'ont pas vu mais ont accordé foi.

Il a transmis son expérience. Il l'a mise par écrit, terminant son témoignage par cette déclaration d'intention d'une superbe sincérité : "Jésus a opéré devant ses disciples encore beaucoup d'autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-ci sont écrits afin que, croyant que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, vous ayez la Vie dans son Nom en croyant". (Jn 20,31).

 

Effectivement, Jean sélectionne ce qui fut pour lui découverte de la véritable identité de Jésus.

Il rédige en témoin, pas seulement en reporter.

Devenu disciple, il désire que nous devenions disciples.

Conscient d'avoir été "le disciple que Jésus aimait", il écrit pour que nous devenions disciples bien aimés de Jésus. Sans se définir autrement, dans le secret du cœur.

Depuis deux millénaires, son témoignage bouleverse de millions de personnes, étonne ceux qui cherchent des preuves de réalisme historique, interpelle ceux qui cherchent Dieu, ceux que Jésus de Nazareth intrigue et devient Guide pour faire Route vers la Lumière, la Vie, la Vérité, l'Amour.

J'adhère à cette façon de me situer par rapport au Jésus selon Jean.

 

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17- La position majoritaire

 

 

Nous la trouvons principalement dans certaines notes des bibles suivantes. En les relisant je suis frappé par leur style compliqué. Est-ce le signe que leurs auteurs ne sont pas convaincus de ce qu'ils disent ? Ou qu'ils écrivent pour rapporter une tradition en cours de disparition ? Jugez par vous-mêmes.

 

- La Nouvelle Bible Segond, parue en 2002, Bible d'étude d'une grande richesse de documentation : "L'idée reçue dans l'Eglise, depuis le second siècle au moins, est exprimée par Irénée (130-202) : " Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposait sur sein... publia son évangile à Ephèse après que les autres évangiles eurent été écrits"..."Le quatrième évangile est le fruit d'une méditation théologique. Car la signification véritable des faits apparaît rarement d'emblée. Jean le remarque lui-même lorsqu'il précise à propos de l'affaire des vendeurs du temps du temple, de l'entrée triomphale à Jérusalem ou de la Résurrection elle-même, que les disciples ne comprirent pas tout d'abord, mais seulement plus tard... En fait, pour reprendre l'expression d'un spécialiste du quatrième évangile, Jean se propose de "restructurer le croire des croyants", en les faisant passer à une compréhension plus profonde de la foi qu'ils ont reçue". (p.1389)

 

- La Bible de la Liturgie, (2013) décrit ainsi l'auteur du quatrième évangile: "Il s'agit d'un mystérieux "Disciple bien-aimé" présent aux côtés de Jésus lors du dernier repas et considéré comme le témoin direct de sa mort... Il jouit du privilège d'avoir été le témoin oculaire des événements définitifs de la mort et de la résurrection de Jésus... Il paraît jouir d'une grande autorité comme le véritable auteur de l'Evangile... D'où la légende du vieil auteur, certes riche d'une large expérience spirituelle.... Les recherches exégétiques ont montré la naïveté de cette représentation... Le quatrième évangile est étroitement lié à une communauté spécifique... Depuis Irénée de Lyon, il est de règle de l'identifier avec Jean, le fils de Zébédée. ... Mais aucun élément ne vient étayer cette thèse. Autrement dit, le Disciple bien-aimé reste pour nous un inconnu... Non pas que le personnage soit purement symbolique : personne aujourd'hui ne doute de son existence historique ; il paraît même avoir joué un rôle de premier plan dans la vie de la communauté. Toutefois, le fait que le Disciple auteur soit anonyme invite le lecteur à regarder au-delà du personnage, en direction de Jésus lui-même, considéré comme la véritable source d'un Evangile relayé par la tradition apostolique - en ce sens la référence à l'apôtre Jean est riche de signification - et rédigé au sein d'une communauté particulière, elle-même confrontée à une situation historique... Les recherches récentes ont quelque peu éclairé la figure de la communauté johannique : d'abord établie en Palestine et en relation étroite avec le judaïsme, puis déplacée en monde païen : traditionnellement on parle d'Ephèse, mais certains auteurs pensent aussi à la Syrie. La communauté éprouve alors un vif sentiment d'insécurité, d'une part en raison de sa rupture avec le judaïsme... d'autre part en raison de l'incrédulité tenace d'un "monde païen" sur le point de devenir persécuteur des chrétiens. Signalons enfin que l'existence de la communauté johannique ne s'arrête pas à la mort du Disciple fondateur." Suit une présentation de l'évangile comme livre des Signes ; avec ici ou là mention "des" rédacteurs du quatrième évangile et cette phrase après la présentation des tensions mentionnées dans les chapitres 7 à 12 : "sans doute faut-il voir aussi un écho à la situation de rupture vécue à la fin du premier siècle, c'est-à-dire à l'époque de la rédaction de ces pages" (p.1779 de l'édition en deux couleurs).

 

Les questions auxquelles ne répond pas cette position majoritaire.

- Elle prétend connaître les préoccupations et problèmes des communautés johanniques chez lesquelles on aurait vu se manifester les rédacteurs du texte de Jean dans les années 90 et après ? Quelles sont les études historiques sur lesquelles elles se fondent ? Quand ont-elles été publiées ? Qu'en pensent les historiens de métier ?

- A quelles communautés johanniques ces études historiques font-elle allusion ? Où se trouvaient-elles ? On évoque généralement la Syrie, proche d'Antioche et des communautés d'où partirent en mission Paul et Barnabé.

D'autres évoquent Ephèse où Jean se serait installé. Là encore, remarquons l'importance de Paul qui a séjourné indubitablement à Ephèse et y a formé une communauté dont on connait bien les caractéristiques.

Questions:

- Deux communautés de disciples du Christ à Ephèse, l'une rattachée à Paul, l'autre rttachée à des disiciples de Jean, à la même époque, sans que l'histoire nous en ait laissé la moindre trace historique ?

- Et s'il y a eu deux communautés johanniques, l'une en Syrie, l'autre à Ephèse, dans lesquelles des rédacteurs auraient entrepris et achevé la rédaction du texte johannique, comment ont-elles réussi ce tour de force d'harmoniser leurs rédactions pour aboutir à la version unifiée du texte final de l'évangile de Jean?

Ces questions méritent des réponses plausibles, appuyées sur quelques arguments crédibles.

- Si la position majoritaire apporte ses arguments, on peut y adhérer.

- Si la position majoritaire n'apporte aucune réponse à ces questions, on a parfaitement le droit de ne pas y adhérer...et de penser que cette position se contente de répéter ce qu'on a dit et enseigné depuis un certain temps.

Il est permis de douter, de ne pas adhérer, et de préférer une autre hypothèse: le texte de l'évangile de Jean a été rédigé par quelqu'un qui avait en mémoire les éléments essentiels pour le rédiger lui-même, selon son style, sans attendre les années 90 pour se mettre au travail et diffuser des copies de son œuvre personnelle. Je préfère personnellement cette hypothèse, tout comme Guérard. Et l'hypothèse de sa rédaction avant les lettres de Paul, entre les années 35 et 51.

 

Une clé complémentaire de lecture : le chiffre sept.

Ce chiffre sept structure de nombreux passages des Ecritures du Judaïsme, depuis la première intervention créatrice d'Elohim ; six jours pour faire et créer, le septième pour célébrer et reconnaître.

"Le disciple" mentionne sept actions de Jésus modifiant les éléments de la nature :

1. A Cana, il change en vin de qualité l'eau destinée aux rituels de purification

2. A Cana, il guérit à distance le fils d'un fonctionnaire royal

3. A Jérusalem, piscine de Bethesda, un jour de sabbat, il guérit un homme infirme depuis 38 ans

4.Dans le désert, il nourrit 5 "mille" personnes qui le suivent, comme Dieu avait fait pour son peuple dans le désert.

5. Il marche sur la mer pour rejoindre ses disciples

6. A Jérusalem, il guérit un homme né aveugle

7. A Béthanie, il redonne vie à son ami Lazare en réponse à la demande de ses deux sœurs, Marthe et Marie qu'il aimait.

 

"Le disciple" mentionne sept "Je Suis" ,

rappelant le Nom propre que Yhwh révèle à Moïse. Façon très forte d'affirmer l'identité divine de Jésus.

1. "Je Suis le Pain de la Vie

2. Je Suis la Lumière du Monde

3. Je Suis la Porte

4. Je Suis Le Bon Pasteur

5. Je Suis le Relèvement et la Vie

6. Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie

7. Je Suis la Vigne, la Vraie.

 

"Le disciple" mentionne sept fêtes du Judaïsme qui jalonnent le ministère de Jésus.

1. Fête de la Pâque (2,23 et 4 ,45)

2. Une fête Juive et il monta à Jérusalem (5,1)

3. La Pâque était proche et il monta à Jérusalem (6,4)

4. La fête des Tentes (chapitre 7)

5. La fête de la dédicace (10,22)

6. La dernière Pâque (11,56; 13,1)

7. Le premier jour de la semaine, de bon matin, alors qu'il faisait encore ténèbres, le tombeau est ouvert, le corps a disparu des linges de l'ensevelissement. Au soir de ce premier jour Jésus se tient au milieu des disciples et leur dit : la Paix avec vous.... Recevez l'Esprit Saint. Si vous remettez les péchés de certains, ils leur ont été remis, si vous retenez les péchés de certains, ils leur ont été retenus.

Observons en plus que six des fêtes mentionnées duraient elles-mêmes sept jours. Nous sommes en présence d'une culture rédactionnelle étrangère à nos habitudes.

 

Le disciple mentionne sept femmes qu'il présente comme infiniment respectables.

Il souligne leur importance, exactement comme Jésus qui innova considérablement dans sa relation avec le monde féminin, se démarquant ainsi du comportement des spécialistes de la loi, scribes, rabbis, pharisiens, et prêtres, cependant mariés, mais accordant essentiellement à l'épouse la fonction d'enfanter les enfants de l'homme.

Relisons donc ce que Jean dit de - "La Mère" (ainsi nommée comme prioritaire, à Cana, puis au pied de la croix)

- La femme de Samarie

- Marthe et Marie, les sœurs de Lazare

- La servante du Grand Prêtre, gardienne de la porte de son palais (18,17)

- La sœur de "la Mère" (petit problème ici : est-elle la même que Marie de Clopas ? ou une femme différente de la sœur de sa mère, Jn 19,26)

- et Marie de Magdala, longuement évoquée au chapitre 20.

 

 

 

 

18 - Quel est le nom

du rédacteur de l'évangile de Jean ?

 

 

Le rédacteur du quatrième évangile, un homme de Galilée ou de Jérusalem ?

 

Le point de vue de Jérôme de Stridon

Jérôme de Stridon (347 à 420) dans son "de viris illustribus" ou "tableau des Ecrivains ecclésiastiques", résumait ainsi ce qu'il avait recueilli pour le transmettre au Préfet Dexter en 379 (date précisée par Jérôme)

 

Jean

L'apôtre que Jésus-Christ aimait le plus, était fils de Zébédée et frère de Jacques, apôtre, à qui Hérode fit trancher la tête après la Passion du Seigneur. A la demande des évêques d'Asie, il écrivit le dernier son évangile, pour combattre Cerinthus et la secte naissante des ébionites, qui soutenait que le Christ n'existait pas avant Marie. Ce fut le motif qui le détermina à proclamer hautement la naissance divine du Sauveur.

Quelques auteurs expliquent différemment la cause de cet ouvrage : selon eux, Jean, ayant lu les trois évangiles de Mathieu, de Marc et de Luc, approuva le fond de leur récit et reconnut qu'ils avaient toujours respecté la vérité ; mais il observa qu'ils n'avaient guère relaté que les faits accomplis l’année de la Passion de Jésus-Christ, c'est-à-dire postérieurement à l'emprisonnement de Jean-Baptiste. Quant à lui, omettant l'année dont ses trois prédécesseurs avaient fait l'histoire, il s’attacha surtout à raconter les événements antérieurs à l'emprisonnement de Jean le précurseur. On peut s'en convaincre en lisant attentivement les quatre évangiles. Cette explication sauve les discordances qui existent entre Jean et les autres évangélistes.

Cet apôtre a aussi écrit une épître qui commence ainsi : « La parole de vie qui fut dès le commencement, que nous avons ouïe, que nous avons contemplée, que nous avons vue de nos yeux et touchée de nos mains. » Cet ouvrage est reconnu par toutes les Eglises et par tous les gens instruits....

Jean revint sous Nerva à Ephèse, où il demeura jusqu'au règne de Trajan. Il employa ce temps à fonder et à diriger les Eglises d'Asie. Ce saint apôtre mourut, accablé de vieillesse, l'an 78 après la Passion de Jésus-Christ, et fut enterré près d'Ephèse".

 

Polycarpe

Disciple de l'apôtre Jean et créé par celui-ci évêque de Smyrne, devint patriarche d'Asie. Il connut et eut pour maîtres plusieurs des apôtres qui avaient vu le Seigneur... Le saint évêque fut brûlé vif dans l'amphithéâtre de Smyrne, en présence du proconsul et au milieu des cris de la populace.

Pappias

Disciple de Jean et évêque d'Hiéropolis en Asie, a rédigé cinq traités (...) Il paraît, d'après ce passage de Pappias, que Jean l’évangéliste est autre que ce Jean l'ancien, dont il cite le nom après celui d'Aristion. Nous faisons cette observation à cause de l'assertion de quelques auteurs qui, comme nous l'avons vu plus haut, pensent que les deux dernières épîtres de Jean viennent, non pas de l'apôtre, mais du prêtre. (...)

 

Jérôme relate sans imposer.

Sa compétence biblique est universellement reconnue. Il avait été secrétaire du Pape Damase (366-382), chargé par lui de réviser la version latine de la vetus latina qui devint la Vulgate. Il avait créé, à Rome, une école où il apprenait à des femmes cultivées la connaissance des textes bibliques. Critiqué à Rome, il partit en Palestine, accompagné de plusieurs de ces femmes, se spécialisa en hébreu et passa le reste de son existence à traduire en latin les textes bibliques à partir de leurs originaux en hébreu et en grec. Très rapidement l'Eglise romaine latine adopta sa version latine comme version officielle. Notamment dès le début du Concile de Trente (1545-1563). Ce qui contribuera à éloigner les catholiques latins romains des originaux en hébreu et en grec, jusqu'au second Concile du Vatican et aux nouvelles traductions généralement faites à partir de l'hébreu ou du grec.

 

Concernant l'identité du rédacteur du "quatrième évangile",

nous pouvons progresser.

Le Jean, fils de Zébédée, profession pêcheur, frère de Jacques, ne correspond pas au style de l'évangéliste. Nous ne pouvons plus adhérer à ce qui fut l'hypothèse traditionnelle.

 

Nous ne parvenons pas pour autant à déterminer de façon absolue le profil du rédacteur.

Son texte montre qu'il connaît très bien la ville de Jérusalem,

le monde des chefs du temple,

la résidence des grands prêtres, anciens ou en exercice dans les années 28 à 30.

 

Il n'est pas galiléen, mais il connaît des galiléens et les a fréquentés.

Il a parcouru la Judée, la Galilée, la Samarie.

Il a fréquenté Jésus, l'a observé, a souvent compris mieux que les Douze le sens ultime de ses enseignements. Il en est resté profondément marqué, en a conservé la mémoire et a cherché à la transmettre, apportant ainsi son témoignage personnel sur le Jésus de l'histoire qu'il a connu.

Ce "rédacteur" ne dicte pas (à la différence de l'apôtre Paul): il écrit , rédige, selon un plan personnel. Il ne se contente pas d'accumuler des documents en laissant à d'autres la responsabilité de les mettre en forme: aucune ligne du texte final n'invite à l'imaginer.

A-t-il mis lui-même par écrit des passages ou morceaux essentiels ? Beaucoup de détails de son texte final incitent à le penser, tellement ils sont naturels, chaleureux, remplis de précisions sur le lieu, la période à laquelle ils se sont déroulés, sur les réactions des personnes présentes.

Ceci dit, les recherches continueront pour préciser l'identité de ce Témoin qui semble préférer l'anonymat tout en mettant en scène un certain "disciple" , connu et apprécié par Jésus, ne faisant pas partie des Douze mais présent à tous les événements importants du tout début jusqu'à la fin de la vie publique de Jésus. Est-ce lui ce "disciple" ? Et si c'est lui, quel est son nom, où vit-il ? A quelle époque ?

L'analyse précise des mots, idées et tournures de phrases communs entre l'évangile de Jean, les Lettres de Jean et l'Apocalypse pourraient nous suggérer une identité. Ce travail n'est pas impossible. Les moyens informatiques actuels permettent de l'entreprendre.

 

 

 

18- Pour mieux lire et méditer

l'évangile de Jean.

 

 

1°. Lire des ensembles, ou blocs. Ne jamais se contenter de quelques versets.

Repérer les mots ou brèves notations inscrites dans le texte de Jean. L'évangéliste rapporte certains détails parce qu'il leur accordait de l'importance.

BG suit le découpage de X. L Dufour. Remarquer certains sous-ensembles significatifs : par exemple la visite au tombeau (Jn 20, 5 à 10) durant laquelle on "court" beaucoup, et la rencontre entre Marie Madeleine et le "jardinier" pendant laquelle on "se retourne" beaucoup.

 

2°. Toujours se référer au texte grec et non pas à une traduction française.

BG innove en se référant aux appellations ou "titres" donnés à Dieu, au Père, à Jésus, aux disciples. Après en avoir vérifié les emplois, il a formulé des hypothèses en comparant leur évolution entre l'évangile de Jean, les lettres de Paul et les autres textes du Nouveau testament Ma pratique confirme largement cette hypothèse.

La seule référence s'imposant à celui qui veut étudier et comprendre le texte de Jean est la version officielle en grec.

Après six années de fidélité à cette référence au texte, je constate que la plupart des questions posées par les participants de nos groupes proviennent d'une traduction française approximative, de prédications répétant des erreurs de perspective dans la lecture de Jean, de peintures célèbres qui ont perturbé parfois radicalement l'équilibre du texte évangélique.

 

3°. La disparition de certains mots ou l'apparition de mots nouveaux

permet de formuler des hypothèses.

Avant Paul, quels sont les mots utilisés par Jean ? A partir de Paul, années 51, quels mots nouveaux apparaissent ? Ces mots constituent des "marqueurs" permettant de dater la rédaction du texte.

 

Chacun garde toute liberté d'adhérer ou non à ces hypothèses.

Les moyens informatiques désormais à la portée de tous rendront de plus en plus difficile le rejet systématique de ces hypothèses.

L'hypothèse de BG concernant l'antériorité de l'évangile de Jean par rapport aux lettres de Paul se fonde sur les nombreuses analyses des mots qui disparaissent ou apparaissent. Il en rapporte l'essentiel dans des tableaux.

"Jean avant Paul ?" correspond à un véritable travail documentaire et innovant. Il me semble difficile de le réduire à une idéologie.

Je suis persuadé que naîtront prochainement de nouveaux chercheurs, utilisant les ressources de l'informatique appliquée au texte. Ils formuleront de nouvelles hypothèses. L'avenir nous conduit dans cette direction.

 

4° En finir avec deux mauvaises habitudes

Supprimer des versets du texte original sans avertir le lecteur

De nombreux missels catholiques ont cette fâcheuse habitude. Je le constate chaque semaine en publiant la version intégrale pour en faire un commentaire personnel. L'utilisateur d'un missel imagine de bonne foi qu'il a sous les yeux le texte complet. On ne peut pas l'obliger à vérifier par lui-même. Les éditeurs de missels devraient introduire des points de suspension pour signaler les suppressions de versets...

 

L'absence de référence au contexte

L'évangéliste Jean rapporte des ensembles. Un lecteur attentif se doit d'y accorder attention. Si l'édition qu'il a sous les yeux n'en dit rien, il ne lui reste qu'une solution : ouvrir sa bible et noter le début et la fin de l'ensemble qu'il étudie. Travail généralement inutile quand il étudie les 3 Synoptiques ; le "en ce temps-là" suffit généralement comme contexte. Il en va autrement chez Jean. Travail indispensable pour celui qui sait que le contexte permet généralement de choisir la ou les bonnes traductions de mot, la ou les possibles sens d'un récit ou d'un enseignement.

 

Pourquoi lire Jean aujourd'hui ?

 

-Parce qu'il témoigne du surgissement de Jésus, et des bouleversements apportés dans l'histoire par le Nazaréen.

 

- Parce qu'il nous livre l'enseignement le plus développé de Jésus, dans un style original, sans employer de mots compliqués. Il suggère plusieurs sens, comme Jésus le faisait dans ses relations avec ses contemporains de Jérusalem, de Judée, de Samarie et de Galilée. Jean a entendu et retenu ces dialogues. Il les a situés à l'intérieur de récits concrets.

Son témoignage de première main nous permet de découvrir un Jésus extrêmement vivant, étonnant hier et aujourd'hui par la nouveauté de ses prises de position. Entre autres dans les chapitres 13 à 17 où Jésus agit d'abord avec ses disciples comme celui qui préside et celui qui se met à genoux - avant de s'entretenir avec eux, pour aborder un certain nombre de points sur lesquels il n'avait pas eu l'occasion de dialoguer au long de sa vie publique prioritairement consacrée à ceux qui ne faisaient pas partie de ses plus proches.

On reconnaît ici la méthode de Jean. Comme il a dialogué avec la femme de Samarie, avec Marthe et Marie, avec Marie Magdala, de même Jésus consacre aux siens une sorte d'entretien dans la chambre haute. Chez qui ? Peut-être chez le jeune disciple propriétaire de cette chambre haute qu'il avait mise à la disposition de Jésus pour célébrer la pâque juive, aux dires des évangiles synoptiques (Mt 26,17 : Mc 14,12-17 : et surtout Lc 22,7-14).

- Parce que Jean ne rapporte pas la "doctrine" de Jésus, mais les propos du Juif Jésus dans le dialogue avec des hommes et femmes, juives pour la plupart, adhérant au Judaïsme de leur époque, et les amenant à évoluer par rapport à leur vision du judaïsme devenue obsolète.

 

- Parce que Jean nous présente un Jésus qui ne se préoccupe nullement de "fonder une religion nouvelle", d'organiser une nouvelle "église", d'édicter de nouvelles "prescriptions".

Le Jésus selon Jean parle et agit comme

un fils d'homme transmettant la révélation que le Père veut transmettre aux personnes humaines des années 27-30 et des millénaires à venir.

Il insiste sur l'essentiel qui peut transformer le cœur et l'esprit de toute personne en recherche d'un sens possible, pour mieux vivre dès ce temps, dans le monde tel qu'il est - et par-delà l'entrée dans le monde à venir.

 

- Ce Jésus selon Jean parle et agit avant Paul. Ce dernier élabore une doctrine globale marquée par l'éducation qu'il a reçue à l'école de Jérusalem. Il en développe beaucoup d'aspects, dans un style qui lui est propre, moins accessible à notre culture occidentale ou de l'extrême orient. Certains écrits de Paul supposent une initiation intellectuelle. La pensée de Jésus selon Jean impose rarement une formation préalable.

- Paul donne parfois l'impression de fonder une église, de l'organiser, de répondre aux questions qu'elle se pose. Il est confronté aux préoccupations de l'après Jésus.

 

Le travail continue. On écrira encore beaucoup. Tant mieux.

 

- L'initiative de l'Ecole biblique de Jérusalem.

C'est dans cette direction que travaille, me semble-t-il, l'école biblique de Jérusalem avec sa livraison dominicale de PRIXM. Un pari récent et nouveau, probablement gagnant, utilisant les moyens multi media d'internet, pour redonner goût à la Bible en mixant musique, peinture, chansons. Beaucoup de nos contemporains ont perdu contact avec ce Patrimoine de l'Humanité. Alors, tous les sept jours, Prixm offre l'accès à un texte biblique bien traduit, expliqué en peu de mots, pour susciter le désir d'en savoir plus et d'ouvrir une Bible. Dans les années 1940/1950 la même école biblique publiait la Bible en fascicules devenus l'incontournable "Bible de Jérusalem", rééditée et améliorée depuis bientôt 70 ans. Nouvelle génération de biblistes, baignant dans la culture contemporaine, et innovant pour offrir aux générations actuelles la sagesse et la spiritualité bibliques et la capacité de vivre intelligemment avec bonheur.

 

- Autre centre d'intérêt : la judaïté de Jésus. Depuis juin 2018 un groupe de Juifs et de chrétiens publient des réflexions et proposent des formations sur Le Christ Juif. Les relations se multiplient entre Juifs et catholiques suite au texte intitulé Nostra aetate. adopté par l'ensemble des évêques du monde en octobre 1965.

 

- Parution en 2017 de deux encyclopédies sur Jésus.

 

Jésus, l'Encyclopédie, chez Albin Michel, 800 p. grand format, avec nombreuses illustrations. Ouvrage collectif à l'initiative de Jean Mouttapa et de Mgr Joseph Doré sous la coordination de Christine Pedotti. "Si Jésus apparaît comme une figure éminente dans l'histoire de l'humanité, sa vie, ses actes et son message réels demeurent paradoxalement assez méconnus. Dans quel milieu a-t-il vécu, qu'a-t-il dit, fait et transmis ? Et que penser de la valeur historique des récits évangéliques, au-delà des discours dogmatiques et des strates culturelles accumulées depuis deux millénaires ? Outre une lecture critique des textes, elle propose aussi les regards croisés de philosophes, psychanalystes, écrivains et autres personnalités chrétiennes, juives, musulmanes, athées et agnostiques. Un ouvrage de référence sur un personnage unique, Jésus, qui garde son mystère et interroge chacun de nous sur le mystère qu'il est à lui-même".

 

Jésus, une encyclopédie contemporaine. " Ce livre, exceptionnel, tant par son aspect que par la richesse de ses textes et de ses illustrations, constitue un formidable panorama des connaissances actuelles sur Jésus. Y sont présentés, par les plus grands exégètes, biblistes et historiens les découvertes archéologiques majeures et les points de vue historique, théologique et artistique les plus récents.

Les textes prennent des formes variées : récits, encadrés, tableaux, interviews et les illustrations sont nombreuses (environ 400). Un foisonnement de savoirs passionnants sur le Christ, qui unit et oppose les trois monothéismes et qui demeure une figure spirituelle fondatrice de notre monde occidental".

 

- Le "Jean avant Paul, les métamorphoses de la rumeur" se situe dans ce courant.

 

- Pour ma part, je voudrais travailler à une traduction de l'évangile de Jean.

Pour qu'elle soit la plus proche possible du texte grec, respectant au mieux les mots choisis par son rédacteur. J'aimerais trouver une présentation visuelle faisant ressentir les ensembles ou blocs repérables manifestement voulus par Jean dans l'organisation de son témoignage. Je voudrais aussi mettre en valeur les habitudes rédactionnelles significatives de Jean : le récit, l'exposé, la trame - les explications permettant de comprendre tel ou tel détail rapporté - les réactions, questions ou incompréhensions des disciples sur le moment - les jugements de la foule équivalant aux sondages d'opinion répartissant toujours les observateurs en " pour", en "contre", en "ceux qui ne prennent pas position", en "ceux qui s'éloignent", en "ceux qui pensent que Jésus est insoutenable, qu'il a un démon, qu'il est suicidaire, que c'est un prétentieux se prenant pour Dieu et enfin ceux et celles qui lui accordent considération, confiance et exemplarité à imiter pour aider le monde à vaincre ce qui le détruit.

La présentation visuelle en couleurs devra rendre agréable l'accès gratuit sur internet aux visiteurs en recherche de quelque chose d'intéressant sur leurs ordinateurs ou smartphones, sans les obliger à acheter un livre.

 

Pourquoi ce travail à l'approche de mes 90 ans ?

- Parce que le psaume 91/92 affirme : "Il est bon de chanter pour ton Nom, d'annoncer ton Amour et ta Fidélité. Le juste poussera comme un cèdre du Liban... vieillissant, il fructifie encore, il garde sa sève et sa verdeur pour annoncer : "Le Seigneur est droit ! Pas de ruse en Dieu mon Rocher !"

- Parce qu'il n'y a pas de plus grand amour d'agapè que de partager avec ses amis les convictions qui me font vivre avec bonheur depuis tant d'années.

- Parce que proposer la foi chrétienne ne viole aucunement la liberté de ceux qui cherchent le sens de leur existence.

- Parce que l'évangile de Jean répond au Dessein bienveillant du Père Universel : se manifester au cœur, à l'intelligence, à l'affectivité des hommes et des femmes de toutes générations et cultures, pour qu'ils comprennent ce qui leur arrive, qu'ils y découvrent une Route à parcourir, une Vérité à croire, et qu'en croyant ils aient la Vie.

 

Puis-je terminer en imitant les questionnaires dont nous sommes abreuvés après chaque achat d'un produit ?

Question : quelle note attribuez-vous à cette trilogie ? – Réponses : cette trilogie mérite trois sur cinq, peut-être quatre. Certains lui donneront à peine un. Quelques uns exprimeront leur colère y voyant une démolition insupportable de positions traditionnelles qu'ils estiment largement prouvées.

 

L'humour final de Pierre Dac n'enlèvera rien au sérieux de ces travaux tout en permettant à chacun, lecteur, chercheur ou rédacteur, de prendre le recul nécessaire :

"Avec de la méthode et de la logique, on peut arriver à tout aussi bien qu'à rien".

Très fraternellement

 

Jean Charles Thomas,

Ordonné au ministère presbytéral en 1953. Ayant exercé le ministère épiscopal dans les Landes, la Corse et les Yvelines de 1972 à 2001.

En retraite depuis cette date en continuant le ministère de la Parole de Dieu qui lui fut confié comme une priorité le jour de son ordination au ministère épiscopal.

 

Couverture selon la peinture de Jordaëns en 1620 à Anvers.

La Contre réforme catholique s'efforçait de convaincre en territoire protestant.

Jordaëns, peintre adhérant à la Réforme Protestante, met en peinture deux convictions

- c'est dans les Evangiles qu'il faut d'abord chercher la Vérité

- et Jean l'évangéliste fut un homme jeune, reconnu par les trois autres comme le plus lumineux concernant la personne de Jésus.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Bible Parser, logiciel informatique de Didier Fontaine, areopage@gmail.com

comportant notamment 64 versions de la Bible en hébreu, araméen...grec, latin, plus de 20 versions françaises de la Bible.

Recherches lemmatiques et statistiques sur l'hébreu, le grec, le latin et le français, avec diagrammes des emplois par livre biblique, dictionnaires, commentaires, parallèles, synopses des quatre évangiles en grec et latin. Version 2018 accessible sur internet pour PC, Mac, Linux (30 euros) . En cours de développement. Avantage: documentation très importante . Limite: Code d'accès à redonner avant chaque utilisation. Lenteur sur certaines recherches.

 

 

Vocabulaire biblique hébreu, grec et français, accessible sur internet.

https://emcitv.com/bible/

Extrêmement rapide. Adapté à ceux qui ne connaissent pas l'alphabet hébreu ou grec.Permet de trouver et d'afficher tous les emplois d'un mot hébreu ou grec dans l'ensemble de la Bible, surlignés et affichés avec leur contexte dans le verset. Rend possibles des recherches équivalentes à des recherches lemmatiques. Donne accès instantané à un chapitre ou à un verset de la Bible.Utilisation facile. Gratuit. Sans code d'accès. Rapide. Réalisé par un groupe de Chrétiens Evangéliques.

 

Biblia universalis 3, de lcsoufflet@gmail.com

Versions de la Bible dans les langues originales, recherche extrêmement rapide de mots avec diagramme quasi instantané de leur emploi...entre autres avantages. Utilisation facile. Recherche seulement des chaînes de lettres, mais pas de recherches lemmatiques. Autour de 60 euros.

 

 

 

Interlinéaire du NT Grec Français, Biblio, édition révisée par Francine Leclerc, 2015 grand format. Excellente révision , présentation avec références très lisibles en haut de page. Pages 1233-1265, annexes très documentées sur certaines variantes, difficultés, précisions sur le vocabulaire et les choix de traduction.

SYNOPSE Matthieu,Marc,Luc et parallèles de Jean, par Lucien Deiss. Première édition en français, 1962, avec traduction originale des textes par l'auteur. Desclée De Brouwer.Nombreuses rééditions.

Concordance de la Traduction œcuménique de la Bible, 1993, Cerf, SBF

Dictionnaire Grec-Français du N.T. Alliance biblique Universelle

HandKonkordanz zum griechischen neuen testament,9ème édition, 1951 A.Schmoller,Stuttgart, P.W.Bibelanstalt

La Bible, André Chouraqui, Desclée de Brouwer, 1985

Toutes les versions de la Bible en français...avec ou sans notes ou introductions.

La Bible expliquée, Alliance biblique universelle, sortie en 2004, traduction en français courant, avec introduction pour chaque livre. Originalité: à l'horizontale du texte occupant les 2/3 de la page, plus de 4000 commentaires, brefs, en couleurs. Réalisation d'une équipe œcuménique de 80 personnes ayant travaillé entre 1997 et 2004, chaque commentaire a été lu et modifié par plus de 12 personnes. Concept de JC Thomas proposé en 1997. Imprimée à multiples reprises depuis parution en 2004. Bible d'accès pour ceux qui en abordent le texte pour la première fois.

 

Bible de la Liturgie, version officielle, en ligne ( Egalement en livre, Mame, 2013, préférer la version couleurs, petit format, d'utilisation plus claire que la version grand format en noir et blanc...)

Jean, le disciple adolescent, Bruno Guérard, Golias, 2012

Géopolitique du NT, été30/été70, Bruno Guérard, Golias, 2015

Dictionnaire des Noms propres de la Bible, O.Odelan et R. Séguineau, Cerf 2002.

Les Symboles bibliques, M.Cocagnac , Cerf 2006

Les Pères apostoliques, Ecrits de la primitive Eglise, traduction France Quéré, Seuil, 1980

Évangiles apocryphes, France Quéré, Seuil, 1983

L'Évangile et la Tradition Bernard Sesboüé, Bayard édition 2008: nouvelles éditions depuis.

Jésus, l'encyclopédie, J.Doré, Christine Pedotti, Albin Michel, octobre 2017, 850 pages

Les Evangiles à l'épreuve de l'histoire, Bruno Bioul, Artège, 2018

L'épopée du livre, AG Hamman, Perrin, 1985

Comprendre la Parole, Monique Piettre, O.E.I.L ( 9 volumes), années A,B,C

L'intelligence des Ecritures, Marie-Noëlle Thabut, (6 volumes, DDB, années A,B,C)

Lumière sur la Bible, Franck Laurent accessible sur internet

La naissance des Évangiles synoptiques, Jean Carmignac, O.E.I.L. 1984

Jésus, Treize textes du NT , Service biblique Evangile, n°50

L'homme de Bethesda, Marie Helène Dechalotte, Mediaspaul,2017

A travers Jean, Marie Helène Dechalotte, Mediaspaul, 2012

Jésus devant sa vie et sa mort, Jacques Guillet, Aubier, 1971

Je crois en Dieu, Jean Charles Thomas, Bayard Centurion, 2e édition, 1999

Le Christianisme antique de Jésus à Constantin, Paul Mattei, Armand Colin, 2011

Le Magnificat et le Benedictus en hébreu ? Jean Carmignac, Editions de Paris, 2009

Le Christ au cœur de l'histoire, l'autorité du NT, Chantal Reynier, Bayard Centurion,1999

Le Judaïsme ancien et les origines du christianisme, Simon Claude Mimouni, Bayard 2017

L'enseignement de Ieshoua de Nazareth, Claude Tresmontant, Seuil, 1980

Les paroles dures de l'Evangile, Monique Piettre, Chalet, 1988

Évangile de Jean, Claude Tresmontant, OEIL, 1984

Les Évangiles, Claude Tresmontant, Traduction et présentation, OEIL1991

Lecture de l'Evangile selon Jean , Xavier Léon-Dufour ( 4 tomes), Seuil, 1988-1996

Dictionnaire du Nouveau Testament, Xavier Léon-Dufour, Seuil 1975

 

Bible Pastorale, Moines de Maredsous, Centre informatique, 125eme anniversaire de l'abbaye de Maredsous, Brepols,

Jésus, approche historique, José Antonio Pagola, Cerf, 2012

L'Évangile de Jean, traduit et commenté par Jean-Yves Leloup, Albin Michel, 2011

L'Évangile inconnu, Frédéric Amsler, Labor et fides,2006

Le message central du Nouveau Testament, J.Jeremias, Cerf 1967

Comment lire les Évangiles, François Brossier, Desclée de Brouwer,1994

Le procès de Jésus, Jean Imbert, Presses Universitaires de France, 1980

Chronologie universelle, Olivier de la Brosse, Hachette, 1997

Les Évangiles à l'épreuve de l'histoire, Légendes pieuses ou récits véridiques?, Bruno Bioul, Artège, février 2018.

Premiers écrits chrétiens, Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito Vincent Zarini, Gallimard, 2016

La Bible et sa culture, deux volumes: Ancien Testament: Jésus et le Nouveau Testament (pages 407 à 453 sur l'évangile de Jean), sous la direction de Michel Quesnel et Philippe Gruson, Desclée de Brouwer, 2000.

 

539 mots pour comprendre la Bible, Gérard Billon, Mame, 2016

 

Célébration de la gratitude, Dominique Ponnau, Presses de la Renaissance, 2004

Des choses cachées depuis la fondation du monde, René Girard, Grasset 1978

Les Évangiles, textes et commentaires, Alain Marchadour pour St Jean, p. 852 à 1091, Bayard 2001

Jésus pour le XXIe siècle, JS Spong, Karthala 2014

La Résurrection, Mythe ou réalité? JS Spong, Karthala 2016

Dictionnaire des Noms propres de la Bible, O.Odelan et R. Séguineau, Cerf 2002.

Les Symboles bibliques, M.Cocagnac , Cerf 2006

Les Pères apostoliques, Ecrits de la primitive Eglise, traduction France Quéré, Seuil, 1980

Évangiles apocryphes, France Quéré, Seuil, 1983

L'Évangile et la Tradition Bernard Sesboüé, Bayard édition 2008

Jésus, l'encyclopédie, J.Doré, Christine Pedotti, Albin Michel, octobre 2017, 850 pages

 

Ecouter l'Évangile de Jean, enregistrement Jade, traduction de la BJ:

Texte intégral réparti par Jean Charles Thomas, selon ses ensembles ou blocs, séparés par des respirations musicales vocales orthodoxes. Avec les voix de Jean Davy, Simon Eine, Béatrice Agenin (de la Comédie française). Existe également pour Matthieu, Marc et Luc- 9 coffrets pour l'ensemble des Evangiles.

 

Un gros travail resterait à entreprendre.

Accéder au fonds Carmignac déposé aux archives de l'ICP, reporter sur informatique les notes manuscrites de Carmignac, pour les exploiter systématiquement et en tirer les enseignements concernant les relations entre l'hébreu des rétroversions et le grec des Evangiles..

 

 

 

 

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